« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

dimanche 23 février 2014

#Généathème Doc du mois : Inventaire d'une vie

Trouver des ancêtres c'est bien.
Trouver les actes Baptêmes/Mariages/Sépultures qui leur correspondent c'est mieux (et je dirais même nécessaire : historienne de formation, je ne peux pas me contenter d'une mention trouvée sur un site internet. Je dois prouver leurs existences et leurs liens par une source fiable. Déformation professionnelle).
Mais cela reste frustrant : qu'est-ce que l'on sait au final ? Un âge, parfois un métier, plus rarement un lieu précis de résidence. Bien peu de choses en réalité.
Pour découvrir véritablement la vie de nos ancêtres, rien ne vaut un acte passé chez le notaire : contrats de mariage, testaments, inventaires après décès . . . Parce qu'on y trouve des informations sur la vie quotidienne : description de la maison, niveau de vie, inventaire des biens meubles et immeubles. Et là, on touche du doigt une réalité tangible. La vraie vie, quoi.

C'est pourquoi, mon document du mois est une vente après décès.


Pierre Caillaud a épousé Marie Bourdet le 6 février 1709 à La Verrie (85). Ils sont bordier. On leur connaît 5 enfants :
- Jeanne née le 3 mai 1711 notre ancêtre
- Vincent né le 19 avril 1714
- Marie née le 24 février 1716
- Marie née le 3 mai 1719
- Jacques - acte de naissance pas trouvé, marié en 1752

Jeanne se marie avec Mathurin Landreau en 1732. Ils n'auront qu'un seul enfant, Marie, née en 1734 post mortem, puisque son père est décédé un mois avant sa naissance. Jeanne meurt le 5 juin 1759.
Jacques décède avant janvier 1759, mais Marie (que nous appellerons Marie 2) vit jusqu'en 1761.
Les décès de Vincent et Marie 1 n'ont pas été trouvés.

Marie Bourdet meurt le 25 septembre 1759, à l'âge de 69 ans.
Pierre Caillaud meurt le 29 septembre 1759, à l'âge de 72 ans.

Un dossier important (27 vues) a été mis en ligne par les archives de Vendée, concernant cette vente :
  • Document 1 : vente
  • Document 2 : requête permettant "de lever les sceaux et de vendre les effets"
  • Document 3 : affiche annonçant la vente
  • Document 4 : attestation de paiement du vicaire de La Verrie pour l'enterrement des défunts Caillaud et Bourdet
  • Document 5 à 12 : attestations de paiement au créanciers des défunts, suite à la vente
  • Document 13 : ? ? ? (difficultés de déchiffrage)
  • Document 14 : mémoire de frais de justice
  • Document 15 : ? ? ? (sens non compris)

Le 22 et 23 novembre 1759 a eu lieu la "vente des meubles et effets" du couple. Cette vente peut paraître curieuse car ils ont encore des héritiers (au moins leur fille Marie 2 Caillaud, leur petit-fille Marie Landreau - incertitude concernant Vincent et Marie 1). Mais "personne ne se presante pour accepter lesdittes successions" et le couple a des dettes : les créanciers espèrent donc que cette vente permettra de les rembourser.

Cette vente a lieu à l'initiative du vicaire de La Verrie qui reclame la "somme de dix sept livres pour droits d’enterremant, luminaire, messes cellebrées pour lesdits feus caillaud et bourdet [ . . . ] et autres frais funéraire." Ce vicaire considère "qu’il a un interrest notable d’estre payé de laditte somme par prefferance a tous autres creanciers."

