« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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samedi 18 août 2018

#RDVAncestral : La fille déshonorée

C’était jour de marché. Il y avait beaucoup de monde sur la place de l’église de Guérard. Mais je n’étais pas là pour acheter des œufs ou une chèvre ! Je cherchais une personne bien précise. Je ne l’avait jamais vue, mais je savais que je la reconnaitrai quand je la verrai. Au bout d’un moment, j’aperçus une femme. Elle me tournait le dos et avançait péniblement de sa démarche maladroite. Son ventre proéminent devait la gêner dans ses mouvements. J’avais trouvé Simone. Simone Testard qui allait, dans quelques jours, donner naissance à Simone Testard, sa fille naturelle. En effet, elle n’était pas mariée. Le père était inconnu ;du moins officiellement.  Je remarquais que l’on s’écartait un peu sur son passage, que des coups d’œil désapprobateurs lui étaient lancés et que des murmures s’étiraient dans son sillon. Une fille-mère : la honte pour elle. La honte pour sa fille. Une tache indélébile.

Quand à moi, je me précipitais vers elle, lui proposant mon bras pour soutenir sa marche. Elle me remercia d’un sourire sans joie. Elle passait devant les étals sans y accorder un coup d’œil.
- Tu sais, je ne suis pas là pour le marché.
- Je sais.
Par ma réponse j’essayais de lui transmettre tout mon soutien. Je ne sais pas si ce fut efficace. Elle finit par hausser les épaules :
- De toute façon, je sais ce qui m’attend.
Je ne sais pas si elle parlait du futur immédiat ou d’un terme plus ou moins éloigné. Les deux sans doute.
Son trajet ne déviait cependant pas : elle se dirigeait droit vers l’église et s’y engouffra sans hésiter. Tellement préoccupée par Simone, je n’eus pas même une pensée pour l'évêque Saint Thomas de Cantorbéry qui, selon la légende, consacra l’édifice au milieu du XIIème siècle. 


Église de Guérard © guerard.site-mairies.com

Un instant je fus saisie par la brusque obscurité et la sensation de fraîcheur qui contrastait avec la chaleur de ce début d’été qui régnait au dehors. Durant ce léger moment d’hésitation, j’avais lâché et perdu de vue Simone. Mais j’entendais ses pas résonner sur les dalles de l’église : le son provenait du côté gauche. Elle avait dû se glisser entre deux piliers, c’est pourquoi je ne la voyais plus. Sans faire de bruit, je me dirigeais vers l’endroit où ses pas résonnaient doucement. J’entendais, plus que je ne voyais, qu’elle avait ralenti l’allure. Elle semblait hésiter maintenant. Puis elle s’arrêta complètement. Je m’avançais aussi près que je pus, sans toutefois oser la rejoindre. Quelque chose me disais que je n’avais rien à faire ici et ma présence aurait peut-être ébranlé la résolution finalement vacillante de Simone qui l’avait menée  jusqu’ici.

Je perçu en effet l'instant d’hésitation qui la saisit brusquement et je crus qu’elle allait tourner les talons, mais à ce moment-là le curé s’approcha d’elle et l’invita à s’assoir près de lui. Tandis qu’il lui prenait le coude, elle le suivit docilement.  Ils s’assirent l’un à côté de l’autre. Je restais derrière un pilier proche où je savais être invisible tout en écoutant leur conversation. Je me mordis les lèvres en réalisant qu’espionner ainsi mon ancêtre dans une conversation privée avec son curé n’était peut-être pas la meilleure idée que j’eus, puis haussais les épaules : « au diable les scrupules ! ». Enfin, diable n’était peut-être pas le bon terme à utiliser ici. Décidément ! Mais cette histoire m’intriguait trop et je reportais mon attention sur la discrète conversation qui se tenait près de moi. Pendant que je me débattais avec ma conscience, le curé avait déjà commencé à entretenir Simone.

