« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

samedi 31 mars 2018

#Centenaire1418 pas à pas : mars 1918

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de mars 1918 sont réunis ici.

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
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1er mars
Je suis évacué vers l’intérieur.

2 mars
Je suis dans les vapes la plupart du temps. Seules les quintes de toux me réveillent et me soulèvent de mon lit comme la terre autour d’un cratère lors d’une explosion d’obus.

3 mars
Entre deux phases de sommeil, j’aperçois les fameuses infirmières !

Infirmières © lefigaro.fr

4 mars
J’apprends que les mauvaises conditions de vie des soldats sont la cause de nombreuses bronchites.

5 mars
Un nouveau blessé du bataillon est arrivé : il m’a dit que je vais louper la revue du Roi d’Italie ! Il va remettre la médaille de la Valeur Militaire Italienne au commandant de Fabry-Fabrègues.

6 mars
Les hôpitaux de l’arrière sont installés à la hâte dans différents locaux : écoles, couvents, châteaux, hôtels, ou simple demeure quand il n’y a plus que ça…  Mais dans les brumes de la fièvre je n’arrive pas vraiment à identifier l’usage premier de « mon » hôpital !

7 mars
Je vois passer d’un pas pressé médecins, chirurgiens, aumôniers. Et au milieu les infirmières, bien sûr.

8 mars
Tous les jours arrivent de nouveaux blessés : fractures à réduire, contagions à circoncire, blessures à panser. C’est une autre sorte de champ de bataille ici.

9 mars
Certains crient, d’autres sont silencieux, habités par les visions de luttes, fatigues, sang et boue.

10 mars
Ici il y a les vivants et puis les morts : nos camarades déchiquetés sur les champs de bataille rôdent entre nos lits. Est-ce la mémoire ou la fièvre ?

11 mars
On devine les batailles à l’afflux de blessés qui arrivent d’un coup. Quand il y en a trop, le manque se fait sentir : pansements, médicaments, médecins même se raréfient.

12 mars
Tous les jours des lits se libèrent, mais ce n’est pas toujours une bonne nouvelle : certains repartent au front, d’autres nous quittent les pieds devant…

13 mars
La population locale nous aide, en portant à l’hôpital de fortune où nous sommes des draps, des couvertures, des marmites, des sceaux, du pain, des légumes, etc… [1]

14 mars
Lors des grandes batailles les médecins sont débordés : un seul doit voir plusieurs centaines de blessés. Il n’a pas le temps de finir son examen qu’on l’entraîne vers un autre lit. La mortalité est effrayante. [1]

15 mars
Parfois personne n’a le temps de changer les pansements : souillés de terre ou de sang, ils dégagent une odeur nauséabonde. [1]

16 mars
Il paraît que la Bataillon a reçu une citation pour avoir protégé les villages et la population et qu’on est « acquitté de notre mission avec un zèle et une habileté au-dessus de tout éloge ».

17 mars
Les services religieux font le plein, même auprès de ceux qui, avant guerre, avaient tendance à un certain laisser-aller religieux : prières, invocations, vœux pieux, tout est bon pour s’attirer la protection divine. [1]

Les blessés sortent de la chapelle de l’hôpital, 1915 © Léon Jouhaud

18 mars
De pieuses dames visiteuses viennent voir les blessés, distribuant médailles, gâteaux ou tabac. D’autres s’investissent davantage et deviennent infirmières… [1]

19 mars
Certaines mauvaises langues affirment que c’est le costume qui a attiré les femmes vers cette activité d’infirmière, mais leur bonne volonté et leur charité étaient souvent leur première motivation. Je rends hommage à leur dévouement. [1]

20 mars
Le sous lieutenant Castet, évacué pour maladie, me donne des nouvelles du bataillon qui se prépare à remonter en ligne.

21 mars
Maman écrit : la vie est de plus en plus chère. Les prix ont augmenté d’une manière folle.

Vie chère, 1918 © Gallica

22 mars
Certains médecins sont parfois navrés de leur impuissance devant des blessures horribles. [1]

23 mars
Bravement, ces infirmières improvisées triomphèrent de leur répugnance du début et apprirent à ne pas se froisser du langage parfois cru des Poilus blessés ! [1]

Aux bons soins de dames charitables, 1915 © Léon Jouhaud

24 mars
L’anarchie dans les hôpitaux des débuts de la guerre s’est peu à peu calmée : l’organisation, les soins, les médecins et infirmières se sont nettement professionnalisés. [1]

25 mars
On alterne des jours où il ne se passe presque rien et d’autres où des trains déversent soudain 500 blessés !

26 mars
Au début, je pensais que les toubibs étaient des planqués à l’arrière. Aujourd’hui je constate la tâche essentielle et harassante qu’ils effectuent chaque jour.

27 mars
Je tousse de moins en moins : si je ne suis pas encore guéri, c’est quand même une bonne nouvelle…

28 mars
Les valides peuvent aller clopin-clopant faire leur toilette le matin, leurs serviettes sur le bras, le savon en main. Pour les autres, les infirmières faisaient leurs soins avec une cuvette d’eau, allant de lit en lit. [2]

29 mars
Parfois, oubliant ce qui nous avait amené là, nous jouions comme des enfants, nous aspergeant d’eau lors de la toilette, riant et chantant. Le retour de la salle commune nous ramenait bien vite à la réalité, hélas.

30 mars
Les anciens initient les bleus aux habitudes de la salle commune : ne pas fumer, ne pas jouer de l’argent à des jeux de hasard ou aux cartes, ne pas jeter des papiers par terre, etc… [2]

Hôpital © voyageurs-du-temps.fr

31 mars
Après le déjeuner un serviteur a fait tomber une pile d’assiettes dont l’une s’est brisée avec fracas. Beaucoup ont tressailli et tremblé croyant entendre d’autres bruits, ceux du temps du front… [2]


[1] Inspiré de "Souvenirs de guerre" de Léon Jouhaud.
[2] Inspiré de "Souvenirs d’une infirmière" de Julie Crémieux


2 commentaires:

  1. Un "gros" et beau travail de recherches que vous faites là Mélanie...

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    1. Merci ! Une petite goutte dans l'océan de cette terrible guerre...

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