Le notaire des Epesses se déplace donc sur place pour procéder "a la vente et enquant des meubles et effets tant morts que vif". Les enchères commencent :
  • Dans la maison :
"Premieremant a été exposé en vente la cremaillere avec son cremaillou encheris par rene landriau laboureur a quinze sols, par jacque janneau a seize sols, et par françois garreau laboureur a dix sept sols, à luy adjugé pour ledit prix comme dernier encherisseur et a payé cy"
- un mauvais compere etoffe grize, une livre cinq sols [selon O. Halbert le compère est, en Anjou, une sorte de vêtement de dessous que les femmes portaient autrefois en guise de corset. Au bord inférieur, à hauteur des reins, était cousu un bourrelet qui soutenait les cotillons, la jupe courte de dessous]
- un poillon et une coüillere à pot, quarante huit sols
- une autre coüillere de pot estant comme la premiere de cuivre, seize sols
- un tournier [ ?], six sols
- trois chemises dhommes et deux de femme le tout tres mauvais, cinq livre seize sols
- un gril, une livre
- la pelle à piller, deux livres
- un mauvais chapeau, cinq sols
- une mauvaise marmitte de fert estant cassée, une livre six sols six deniers
- une bouteille de verre, six sols
- un petit mauvais chaudron à tenir environ les trois quart d'un sceau d'eau, une livre cinq sols
- la poele a frire, une livre douze sols
- le grand trois pieds [ ?], une livre cinq sols
- deux vestes et une culotte le tout tres mauvaise, trente un sols
- un petit trois pieds, cinq sols
- une autre mauvaise veste, trante cinq sols six deniers
- six livres trois quart de vesseille d'estain, six livres quinze sols
- un tot [= tas ?] de mauvais linge, trois livres six sols
- deux plancheron limander, une livre
- un linge en forme daube, deux livres un sols 
- une mauvaise clisse debout une met deux coffres et plusieurs mauvais pots, dix livres 
  •  Le matériel agricole et cheptel :
- une fausille, dix sols
- une gaye ou peigne pour aprester le lin, une livre quatre sols
- un fu de quartau a la mesure de mortaigne, six sols trois deniers
- environ six a sept livres [ ?] de poupée de lin, trente quatre sols
- quatre flots, un mauvais fauchet [selon O. Halbert le fauchet, dans le Maine, est un instrument qui rappelle la faux et sert à couper la bruyère pour litière des animaux] et une etrepore [ ?], une livre dix sept sols
- environ cinq quartau de poivre vers [?], deux livres dix sols
- un peseau pour aprester le lin, dix sols trois deniers
- un fu un [ ?] boisseau, treize sols
- une mauvaise beche avec une pierre ou pinan [ ?] pour eguizer les faux, neuf sols six deniers
- un troinl [ ?] avec un pot et une jede [selon o. Halbert la jède est une jatte ou vase de bois utilisé pour la mise en mottes du beurre] le tout en bois, une livre trois sols
- une mauvaise hache, quatorze sols
- un mauvais chaudron à tenir environ quatre seau d'eau la demy uzé, cinq livres six sols
- un autre chaudron de trois sceaux aussy ou environ, quatre livres
- une bourgne [= sorte de nasse] en laquelle il y a environ trois boisseaux de bran [= partie grossiere du son] ou son, deux livres neuf sols six deniers
- un autre bourgne en lequelle il y a du mil, deux livres onze sols
- deux charges et un boisseau de bled et seigle mesure de mortaigne, une livre deux sols dix deniers
- douze boisseaux de baillarge [= orge de printemps] sur ditte mesure de mortaigne, neuf livres quinze sols, qui est a raison de treize livre la charge et de seize sols trois deniers le boisseau
- plusieurs terrallerie [ ?] avec un boutillon, trois livres
- quatre livres de fil, huit livre quatre sols a raison de quarante un sols la livre
- un autre bourgne avec un peu poudre [ ?], onze sols
- un panier et quelques poires mellée, treize sols
- un tetrau, une livre huit sols
- dix neuf livres de gros fil, huit livres onze sols [9 sols/livre]
- le lin en trousseau, neuf livres treize sols
- un panier de pommes, quinze sols
- une tore ou nogesse sous poil roux [selon O. Halbert la taure ou thore est une génisse], vingt huit livre deux sols
- un torreau ou noge même poil, vingt sept livres dix sols
- une vache mere dage inconnu sous poil roux, vingt deux livres quinze sols
- une petitte bode, sept livre onze sols
- une chartée et demie de foin avec une chartée de paille aussy ou environ, trente livres cinq sols
- une pelle ferrée, une livre un sol
- un pic et une tranche etroitte [selon O. Halbert la tranche est une houe à 2 dents, étroite, pour défoncer la terre] le tout tres mauvais, une livre dix sols
- une braye [selon O. Halbert la braye est une machine à briser les tiges du chanvre ou du lin rouies, pour en séparer la chènevotte ; c'est une sorte de banc fait d'un soliveau de bois percé dans toute sa longueur de 2 grandes mortaises. On y ajuste une autre pièce, assemblée à charnière par une extrémité ; l'autre est terminée par une poignée pour la main du broyeur], quatre livres dix sols
- une poulle, sept sols six deniers
- un fu de deux boisseau, quatorze sols avec un peu de bled dans [ ?] icelluy tres salle
- la pature verte tant choux marine [ ?] qu'autres actuellement en terre, neuf livres huit sols
- un chastet tres mauvais, trois livres

Total 292 livres 9 sols 7 deniers


"Fait clos et arrete le presant proces verbal de vente [ . . . ] en la maison et chambre basse ou sont deceddez lesdits feus".