- … le sais bien : je l’ai suffisamment rappelé pendant mes prêches !  Depuis cent ans que notre ancien roi Henri II - paix à son âme - a signé un édit obligeant les filles non mariées et les veuves à déclarer devant une autorité  leur grossesse sous peine de mort. Cela se fait sans frais : tu n’auras rien à payer. Mais il faut aller te présenter devant un juge, ou un notaire, par exemple. Tous les trois mois je le rappelle pendant la messe. Et l’on me dit que tu n’as toujours pas fait cette démarche, ma fille.
Simone restait silencieuse, la tête baissée.
- Je te connais depuis longtemps : je sais que tu es une bonne petite. Mais tu ne voudrais pas que le Diable s’empare de toi, n’est-ce pas ? Déjà cette grossesse hors mariage ! (soupir du curé) Nous en avons déjà suffisamment parlé. Enfin, ce qui est fait est fait. Mais le père ? Qui est-ce ? A moi tu peux le dire.
Oui est à moi aussi, d’ailleurs, pensais-je…
- Je suis sûr que cet homme ne t’a pas violenté ; mais est-ce que tu n’as recherché ses faveurs ? L’as-tu provoqué ?
Je pestais intérieurement : Ben voyons ! C’est toujours la faute de la femme, bien entendu !
- Tu sais ma fille : tu peux garder le silence devant moi mais Dieu, Lui, voit tout et sait tout. Tes erreurs se paieront, ma fille : si ce n’est pas dans cette vie ce sera dans une autre ! Au Jour du Jugement Dernier Dieu reconnaîtra les siens !
Mais, bien qu’honteuse, Simone s’obstinait à garder le silence. Les lèvres pincées, elle écoutait le curé mais ne desserrait pas les dents. A mon avis, ce n’était pas la première fois qu’elle se faisait sermonner ainsi. Cependant, pour une raison que j’ignore, Simone avait décidé de taire le nom de son suborneur. Dommage : j’aurai bien voulu l’apprendre ; c’est ce qui m’avait entraîné derrière ce pilier à écouter cette discussion de façon si grossière.

Finalement, à court d’argument, le curé laissa partir Simone. Je la rejoignis avant de sortir de l’église. Cette fois, je la laissais filer. Mais je ne pouvais pas m’empêcher d’entendre les commentaires émis derrière elle :
- Peuh ! Cette moins que rien ! On sait bien qui est le père !
- Et qui donc, toi qui est si savante ?
- Ce n’est pas bien compliqué à deviner : elle est servante au château de Rouilly le Bas. Elle n’aura pas su garder les cuisses serrées devant not’seigneur !
- Et p’être même bien que c’est elle qui l’a aguichée !
- Sûrement !
- Peuh ! Si elle croit qu’il va l’épouser, elle bien naïve.
- Peut-être qu’il la prise de force ?
- Penses-tu ! Ces choses-là ça se fait à deux ou pas du tout !
- Et c’est sûrement elle qui a tout déclenché : maintenant elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même !
Personnellement je trouvais l’avis des commères assez tranché et peu flatteur pour mon ancêtre. Était-ce toujours ainsi que cela se passait ? Était-ce inéluctable ? Ou y avait-il simplement une once de jalousie dans leurs affirmations ?

Simone s’éloignait, seule, quand brusquement un jeune homme que je n’avais pas remarqué jusque là se retourna, serrant les poings :
- Vous n’êtes qu’une bande de mégères ! Taisez-vous donc, harpies !
La remarque et le ton employé nous surprit toutes mais fut efficace : les commères s’étaient tues.
Le jeune homme couru après Simone, qu’il rattrapa sans peine.
- Qui est-ce ? demanda l’une des commères lorsque la stupeur passée elles retrouvèrent la parole.
- C’est le jeune Duchemin, répondit l’une d’entre elles.
Mais son intervention leur avait cloué le bec et elles ne trouvaient plus rien à dire. Ce jeune homme avait réussi un exploit : tarir une source qui semblait intarissable, celle des commérages.

Plus tard j’appris que Simone avait déclaré le jeune Duchemin comme géniteur de sa fille, même si celle-ci demeurait fille naturelle. Était-ce lui véritablement, bien que leur situation n’ait pas été régularisée avant la naissance de l’enfant ? S’était-il simplement dévoué ? Par amour ? Par obligation ?


Extrait BMS Guérard, 1657 © AD77
Simone fille de Simone testard fille de fornication avec françois 
chemin demeurant a dagny bas le 6 juillet par. Nicolas guillard 
mar. Jeanne carrouget

Je ne le saurai sans doute jamais. Et même mon espionnage peu orthodoxe ne m’avait rien appris. Quoi qu’il en soit, et bien que je n’ai pas (encore) trouvé l’acte le prouvant, Simone et le jeune Duchemin (ou Chemin) finirent pas se marier et la petite fille, prénommée aussi Simone, fut reconnue Duchemin; nom qu'elle portera lors de son mariage. Que ce jeune homme croisé par hasard alors que je ne m’y attendais pas soit ou non le père biologique de la fillette, c’est bien lui qui l’éleva et lui donna son nom. 
Le déshonneur ne fut peut-être pas là où on l’attendait finalement…


jeudi 2 août 2018

#Centenaire1418 pas à pas : juillet 1918

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de juillet 1918 sont réunis ici.

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
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1er juillet
Le creusement des parallèles A et B se poursuit chaque nuit. Des piquets et des bobines de fil de fer sont confectionnés et transportés à pied d’œuvre pour les couvrir d’un réseau.

