« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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samedi 11 mars 2017

#Généathème : les migrations de nos ancêtres

D'aussi loin que j'ai pu remonter, c'est-à-dire dans les années 1670, mes ancêtres éponymes ont habité Conques en Rouergue. Mais à partir de 1850, ils ont commencé à bouger. C'est Pierre Jean, le premier, qui quitte le berceau familial. En effet, il est gendarme et se voit muté dans différentes régions, notamment en Corse (histoire racontée dans le billet "L'ancêtre Corse : début de l'enquête" sur ce blog). Ses déplacements sont assez biens connus et expliqués.

Mais aujourd'hui, je vais m'intéresser à son fils aîné, prénommé Augustin Pierre Jean. Je vous le présente : il a les cheveux et les yeux châtains foncé, les sourcils noirs, le nez et le front ordinaire, le menton et le teint rond (sic), la bouche moyenne, le visage ovale [*].
Il est né en 1851 à Conques mais c'est son grand-père maternel Jean Antoine Mas qui a déclaré sa naissance, son père étant dit "gendarme à pied à la résidence d'Ajaccio".
Conques, dessin F.A.Pernot, 1834 © Delcampe

Rapidement, le père fait venir son épouse et son fils en Corse. On retrouve donc Augustin, enfant au sein du foyer familial, dans les recensements : à Appietto (1855), à 10 km d'Ajaccio, puis à Peri (1861), 26 km plus loin.
Appietto et Peri (soulignés en rouge),  Corse du Sud © Magic Serviettes

Par sa fiche militaire, on apprend que, devançant l'appel, il s'est engagé volontaire (classe de mobilisation de 1867) à la mairie d'Ajaccio le 3 octobre 1868 pour 7 ans et incorporé au 32ème de ligne sous le n°3363. Il a 17 ans. Qu'est-ce qui le pousse à quitter la maison si tôt ? Nous ne le saurons probablement jamais.
En 1871, toujours d'après sa fiche militaire (qui se trouve en Aveyron) il est dit cultivateur et caporal au 32ème de ligne. Je ne sais pas si on peut considérer cela comme un nouveau "domicile", mais il est alors dit prisonnier à Koenisgberg (Prusse / aujourd'hui Kaliningrad dans une enclave Russe isolée entre Pologne et Lituanie).
En 1872 est libéré du service actif et envoyé dans la réserve. Mais il ne rejoindra probablement pas sa famille, qui a déménagé à Aubin près de Decazeville (Aveyron).
En tout cas en 1875, lorsqu'il épouse Cécile Rols, il réside à Angers, 31 rue de la Roë. La famille Rols est aussi originaire de Conques; le père de Cécile ayant quitté le Rouergue dans les années 1875, mais on ignore pourquoi. Il a d'abord été en Indre et Loire puis à Angers. Il y était épicier et Augustin était son employé. Tous habitaient la même adresse : on sait où Augustin a rencontré son épouse ! Lors du recensement de 1876 il y habite toujours.

Angers, 31 rue de la Roë aujourd'hui © Google street view

"Le décès survenu à 47 ans de son beau-père et patron l'oblige à trouver un autre emploi" (d'après ce que disait mon grand-père : en fait il a quitté l'épicerie deux ans avant le décès dudit beau-père). Peut-être pistonné par son père, il est nommé "gendarme à pied à la "Compt." [?] de Maine et Loire" en 1877: on le retrouve en poste à la gendarmerie de Beaufort en Vallée lors de la naissance de son second fils. Il est ensuite rapidement muté à La Possonière (naissance de sa fille en 1879). Mais il ne fait pas carrière dans la gendarmerie puisqu'il démissionne en 1880. Lors des décès de deux de ses enfants, le 3 et le 16 avril 1881 [**], il est revenu à Angers, au 63 faubourg Saint-Michel; îlot misérable et insalubre totalement démoli dans les années 1960; mais qui avait peut-être meilleure allure dans les années 1880 ? Il est alors dit respectivement ouvrier de fabrique et employé de commerce.

Angers, entrée du faubourg Saint-Michel © Delcampe

Il fait ensuite un bref retour en Aveyron entre 1882 et 1886, à Aubin. Il n'apparaît pas dans le recensement de la commune en 1881, ce qui laisse supposer qu'il y est arrivé en toute fin d'année (après le décès de son fils Alexandre en avril) ou en tout cas avant le mois de juin 1882 puisque sa fille Marie Euphrasie y naît à cette date. Il rejoint sans doute ses parents qui habitent la commune, à nouveau sans doute pistonné par son père puisqu'on le retrouve garde mine comme lui; mais il change régulièrement d'adresses : lieu-dit Le Moulinou en 1882 (naissance de Marie Euphrasie), Combes en 1883 (décès de son père), Peyrolles en 1884 (naissance de son fils François) puis à nouveau Combes en 1886 (naissance de son fils Élie).

 Combes à Aubin, Puits de Mine, 1910 © merigot.chez-alice.fr

Finalement il revient en Anjou : il demeure à Angers, mais il a une adresse différente à chaque naissance ou décès d'enfant : 39 rue des Banchais en 1888 (naissance de son fils Augustin), rue Victor Hugo en avril 1889 (naissance de son fils Ernest), 27 rue Larevellière en juin 1889 (décès de son fils Ernest), 10 rue de la Rame [?] en 1892 (naissance de son fils Benoît), 14 rue Fénelon en 1895 (naissance de son fils Alexandre). Il est journalier.

Détail des migrations de Augustin PJ Astié, Angers et ses environs © TravelMap

En septembre 1904 il demeure encore à Angers, route des Ponts de Cé (mariage de son fils François), mais il déménage ensuite à nouveau : cette fois il va en région parisienne. Selon la tradition orale familiale "il est parti à Paris, à pied, chercher du travail". Il a alors 54 ans. Il deviendra journalier au gaz.

Cette fois il rejoint vraisemblablement son fils qui habite déjà à Ivry : en juin 1905 on le retrouve à Ivry, 34 rue Nationale (décès de son frère Louis), puis rue Raspail en 1911 (recensement).

Finalement, son acte de décès, en 1914 porte l'adresse Paris 13ème, 11 rue Damesme (rue qui se trouve dans le prolongement de la rue Nationale d'Ivry).

Migrations d'Augustin Pierre Jean Astié © TravelMap

Ce qui fait tout de même 20 adresses (je ne compte pas la Prusse) en 62 ans de vie - soit un déménagement environ tous les trois ans en moyenne ! Et peut-être que quelques adresses m'ont échappées, notamment à la fin de sa vie où les sources ne sont plus disponibles en ligne.
La plupart de ces déplacements s'expliquent facilement : la raison principale semble être la recherche de travail, qui se fait essentiellement par rapprochement familial (parents puis enfants) ou relationnel (son futur beau-père). Mais pourquoi ces déménagements incessants dans une même ville à quelques mois d'écart (comme à Angers, Aubin ou Ivry) ? Cela reste un mystère.


[*] Description trouvée sur sa fiche militaire.
[**] Pour l'anecdote les deux décès ont la même adresse, 63 faubourg Saint-Michel, mais celui du 3 avril est classé dans le 1er arrondissement d'Angers tandis que celui du 16 est dans le 2ème arrondissement !

3 commentaires:

  1. Eh bien on peut dire qu'il avait la bougeotte. Bravo à vous pour avoir pu le pister aussi bien .

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    1. C'était un travail de longue haleine... et qui me révélera peut-être encore quelques surprises, qui sait ?

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  2. Véritable enquête pour pister cet ancêtre plus que vadrouilleur !

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