A noter : quelques éléments sont restés mystérieux (tournier, plancheron, terrallerie, chastet . . . )

Le total des dettes s'élevait à 292 livres 15 sols et 11 deniers. 
La vente ne couvre donc pas totalement les sommes dues. Comme on peut s'en douter, ce n'est pas le vicaire qui a "bien voullu se restraindre", mais les autres créanciers (meunier, vendeur de bois . . . ).

On remarque la faible qualité et l'état général des biens souvent qualifiés de "mauvais" ou "uzé". 
Le bordier n'est pas le plus fortuné dans la hiérarchie des métiers agricoles, mais certains d'entre eux pouvaient vivre confortablement. Pour mémoire, le bordier est un laboureur qui possède deux bœufs et exploite 6 à 10 hectares : cette propriété se nomme une borderie. Il peut être propriétaire ou fermier [ = celui qui a pris à ferme le bail d'un bien foncier]. On sait que les Caillaud n'étaient pas propriétaires puisque ces derniers apparaissent dans la liste des créanciers. Ils étaient plusieurs (le nombre précis n'est pas dit) et ils ont reçu la somme de 111 livres 10 sols pour "les prix de fermes exploitée par lesdits feus".

De ces documents se dégagent un léger parfum de tristesse et de solitude : le fait que l'héritage n'a pas été transmis, qu'aucun membre de la famille ne soit nommé, la pauvreté du matériel. Une triste fin. Retrouver ces documents me permet - un peu - de leur redonner vie aujourd'hui. Une pensée émue pour eux.


vendredi 14 février 2014

Toile peinte et balustrade

Un article d'Arnaud Lefevbre intitulé Pourquoi les personnes ne souriaient pas sur les photos d’époque  m'a rappelé une conférence très intéressante sur l'histoire de la photo à laquelle j'ai assisté en 2011 * .
Avant de vous en livrer quelques extraits, un rapide résumé de l'histoire de la photo en quelques dates : 

1812 
Premières recherches par Joseph Nicéphore Niepce. 

1826 
Niepce réalise la première photographie grâce à une plaque d'étain recouverte de bitume de Judée placée dans une chambre noire, face à une fenêtre de sa propriété. Temps de pose : huit heures.

1839 
William Herschel produit sa première photo et invente le mot de photographie. Invention officielle de la photographie. 

1839 
Le daguerréotype est une image positive obtenue grâce à une couche d'argent appliquée sur une plaque de cuivre précédemment polie. Grâce aux vapeurs d'iode, l'argent est sensible à la lumière. Temps de pose : 15 minutes. Le daguerréotype est une image positive unique non duplicable. L'utilisation du procédé s'arrêtera en 1860. 

1840
Le calotype ou talbotype est breveté par Henri Fox Talbot. La surface d'une feuille de papier est enduite d'une solution de nitrate d'argent. Temps de pose : entre une et plusieurs minutes. Après la prise de vue, on développe le négatif obtenu qui permet - au contraire du daguerréotype - de tirer plusieurs épreuves positives à partir d'un seul et même négatif. 

A partir des années 1840
Engouement pour le portrait. La photographie permet d'avoir une représentation de soi, jusque là réservée aux riches, avec le portrait en peinture. Un nouveau métier apparaît : photographe. C'est le début de l'industrialisation de la photographie.

J'ai la chance d'avoir un certains nombre de clichés anciens des membres de ma famille. Et après avoir suivi cette fameuse conférence, j'ai fait la comparaison avec lesdits clichés. 

Dans la seconde moitié du XIXème l'engouement pour la photo se fait sentir. On fait des portrait dans les moments importants de la vie (diplôme, mariage), ou plus simplement pour le souvenir. Elles peuvent prendre la forme d'un portrait sous verre ou d'une carte postale. Mais quoi qu'il en soit, cela reste un événement : on se déplace chez le photographe (photo prise en atelier). On soigne son apparence (vêtement, coiffure).