2 juillet
Calme. Poursuite des travaux.
Premières lignes avec hérisson © Gallica

3 juillet
La 8e compagnie est détachée à Chézy à la disposition du 11e bataillon.

4 juillet
Journée calme. Vers 21h30, harcèlement sur le plateau puis tirs par rafales d’obus spéciaux sur les bois et carrière au Nord de Cerfroid-Chézy. Les compagnies s’organisent dans leurs parallèles et les approfondissent.

5 juillet
Calme. Le dispositif prévu est entièrement réalisé. Le service d’observation et les liaisons s’organisent. A 19h la Division est alertée : les troupes occupent immédiatement les emplacements prévus. Un obus à ypérite tombe sur la popote des officiers, aux pieds du Chef de bataillon. Le masque est gardé toute la nuit au poste de commandement.
Attaque au gaz © icrc.org

6 juillet
La désinfection du terrain et du matériel sont exécutés au petit jour. Le chef de bataillon de Fabry Fabrègues est évacué pour brûlures, ainsi que 9 gradés ou chasseurs. L’alerte prend fin à 18h. Le capitaine Jarrin, adjudant major, prend le commandement du bataillon.

7 juillet
Les travaux continuent à être poussés activement sur la position de résistance de la DI.

8 juillet
Les réseaux de fils de fer sont terminés devant la parallèle A et amorcés devant la parallèle B.

9 juillet
Un abri par ½ secteur et par section de mitrailleuse sont commencés.

10 juillet
Changement d’affectation : je rejoins le 54ème BCA ; mais je n’ai pas beaucoup de chemin à faire car ils sont aussi dans le même secteur de Chézy en Orxois.

11 juillet
Eux aussi étaient en Italie au Monte Tomba. On se raconte nos souvenirs de cette prise épique.
Monte Tomba © cedos grande guerra

12 juillet
Les Allemands semblent s’organiser dans le secteur.

13 juillet
Des patrouilles sont organisées.

14 juillet
Violent bombardement du secteur de Chézy par les Allemands dans la nuit du 14 au 15.

15 juillet
Aucune note pour ce jour.

16 juillet
Actions ennemies particulièrement violentes.
Bombardement sur le front, 1916 © Gallica

17 juillet
L’avance allemande est continue sur tout le front. L’ordre de départ est donné : ces mouvements doivent marquer le début de la grande offensive qui doit libérer le territoire. En soirée l’ordre tombe : « Jour J : 18 juillet ; heure H : 4h35 ».

18 juillet
Nous recevons l’ordre d’attaquer le secteur que le bataillon occupe depuis plus d’un mois.

19 juillet
Nous nous sommes emparés des villages de Dammard, Monnes et Cointincourt. Notre action a été reconnue comme « un élan magnifique ».
Carte Dammard, Monnes, Cointicourt

20 juillet
Nous progressons vers Sommelans et Latilly.
Carte Sommelans, Latilly

21 juillet
Notre bataillon refoule l’ennemi de la ferme d’Halloudray et traversons Grisolles.
Carte Grisolles

22 juillet
Nous progressons jusqu’à Rocourt Saint Martin, capturant un très grand nombre de prisonniers, 11 canons, 10 minenwerfer, de nombreuses mitrailleuses et un énorme butin.
Carte Rocourt St Martin

23 juillet
Après nos brillants exploits de ces derniers jours, que l’on a appelés « la deuxième bataille de la Marne », le bataillon est cité à l’ordre de la VIème Armée (sous les ordres de Jean Marie Degoutte).
Général Jean Marie Degoutte © Wikipedia

24 juillet
Nous parvenons à Coincy et Brécy.
Carte Coincy, Brécy

25 juillet
Repos. Travaux de propreté.

26 juillet
On nous annonce le retrait du front : nous sommes transportés par camions dans la région de Meaux, à la Ferté sous Jouarre.
Carte Coincy-Ferté

27 juillet
Nous embarquons dans des trains à La Ferté sous Jouarre en direction de Poix dans la Somme.
Carte Ferté-Poix

28 juillet
Nous cantonnons à Lahaye Saint Romain. Repos et instruction.

29 juillet
Le bataillon fait maintenant partie de la Ière armée sous le commandement du Général Debeney.
Général Marie-Eugène Debeney, 1924 © Wikipedia

30 juillet
Journée calme. Pendant la nuit harcèlement de tirs très nourris de l’ennemi.

