« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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samedi 25 novembre 2017

Acte d'état

Mon ancêtre à la IXème génération (sosa n°412) se nomme Christophe Derolland… ou Cristophle, Christophle, Chrystophores (en latin) Derraulant, Derolland, Deroulland. Bref, malgré ces fantaisies orthographiques, j’ai pu reconstituer une partie de sa vie :
- né en 1732 à Morillon (Haute-Savoie),
- marié à Jeanne Josephte (ou Josette) Pomet en 1753 – dont il a 5 enfants,
- décès de sa première épouse en 1768,
- remariage avec Jeanne Josette Cullaz (tiens : elle a les mêmes prénoms !) en 1768 – dont il aurait 3 ou 4 enfants,
- décès en 1799, toujours à Morillon.
J’ignore cependant son métier. Son fils sera laboureur. Mais lui semble assez aisé puisque, et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, il possède plusieurs "maisons".

En effet, grâce à un acte d’état (c'est-à-dire un état des lieux des possessions - immeubles notamment - réalisé par des experts et rédigé par un notaire) passé devant Me Denarie, notaire de Cluses en 1776, nous en savons un peu plus sur ses biens immobiliers. Cet acte nous indique qu’il "auroit fait batir deux maisons […]  procédée de la jeanne pommet sa premiere femme", l’une au lieu-dit les Follys et l’autre aux Pellys. Morillon est situé à flanc de montagne : les parties basses de la commune à 660 m, les parties hautes culminant à 2 500 m. Les Follys sont situés vers 800 m d’altitude et les Pellys vers 1 100 m.

Carte état major, Morillon © Geoportail

Les "deux maisons" sont en fait composées de trois bâtiments, comme on le verra dans un instant. Je n’ai malheureusement pas retrouvé le contrat de mariage Derolland/Pomet qui détaillerait peut-être ces immeubles et leurs provenances. A défaut, nous nous contenteront de ce document.
Par cet acte d’état, Christophe Derolland souhaite "faire proceder à l'estime [estimation] des vieux et des neufs bâtiments et acte d'état par experts pour assurer les frais desdits bâtiments quil convenoit y faire".

Cette procédure de l’acte d’état n’est pas anodine est obéit à des règles strictes :
Sur requête du juge, le notaire est nommé pour recevoir l’avis de deux experts et, de son côté, Christophe produit un maître maçon et un maître "serpentier" (variante du savoyard çarpênti signifiant charpentier). Des témoins complètent l’assemblée.
Les experts prêtent serment sur les saintes écritures "de bien et fidellement raporter l'estime [audit notaire] desdits bâtiments, tant des vieux que des neufs."
L’examen peut commencer : le "vieux bâtiments des follys est evalluée à la somme de huitante livres et celui des pellys a celle de dix livres ayant été ecrasé par la neige et ne pouvant servir que pour le feu." On voit ici que l’hiver (ou les hivers) a/ont fait des ravages sur le deuxième bâtiment qui n’est plus qu’une ruine.
"La nouvelle batisse desdits follits est evalluée à la somme de sept cent soixante quatorze livres et cinq sols monoye de savoye tout compris."
Soit un total de 864 livres et 5 sols ; on remarquera au passage le grand décalage dans la valeur des anciens bâtiments par rapport au nouveau.
L’origine et la date des différents immeubles n’est pas très claire : il y a visiblement deux édifices anciens et un neuf, mais dans le haut du document il était mentionné que c’est Christophe qui avait fait bâtir ces "deux maisons". Est-ce qu’il a fait ces constructions au début de son mariage, une quinzaine d’années plus tôt ? Ce laps de temps a-t-il suffit à les détériorer de façon si importante ? Ou sont-ils plus anciens et la bâtisse qu’il a fait édifier est-elle seulement la seconde maison des Follys ? Il nous manque des éléments pour pouvoir trancher.
L’acte se poursuit, en détaillant les "deux maisons" : elles sont composées de "muraille toilte [= toit ? tuile ?] serpente [= charpente] fournitures couvert four pressoir et ecurie et autres fournitures". Four, pressoir et écurie : ces bâtiments sont donc à usage agricole. "Savoir [ ?] soixante pieds de toilte a douze sols le pied, vingt quatre toises et demis de muraille a huit livres dix sols la toise, un four estimé à trante cinq livres, la ramure [ ?] estimée deux cent livres et deux cent huitante pour la main d'aure [ ?] et pour les barreaux epart et serrures la somme de quinze livres et pour le batiment des pellits ils mauroient rapportés qu'il vaut actuellement la somme de nonante livres."

Bon, j’avoue qu’entre l’écriture du notaire, les termes techniques, voire locaux, je n’ai pas bien saisi l’entière description des bâtiments ni qui vaut quoi exactement. Si ça vous parle davantage, n’hésitez pas à m’en faire part…

Suit un paragraphe où Christophe certifie avoir payé pour sa requête et la présence des quatre experts, ce qui lui en a coûté "cinq livres et dix huit sols" (soit, quand même, un peu plus de la moitié de la valeur de la ruine des Pellys).
Le document se termine par la liste des témoins et leurs éventuelles signatures. On notera que Christophe a "fait [sa] marque pour ne savoir signer de ce enquis" sur la minute originelle de l'acte. Aisé mais point lettré, donc.

L’histoire ne dit pas ce qu’a fait Christophe ensuite : a-t-il détruit la ruine, tout juste bonne à mettre au feu ? A-t-il réparé l’autre ? Pris soin de la dernière pour la transmettre à ses héritiers ? Nous le saurons peut-être un jour… ou pas !


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