Au début le temps de pause est assez long : on trouve des parades pour éviter la fatigue et le changement de position qui rendraient le cliché flou.
- siège pour s'assoir (souvent un fauteuil à accoudoirs),
- élément de mobilier pour s'accouder (souvent un fausse balustrade, ou une console), 
- enfant tenu fermement pour éviter qu'il ne bouge

Après avoir suivi cette conférence, j'ai regardé les clichés de ma collection personnelle et j'y ai retrouvé ces éléments.


1871
Photo la plus ancienne de nos ancêtres en notre possession (il s'agit d'une reproduction). Elle représente la famille Rols : Rols Alexandre, Puissant Marie-Anne son épouse et Rols Élisabeth, leur fille aînée (alors âgée de trois ans). 
C'est un portrait fait en atelier. La famille est assise, devant une toile tendue (elle ne semble pas peinte). Le temps de pause est alors encore relativement long : près d'une minute. C'est sans doute pourquoi ils sont assis. Le plus souvent, un repose-tête était habilement dissimulé afin d'aider à tenir la pause. On remarque que chacun des deux parents tient fermement les bras de la petite fille afin qu'elle ne bouge pas et que le cliché soit net. Ce cliché a sans doute été pris à Angers car le couple y habite, au moins depuis 1868. 

1917
Portrait de la famille Lejard. 
C'est aussi un portrait fait en atelier. La famille est disposée devant une toile tendue peinte. Pour aider à la pause, des accessoires sont disposés : fauteuil à accoudoirs pour l'aïeule, fausse balustrade pour d'autres. Le petit Daniel est lui aussi tenu fermement par sa mère afin qu'il ne bouge pas. Chacun a revêtu son plus beau costume pour immortaliser ce moment. 

Années 1930
Portrait de Marcelle Macréau, épouse Borrat-Michaud, et son fils André.
Portrait fait en atelier. Une toile tendue peinte sert de décor : faux rideau de théâtre et fausse balustrade. La mère tient son fils afin qu'il ne bouge pas, mais d'une façon un peu plus lâche que sur les clichés précédents : l'enfant est plus grand et/ou le temps de pause est désormais mois long. Chacun est bien habillé et bien coiffé. 

Début XXème ? (date non connue)
Portrait de Célestin Félix Gabard et son épouse Marien Henriette Benetreau. 
C'est aussi un portrait fait en atelier. Le couple est disposé devant une toile tendue peinte, un décor en perspective, et une plante. Il n'y a pas d'accessoire pour aider à la pause, si ce n'est la chaise sur laquelle est assise Marie. Celle-ci porte sa coiffe vendéenne qui ne la quittait pas. Elle tient une paire que gants qu'elle ne devait pas, contrairement à la coiffe, porter quotidiennement (elle était fermière).

Si vous avez vous aussi des clichés anciens, pris en atelier, amusez-vous à déceler ces détails :
- la toile peinte qui sert de décor en arrière-plan, 
- des accessoires qui aident à tenir la pause : le fauteuil à accoudoirs, la console sur laquelle on s'appuie, la fausse balustrade, la canne ou le prie-Dieu
- les parents qui tiennent les enfants pour éviter le flou
- les vêtements du dimanche et la coiffure soignée

* Conférence organisée lors de l'exposition "Limoges révélée, une ville et l'art photographique (1839-1914)" à la Galerie des Hospices.
 

lundi 10 février 2014

Restons groupés !

René Roy et Mathurine Guitton se sont mariés à Treize-Vents (85) le premier février 1712. Neuf enfants vont naître de cette union, durant les treize années suivantes :
     - Pierre né le 31/5/1713
     - Marie née le 13/3/1714
     - Perrine née le 1/7/1716
     - François né le 17/9/1717 (notre ancêtre)
     - René né le 5/12/1720
     - Perrine née le 17/2/1722
     - Jean né le 15/5/1724, décédé le 28 (d'après mention marginale)
     - Perrine née le 15/2/1726 (baptisée à la maison en danger de mort)
     - Marie Anne (naissance non trouvée)

Leur première fille Marie se marie dès 1727 (donc âgée de 13 ans seulement), avec un futur âgé de 33 ans déjà.