31 juillet
Journée calme. Pendant la nuit, tirs de harcèlement habituels.


samedi 21 juillet 2018

#RDVAncestral : Le disparu

En ce 21 avril 1834, j’arrive chez Marie Anne Desmarest. Elle est la seconde épouse de mon ancêtre Pierre André Gibert. Celui-ci a eu un tragique accident au mois de décembre dernier : charretier, il rentrait chez lui avec son attelage. Il faisait déjà nuit. Et froid. Le sol était gelé en cet hiver particulièrement rigoureux. Il franchissait le Pont de Coude, qui enjambe le Grand Morin. A cet endroit la rivière marque la limite entre les communes de Tigeaux et Dammartin sur Tigeaux (Seine et Marne). Il venait de quitter Dammartin, situé à 800 m environ avant de rentrer chez lui à Serbonne, paroisse de la Chapelle sur Crécy, 5 km plus loin. Le pont était assez récent : édifié sur des soubassements maçonnés, il était composé d’une barrière métallique, haute au centre du pont, plus basse à ses extrémités.

Pont de Coude © ebay.fr

Les eaux étaient tumultueuses par endroit et gelées là où le courant n’était pas assez fort, comme près des berges ou dans un coude de rivière. Hélas au moment où Pierre André s’apprêtait à quitter le pont, l’une des bêtes de son attelage glissa sur une plaque de gel. Probablement que la bête affolée a tenté de retrouver son équilibre, dans un vain mouvement de pattes désordonné et de mugissements de panique. Mais l’attelage a commencé à basculer dangereusement puis, inexorablement, le poids de la charrette les a emporté tous dans la froide rivière. Y compris Pierre André. Et c’est ainsi qu’il disparut le 11 décembre 1833 au Pont de Coude.

C’est aussi la raison de ma visite : je viens voir comment va la famille. Comment elle a supporté l’épreuve et l’injustice de cet accident. J’ai attendu un peu pour leur laisser passer les premiers moments les plus difficiles et, plus pragmatiquement, pour que les routes soient praticables alors que l’hiver venait enfin de desserrer son étau. Enfin, en cet après-midi d’avril, je me suis décidée à venir.

Pierre André avait 52 ans. Il s’était marié en premières noces avec mon ancêtre directe Marie Jeanne Becqué (dont il avait eu trois enfants), puis en secondes avec Marie Anne Desmarest. Leur mariage avait eu lieu en 1833. Pierre André avait alors 49 ans et Marie Anne 53.

Nous discutions dans la maison de cet accident et de la douleur qu’il avait entraînée : Marie Anne ne s’était jamais mariée avant Pierre André. Mais elle l’avait aimée tout de suite, lui et ses trois grands enfants. Cependant le bonheur fut de courte durée : deux ans et demi seulement.

Dans le silence des souvenirs, soudain, un bruit se fit entendre. C’était comme une lointaine rumeur au début. Presque un murmure. Mais cela ne s’arrêtait pas : au contraire, cela s’amplifiait. Victor, fils de Pierre André (et mon ancêtre direct), se leva et alla ouvrir pour voir ce qui se passait : de la table où nous étions restées assises, nous distinguions clairement, Marie Anne et moi, une foule qui se rapprochait. Des enfants couraient devant. Puis des adultes, des hommes en majorité. Enfin, fermant la marche, une charrette. Ils avaient un air bizarre : certains paraissaient excités, d’autres effrayés, d’autres encore ébahis. Mais tous avaient un point commun : ils avaient l’air frappé d’horreur.

Finalement la petite foule s’arrêta à une distance respectueuse de la maison. Alexandre Bizet, le beau-frère de Victor, avait été poussé devant par les autres. Il hésitait, ne savait comment délivrer cette nouvelle pour laquelle ils étaient tous là.

- Et bien quoi ? le pressa Victor. Que se passe-t-il ?
Mais Alexandre hésitait toujours : il ne trouvait pas les mots. Peut-être tout simplement parce qu’il n’y a guère de mot dans ces cas-là.
- Nous avons trouvé…
- Oui ? Et bien quoi ? Qu’avez-vous trouvé ?
Alexandre regarda la charrette, sans rien pouvoir ajouter.

Victor s’approcha de l’attelage. Il y avait quelque chose dessus, caché par un drap : c’était une forme longue et étroite. Un silence total régnait dans le groupe, chacun retenant sa respiration. Finalement, Victor souleva un coin du drap et bondit aussitôt en arrière, un hoquet d’horreur brisant le silence de l’assemblée. Sa figure devint pâle. Non plutôt grise, en fait.
Marie Anne et moi nous précipitâmes vers le groupe mais Alexandre la retint d’un bras ferme :
- Non ! Non ! Vous ne devez pas…
- Mais qu’est-ce qu’il se passe ?
Un homme s’approcha :
- Je suis désolé, Madame Gibert, mais… Nous avons trouvés… Lui aussi hésitait à le dire. C’est finalement Victor, dont le visage n’avait pas repris ses couleurs, qui acheva la phrase dans un souffle :
- Papa !
- Quoi ? Mais il a disparu dans la rivière il y a quatre mois…
- C'est-à-dire qu’avec le dégel… on l’a retrouvé en aval du pont, pris dans des branchages qui pendaient dans l’eau, dans un bras mort de la rivière.

Le silence régna à nouveau. Tout le monde était immobile. Marie Anne avait formé un « Oh ! » avec sa bouche, mais aucun son n’en n’était sorti.
Finalement, n’y tenant plus, je posais la question qui me brûlait les lèvres :
- Mais comment savez-vous que c’est bien lui ?
Car évidemment après tout ce temps passé dans l’eau, même gelée, le corps avait dû subir des dégradations irréparables.
- Ce sont ses vêtements qui nous permettent de l’identifier.
Une plainte s’éleva alors, tandis que Marie Anne s’effondrait par terre. Peut-être avait-elle cru que le pire n’était pas arrivé. Et dans le creux de son cœur elle avait espéré un improbable retour de son époux, comme si rien ne s’était passé. Cette charrette, ces gens, ce jour brisaient son rêve fou.

Les quelques femmes présentes se détachèrent du groupe : elles relevèrent Marie Anne et la ramenèrent dans la maison. Celle-ci, sans force, n’eut même pas le courage de tourner la tête une dernière fois vers son époux.
Victor prit une grande inspiration et souleva à nouveau le drap. Cette fois, il s’attendait à l’horrible spectacle qu’il allait voir, mais même ainsi, il eu un haut le cœur. Il descendit le drap jusqu’à la taille du défunt, mais n’alla pas plus loin : il en avait vu suffisamment. Il remit le drap en place.
- Ce sont bien ses vêtements… c’est bien mon père.
Même s’il n’y avait aucun doute sur ce sujet pour les gens présents, qui l’avaient connu, il fallait que ce fût dit.
Alexandre proposa de conduire la charrette tout de suite à l’église ; ce que Victor accepta. Il suivit le convoi tandis que je rentrais dans la maison.

Finalement, je restais jusqu’au lendemain, pour les obsèques de Pierre André. Il y avait beaucoup de monde car, en tant que charretier, il avait eu l’occasion de travailler pour la plupart des gens de sa communauté en transportant des barriques de vin pour l’un, du bois pour un autre, ou encore du foin et toutes sortes de choses qui avaient besoin d’être portées d’un point à l’autre. L’assistance était cependant étrangement silencieuse : ce n’étaient pas des funérailles ordinaires car sa mort, et la découverte de son corps, n’avaient pas été ordinaires. C’est sans doute pourquoi le curé écrivit dans son registre des décès, à la date du 22 avril 1834 : « Pierre André Gibert […] est décédé audit Dammartin, lequel a été noyé dans le morin par accident au pont de coude, et n’a été retiré qu’hier […] vers les deux heures de relevée ».

Plus tard, je remarquai que c’est la date du 11 décembre 1833 que le curé a inscrite lors des mariages des fils Gibert, en 1842 et 1844, sans préciser pour autant les circonstances de ce décès particulier, ni en prenant la peine d’expliquer pourquoi il n’y avait pas d’acte de décès à cette date du 11 décembre. Cependant, c’est bien la date du 21 avril 1834 qui a été retenue dans les registres de décès et les tables de succession, officialisant cette mort peu originale et sans doute fort douloureuse pour ses proches.


samedi 14 juillet 2018

#Généathème : Des objets

Je n’ai pas d’objets familiaux en ma possession (à part peut-être une médaille mystérieuse), même si quelques uns sont passés entre mes mains. Mais j’ai dû les rendre à leurs propriétaires légitimes. Par contre, j’ai  hérité de beaucoup de papiers de familles : cela va de cartes postales aux avis de décès, en passant par les cartes d’identité ou des photographies – j’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur ce blog.
A l’occasion du défi #genealogie30, j’ai abordé plusieurs fois les documents laissés par mon grand-père paternel, lui qui avait commencé sa généalogie et celle de son épouse, et qui m’a transmis le virus.

Dans le carton des « vieux papiers », j’ai exhumé un document écrit de sa main, où il raconte quelques souvenirs, bribes de son histoire. Aujourd’hui il se présente sous la forme de quatre photocopies, format A4 ; mais à l’origine cela devait être deux feuillets, puisque l’un porte la mention « suite au verso ». On y retrouve sa belle écriture soignée (et ses tournures de phrases un peu surannées) que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer et qui m’émeut toujours quand je la vois. Je retranscris ce document tel qu’il m’est parvenu (orthographe comprise…).