Mais c'est un autre mariage qui nous intéresse aujourd'hui : celui de 1746. En effet, ce n'est pas un mais trois mariages qu'on célèbre aux Châtelliers-Châteaumur ce 5 juillet.
 
 

François, Perrine et Marie Anne se marient le même jour. 
François est âgé de 29 ans. 
Perrine de 30 ou 20 ans (deux sœurs portant le même prénom de Perrine dans la fratrie, on ignore laquelle se marie en 1746). 
Quant à Marie Anne, son acte de naissance n'a pas été trouvé; on ignore donc également son âge). 

Mariage Roy, AD85

Mariage de françois Roi et jeanne proux
je soussigné ay ce jourdhuy cinquieme juillet de
lan 1746 donné la benediction nuptiale
apres les trois publications faites par trois
dimanches ou fetes consecutifs sans quil nous soit
parvenu aucun empechement canonique vu les
certificat fournis par Monsieur le curé de St Mesmin
et par Monsieur le Prieur [?] de la flocelliere pour
la contractante, a françois Roy fils de René Roy
et de Mathurine Guitton ses pere et mere de cette 
paroisse et a jeanne Proux fille de deffunt pierre
Proux et de renée boismoreau de la paroisse de st
mesmin en presence de françois pasquier et antoine
Bideau lun son oncle et lautre parrein et rené Roy
pere du contractant de pierre Proux frere de la
contractante jean Roy son cousin qui ont declare
ne scavoir signer
Mariage de michel Moreau et de perrine Roy
je soussigné ay ce jourdhuy cinquieme juillet de lan 1746 
donné la benediction nuptiale apres les trois publications 
faites par trois dimanches ou fetes consecutifs sans 
quil soit parvenu a notre connaissance aucun 
empechement canonique vu le certificat fourni 
par Monsieur le curé de St mars de la reorte pour le
contractant, a michel moreau fils mineur de deffunt
Mathurin Moreau et de Marie agneau
ladite marie agneau et michel moreau sont
authorisés par charles auves leur mari et beau pere
demeurant a la peulie paroisse de St mars de la
reorte, et a perrine Roy fille mineure de René Roy
et de Mathurine Guitton demeurant a la brechouere
de cette paroisse en presence de charles auves beau
pere du contractant, d'andre Poupin son oncle,
de René Roy pere de la contractante de 
françois pasquier son oncle qui ont declare ne 
scavoir signer
Mariage de Mathurin Moreau et Marianne Roy
je soussigné ay cejourdhuy cinquieme juillet de lan 
1746 donné la benediction nuptiale apres les 
publications faites par trois dimanches ou fetes 
consecutifs sans quil soit parvenu a notre connaissance 
aucun empechement canonique et vu le certificat 
fourni par Monsieur le curé de St mars de La reorte pour 
le contractant a Mathurin Moreau fils mineur 
de deffunt Mathurin Moreau et de Marie agneau
demeurant a La brechouere de cette paroisse
ladite marie agneau et Mathurin Moreau sont
authorisés par charles auves leur mari et beau pere
demeurant a la peulie paroisse de St mars de la
reorte, et a Marie anne Roy fille mineure de René 
Roy et de Mathurine Guitton demeurant a la metayrie
de la brechouere de cette paroisse en presence de 
charles auves beaupere du contractant, 
d'andre Poupin son oncle, de René Roy pere 
de la contractante, françois pasquier son oncle 
qui ont declare ne scavoir signer

On remarque au passage que les deux filles Roy épousent deux fils Moreau : restons groupés !
Les deux familles habitaient l'actuel hameau de la Bréchoire, aujourd'hui composé d'une dizaine de maisons et bâtiments agricoles. Facile d'imaginer où les futurs couples se sont connus. François a, quant à lui, parcouru davantage de distance : il est allé chercher sa promise à 11 kilomètres.

mercredi 5 février 2014

Exploit ou fantôme ?