Il commence par évoquer ses parents :

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 « Mes parents sont nés tous les deux, la même année en 1888. S’ils vivaient encore, cela ferait bientôt cent ans. Ils m’ont appris bien des souvenirs de leur temps que j’ai essayé de garder. »

Mon grand-père, Daniel Augustin, était fils unique. Ses parents, Augustin Daniel Astié et Louise Joséphine Lejard éteint bien nés tous les deux en 1888. Lui à Angers et elle à Andard (Maine et Loire). Ce document a donc été écrit un peu avant 1988 : mon grand-père avait alors entre 70 et 75 ans.

« Je suis un grand-père, et, avec mamie, nous avons eu des enfants, qui, à leur tour, nous ont donné bien des petits enfants. C’est cela la famille, ceux qui nous suivent et ceux qui ont été avant nous. »

En 1935 il a épousé Marcelle Philomène Assumel-Lurdin, celle qu'il appelait « mamie » à la fin de sa vie. Ensemble, ils ont eu 7 enfants. Au moment où il écrit ils ont un peu plus de 20 petits-enfants. Leurs arrière petits-enfants ne sont pas encore nés, mais ils en verront quelques uns avant leurs décès. Quand à la dernière phrase, je trouve que c’est une belle définition de la famille, voire de la généalogie.

« Je suis né en 1913, l’année avant la grande guerre mondiale de 1914-1918. Mon père ne m’a pas connu longtemps avant de partir à la guerre. Il a été comme tous les soldats français au front, dans le nord ou à l’est de la France. »

Mon grand-père naît en juin 1913. La mobilisation de la première guerre mondiale est décrétée le 1er août 1914, soit un peu plus d’un an après sa naissance. Faisant partie de la classe 1908, son père Augustin avait déjà fait son service militaire et envoyé dans la réserve en 1911. Mais en 1914, âgé de 26 ans, il est aussitôt rappelé sous les drapeaux : le 15 août 1914 il rejoint la 22ème compagnie C.O.A., c'est-à-dire une section de commis et ouvriers d’administration (unités chargées du ravitaillement des troupes)… ou d’artillerie (chargés de l'entretien dans les forts des pièces d'artillerie) ; je ne sais pas quel est la bonne section où il a été envoyé. J’ignorais aussi qu’il avait été dans le Nord de la France, sa fiche militaire ne le précisant pas.

« Puis la guerre s’est étendue dans une autre partie de l’Europe, au sud, en Serbie – qui n’est plus maintenant un état indépendant et fait partie de la Yougoslavie – L’Autriche et la Hongrie étaient alliée de l’Allemagne et se battaient contre la Grèce, alliée de la France. »

Sans doute mon grand-père partage-t-il les souvenirs de son propre père, ou bien est-ce son goût pour l’Histoire (et les histoires) qu’il aimait raconter ?

« Mon père, avec beaucoup d’autres soldats, dont son capitaine, Mr Bessonneau, le patron de l’usine d’Angers, ont été envoyés par de grands bateaux naviguant en convois sur la mer Méditerranée, à Salonique, une ville très ancienne de la Grèce. »

Nous entrons ici dans la légende familiale qui veut que le patron des usines Bessonneau d’Angers ait été envoyé sur le front d’Orient en "emportant" avec lui tous ses ouvriers. Les Angevins connaissent bien les usines Bessonnneau, un des plus gros employeurs de la ville, ancienne manufacture de chanvre, puis « filature, corderie et tissage », avant de fabriquer des tentes de grandes tailles pour protéger les aéroplanes, qui eurent beaucoup de succès pendant la guerre et son aviation naissante. Je n’ai pas trouvé la preuve qui me permettrait de confirmer que Bessonneau a bien emmené avec lui tous ses ouvriers. Quoi qu’il en soir en septembre 1915 Augustin sera affecté dans un groupe d’aviation, direction « l’Orient ». Ce que nous confirme l’extrait suivant :

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 « Il était dans le grand corps de l’aviation, dans les rampants, ceux qui s’occupaient des hangars, des moteurs, et… des avions au sol. »

D’abord basé à Salonique, il fut ensuite affecté dans les Dardanelles.

« Ma mère a besogné dur pour pouvoir vivre. Elle faisait de la couture pour les habits des soldats et travaillait aussi chez une charcutière dont le mari était au front. »

Elle était couturière à l'école Chevrollier, place de l'Académie, l'année de son mariage (1912) ; mais j’ignore quel était son employeur pendant la guerre. Mon oncle Jean a hérité de sa vieille machine à coudre à pédale (même si elle était alors  hors d’usage), en souvenir d'elle ; machine qui avait dû longtemps lui servir. Elle fut aussi servante chez le docteur Letournel. Leur précédente domestique s'appelait Joséphine : en embauchant Louise, ils ont donc décidé de la rebaptiser Joséphine, histoire de n'avoir pas à retenir un nouveau prénom ! Par hasard, il se trouve que c'était le second prénom de Louise : ça tombait bien ; mais de toute façon elle n'avait pas son mot à dire. Après-guerre elle a, elle aussi, travaillé chez Bessonneau (comme tout le monde à Angers !).

« La guerre terminée par la défaite des allemands et des autres nations qui s’étaient mises du côté des prussiens, les soldats français rentrèrent  dans leurs foyers après l’armistice du 11 novembre 1918.
Le régiment de mon père dut rapatrier tout le matériel que la France avait envoyé à l’armée qui avait défendu les petites nations loin de ses frontières pendant quatre ans. Ces soldats ne rentrèrent en France qu’au début du mois de janvier 1919. »

Nommé caporal en 1917, Augustin est finalement démobilisé en mars 1919 selon sa fiche militaire (motif : un enfant, trois frères tués au combat). Le souvenir de mon grand-père d’un retour en janvier est donc sans doute un peu prématuré. Par ailleurs, il obtient une pension d’invalidité ayant été infecté par le paludisme lors de son affectation en Orient.

« Je me rappel bien du retour de mon père, arrivé chez nous, comme ça, à l’improviste. Je revois sa vareuse militaire, son képi gris, - il n’était plus bleu horizon – et aussi ses bandes molletières aux jambes, mais surtout le bonheur de mes parents. »

Mon grand-père avait alors 6 ans. Le retour, tant attendu et pourtant inopiné, a dû être une véritable surprise et une joie pour Louise qui n’avait pas dû voir son mari pendant de longues années. Le récit de mon grand-père passe sous silence une légende familiale qui dit que lui, au contraire de sa mère, ne fut pas du tout enchanté de « l’intrusion » de cet homme inconnu (il n’avait pas de souvenir de lui avant-guerre bien sûr) dans le foyer intime qu’il partageait seul avec sa mère !

« Quelques jours après nous avons été nous faire photographier tous les trois. Ces photos et les souvenirs que j’ai de tous ces moments là sont pour moi, et pour les miens, la mémoire vivante que je veux laisser à tous mes enfants et petits enfants pour qu’à leur tour ils aiment garder les liens que nous tissons entre nous avec les bons et les durs moments de notre vie. »

La photographie dont il est question ici, la voici :

Quand à la mémoire, elle est toujours vivante grand-père, grâce à tes écrits…

Le document se poursuit sur sa vie proprement dite :

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 « Quelques réflexions sur la vie professionnelle d’un gamin du Faubourg St Michel. »

La famille Astié a habité ce faubourg Saint Michel à Angers, faubourg qui n’existe plus aujourd’hui ayant été détruit pour insalubrité dans les années 1960 ; et on peut comprendre pourquoi : le bâtiment où ils habitaient était en partie creusé dans l'ardoise. Le rez-de-chaussée était occupé par la boucherie Frète (oncle et tante d’Augustin) et l’usage du premier étage était réservé à la « grand-mère Frète ». Le deuxième étage, au sommet du rocher, donnait sur une petite cour avec le logement de la famille Astié et un cabinet d'aisance dont la fosse était creusée dans le rocher. Dans ces vieux bâtiments les logements étaient imbriqués les uns dans les autres. L'escalier était taillé dans le rocher d'ardoise. L'appartement était petit et sombre. La cuisine donnait sur la cour et la chambre donnait sur la rue. Dans cette chambre une cloison séparait le lit de Daniel du lit des parents. [1]

« A 13 ans, vers le milieu du mois de juillet, après la fermeture de l’école primaire du faubourg St Michel pour les vacances scolaires, muni de mon certificat d’étude, sans plus attendre, je commençais ma vie professionnelle.
Mon père m’avait trouvé une place d’apprenti mécanicien. « Chez Tafforeau-Taffanel » ainsi que l’on disait. Je pouvais devenir ajusteur dans la mécanique agricole. Noble ambition ! Hélas ! deux mois après, un petit accident au poignet droit dont j’eu bien garde de me plaindre, fut découvert par le contremaître. La grimace que je fis lorsqu’il me tourna les poignets pour voir su j’avais des ampoules aux mains fut le signal de la fin de ma carrière dans cette grande profession. »

C’était l’époque où on ne « perdait pas trop de temps à faire des études » : dès 13 ans, mon grand-père s’apprête donc à devenir un mécanicien (dans tous les sens du terme). D’après cet extrait, et les termes qu’il emploie au sujet de cette profession, cela semblait lui convenir. Mais son « petit accident » était assez sérieux tout de même puisqu’il fut renvoyé et immobilisé longtemps, comme il est dit ensuite :