Barbot Marie, épouse de Pillet Jacques, décède au Plessis Grammoire (49) le 18 frimaire an VIII (soit le lundi 9 décembre 1799).
Décès Barbot Marie, AD49

"Aujourdhuy octidi dix huit frimaire lan huitieme de la republique
francaise une et indivisible sur les huit heures du matin
Par devant moy laurent flon agent minicipal de la commune
du plessis grammoire canton de pellouaille departement de maine et loire
ont comparu en la maison commune le citoyen jean barbot cultivateur agé de
quarante neuf ans, et louis gougeon aussi cultivateur, tous les deux domiciliés de
foudon en cette commune ledit gougeon agé de quarante huit ans, ledit barbot
pere de la defunte marie barbot, et ledit gougeon oncle deladitte deffunte, lesquels
m'ont declaré que marie barbot femme de jacques pillet, agée de vingt deux ans
est decedée d'hyer sur les sept heures du soir dans son docimile sis a foudon, sur
cette declaration apres mettre assuré dudécès deladite marie barbot femme dudit 
jacques pillet jay redigé le present acte, que les dits jean barbot et louis
gougeon ont declaré ne scavoir signer
fait en la maison commune du plessis grammoire les jours mois et an
cy dessus"

Jusque-là, rien d'anormal, si ce n'est le jeune âge de la défunte.

Mais là où cela se corse, c'est qu'elle donne encore naissance à deux filles en 1800 et 1803 !

- Marie née le 17 brumaire an IX (soit le 8 novembre 1800) :


Naissance Pillet Marie, AD49

"Du dix septieme jour du mois de brumaire l'an neuf
de la République française.
Acte de naissance de marie pillet née le
seize brumaire a quatre heure du matin fille
de jacques pillet cabaretier et de marie barbot sa femme 
demeurant a Ingrande
Le sexe de l'enfant a été reconnu être femelle
Premier témoin, Pierre maurice chabain aubergiste agé de
quarante ans domicilié a Ingrande
Second témoin, perrine avrillaud veuve mathurin davy agé de cinquante
six ans demeurant commune de la chapelle grande tante de lenfant
Sur la requisition à nous faite par ledit jacques pillet pere de lenfant
Et ont declarés ne scavoir signer fors ledit chabain qui
a signé avec Nous
Constaté suivant la loi, par moi jacques jean du dieu richard maire de la
commune d'Ingrandes faisant les fonctions d'officier public de l'était civil."

- Félicité née le 24 germinal an XI (soit le 14 avril 1803) :

Naissance Pillet Felicité, AD49

"Du vingt quatrieme jour du mois de germinal l'an onze
de la République française.
Acte de naissance de felicité pillet née le
jour d'hier a quatre neuf heure du soir fille
de jacques pillet cabaretier et de marie barbot son
epouse de cette commune
Le sexe de l'enfant a été reconnu être femelle
Premier témoin, jean pellé aubergsite de la commune de montrelais
Second témoin, felicité mercier fille majeure proprietaire de cette
commune
Sur la requisition à nous faite par marie jeanne denion epouse rené rousseau
[...] pour absence du pere
Et ont signes fors laditte femme rousseau qui ne le sait
Constaté suivant la loi, par moi jacques jean du dieu richard maire de
Ingrandes faisant les fonctions d'officier public de l'était civil."

C'est pas fort, ça peut-être ??? 

Bon, l'histoire se complique encore car en 1808 Jacques a (encore) déclaré le décès de Marie Barbot; mais elle est qualifiée de cousine (et non d'épouse) et "fille de confiance" (= gouvernante, servante attitrée selon D. Chatry).

De plus, lors du décès de Jacques Pillet (en 1810), il est dit "mary de Marie Barbot"; ce qui laisse supposer qu'elle est toujours vivante. D'ailleurs elle l'est toujours en effet lors du mariage de Marie Pillet (celle née en 1800).


Bon je ne crois pas trop aux fantômes qui ressuscitent, donc on serait plutôt en présence d'homonymes (de nombreux homonymes). Mais la coïncidence est troublante, tout de même : deux couples homonymes à quelques kilomètres de distance. Cela prête à confusion. 
Je me suis d'ailleurs laissée avoir, heureuse de trouver l'acte de décès de Jacques Pillet longtemps cherché sans succès. Mais il faut bien se rendre à l'évidence. En rédigeant cet article, je m'aperçois enfin que les parents dudit Jacques sont mentionnés dans son acte de décès de 1810 et ne correspondent pas à ceux de "mon" Jacques. Comme quoi, on ne lit jamais assez les actes qu'on a sous les yeux. Les deux "filles posthumes" n'appartiennent donc pas à "mon" couple Barbot/Pillet.

Adieu exploit ! Adieu fantôme !
. . . Il ne me reste plus qu'à chercher à nouveau le décès de Jacques.