« Pendant un an et demi mon avant bras droit resta immobilisé dans un plâtre. Dans le faubourg, on craignait plus que tout, la tuberculose. Cette période inactive fortifia ma constitution. A l’école j’aimais le « dessin géométrique ». Le docteur Jamin ami de la famille me recommandat à un architecte, Mr. Bricard. Tout le reste de ma vie professionnelle et familiale fut heureusement orientée par ce fichu accident, qui et, longtemps après, par de l’arthrose qui se rappelle encore à moi.
suite au verso »

L’accident était donc sérieux. Mais il eut d’heureuses conséquences : l’entrée en poste chez un architecte, où mon grand-père pu laisser s’exprimer son goût pour le dessin (et la belle écriture). Finalement, ce devait davantage lui convenir qu’un métier de mécanicien !

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 « C’est en 1928 que j’entrais au service de Mr Bricard Architecte rue Celestin Port à Angers pour apprendre le dessin d’architecture, faire les courses, tirer les plans en x exemplaires etc… Tant bien que mal, j’appris à comprendre et à tracer des plans. Mr Enguehard me format et je lui en suit très reconnaissant. On me fit parfois copier des plans et les mettre à une échelle supérieure. »

Il entre au cabinet d’architecture en 1928 ; il a donc 15 ans. Il a toujours été passionné par le dessin et avait chez lui une grande table d’architecte… et n’a pas aimé du tout lorsque l’un de ses fils l’a utilisée pour en faire un toit de cabane ! C’était une période heureuse pour lui je pense.

« Puis vint une période particulièrement difficile par suite de la crise qui sévissait aux Etats Unis. Mr Bricard se sépara de moi et de peut être d’autres dessinateurs qualifiés. J’avais appris bien des choses qui m’aideraient par la suite, très efficacement. Cela se passait début octobre 1933. J’étais sans travail et bien ennuyé. »

La « crise de 29 » eut donc des conséquences jusque dans ma famille. Et voilà mon grand-père, âgé de 20 ans, sans emploi et « bien ennuyé » pour reprendre ses mots ! Mais…

« J’avais connu une jeune fille au cours d’un pèlerinage à Lourdes. Elle me plaisait beaucoup. Je crois que nous nous aimions. J’en suis absolument sûr, maintenant, après plus de cinquante années d’épousailles ! »

Plusieurs photos montrent ce pèlerinage à Lourdes, dont celle-ci :
Daniel pose à côté d’une jeune fille, Marcelle… qu’il épousa en 1935. Leur mariage dura 66 ans.

« Un camarade scout, André Alliot, qui devint son beau-frère en 1937, fit part a son père, directeur du Grand Bon Marché, place du Ralliement, de ma situation de sans travail. Il avait besoin d’un apprêteur, vendeur, et autres fonctions. Il me prit à son service. C’était le 15 octobre 1933. Je n’avais pas été longtemps sans occupation. J’appris bien des choses. A connaitre les tissus, le contact avec la clientèle, les rouries de la vente, flater le client, mais pas trop, complimenter la maman de ce joli garçon auquel on essaye un costume plus grand que son âge, car il va grandir n’est ce pas, mais surtout parce qu’il n’y en a pas d’autres en rayon. J’ai aimé cette période, qui m’a fait comprendre que l’on peut convaincre, sans forcer la personne à abandonner son point de vue, mais en l’enrichissant de conseils ou d’arguments supplémentaires qui lui feront prendre une décision plus conforme ou plus réfléchie en fonction de ses besoins. Cela m’a beaucoup aidé par la suite, dans le devoir d’orienter des gens vers des solutions qui s’imposaient, avec beaucoup plus d’importance a eux. »

La période de chômage de mon grand-père ne dura donc qu’une quinzaine de jours. Il apprit un nouveau métier et ses anecdotes sur son nouvel emploi sont, je trouve, assez savoureuses. Il occupa ce poste jusqu’à la guerre. Il devint ensuite secrétaire général des Mouvements Familiaux - pendant et après la guerre - et participa à la création de l'UDAF (Union Départementale des Associations Familiales), en 1945. Il aida de nombreuses familles et je pense que c’est l’allusion qui se cache derrière sa dernière phrase. Militant populaire des familles, il prit avec son épouse, l'organisation et la gestion de la Maison Familiale de Vacances et de Repos des Travailleurs, située sur le domaine du Hutreau à Sainte-Gemmes-sur-Loire, dans la proche banlieue d’Angers (de 1945 à 1952). C’est là que mon père est né.

Mais ceci est une autre histoire car les souvenirs de mon grand-père couchés sur ces papiers s’arrêtent ici.



[1] Merci à mon oncle Jean pour ces précieux souvenirs.