« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

mercredi 24 mars 2021

Newsletter

 Depuis quelques mois j'ai du mal à écrire. Manque d'inspiration, impression de tourner en rond, difficulté de concentration. Et à l'autre bout de la chaîne mes lecteurs ont du mal à lire, si l'on se fie aux statistiques en berne du blog. D'aucuns diraient que le climat ambiant n'y est pas étranger...

A défaut d'écrire j'ai donc fait du ménage sur mon blog, réaménagé l'ordonnance des pages, fait quelques statistiques et une série d'infographies (si vous ne les avez pas vues sur les réseaux sociaux, vous pouvez les retrouver sur les pages de l'onglet "mon arbre").

Avec tout ça j'ai navigué dans les archives du blog... et j'y ai redécouvert des articles oubliés ! Des articles que j'ai aimé écrire et que vous avez peut-être aimé lire. Ou pas.

J'ai donc mis en place une newsletter afin de vous faire partager mes histoires de prédilection. Une fois par mois, quatre articles (un par branche de mon arbre) seront mis en avant. Quatre portraits, histoires ou enquêtes réunies autour d'un thème commun.

Mes plus récents lecteurs auront le plaisir de l'inédit et pour les plus anciens ce sera l'occasion de (re)faire des découvertes.

Pour recevoir cette lettre pleine de coups de cœur, vous pouvez vous abonner ici :


 

Il ne vous reste qu'à vous laisser porter pour entendre ce que nous murmurent nos ancêtres...



mercredi 16 décembre 2020

Making of : les sources

Suite et fin de la série d’articles qui vous présente les coulisses du ChallengeAZ 2020 « polar ». Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu le Challenge AZ avant de lire ce billet. Le polar que j’ai écrit est une fiction, mais basé sur de nombreux faits réels… 


Making of © Pixabay 

Les sources 

L’intrigue du polar se base sur un travail de recherche rigoureux auprès d’un éventail de sources varié. 

Tout est parti de l’état civil, comme souvent en généalogie. Il m’a donné le squelette de l’histoire, comme il donne l’armature d’un arbre généalogique. Avant de commencer la rédaction je connaissais les dates de naissance et mariage d’Henri et Ursule. Mais j’ai trouvé le décès d’Henri seulement au cours de rédaction. Le chapitre I est assez véridique : la mention curieuse du "domicile" à Coulommiers et ma quête sur Google StreetView pour résoudre ce mystère. 

Pour étoffer ma généalogie comme mon histoire j’ai épluché les recensements. Ils m’ont servi pour reconstituer le parcours d’Henri : ses adresses successives ont été utilisées notamment dans le chapitre D. Et bien sûr les recensements m'ont été utiles lors de l’enquête préparatrice pour établir les liens entre les personnages ayant véritablement existé (voir le "making of : les personnages"). 

J’ai voulu faire des recherches sur l’enregistrement : les actes notariés doivent être enregistrés par un receveur des impôts, c’est-à-dire transcrits sur un registre public, contre la perception d’un droit d’enregistrement. Cela permet de donner des détails sur le patrimoine de nos ancêtres, et peut être une bonne alternative pour connaître la date d’un décès que l’on ne trouve pas dans l’état civil (ce qui était mon cas). Hélas l’enregistrement n’est pas en ligne en Seine et Marne pour la période qui m’intéresse, comme je le raconte dans le Chapitre H. Il ne me reste qu’à ajouter une visite aux archives départementales sur ma to do list ! 

Les fiches militaires m’ont servies pour reconstituer le parcours militaire de certains protagonistes, mais aussi pour les informations périphériques qu’elles contiennent : descriptions physiques, blessures (la mutilation de l’index de Georges Thiberville mentionnée au chapitre E fait partie de ces petits détails véridiques qui émaillent le récit), adresses successives, motifs d’ajournement (comme la claudication d’Henri par exemple, utilisée au chapitre N). 

Les archives judiciaires sont intéressantes pour donner des détails sur la vie de nos ancêtres, même si ce n’est pas forcément ceux que l’on veut connaître en premier (apprendre que son ancêtre a été un mauvais garçon n’est pas toujours facile). J’ai abordé cette source au chapitre V. Dans le cas présent je n’ai pas pu les consulter car elles ne sont pas en ligne en Seine et Marne, mais cela peut-être une bonne piste à explorer. 

Par contre, sur le site des archives départementales j’ai trouvé des monographies communales qui m’ont données quelques informations ayant permis d’étoffer le cadre de vie de mes ancêtres, d’en savoir plus sur les mariniers et les charretiers de Tigeaux, les briqueteries, etc... 

Autre source précieuse : la tradition orale. Cette source est abordée dans le chapitre T. Si vous avez la chance d’avoir des anciens dans votre famille ou dans votre entourage, n’hésitez pas à les interroger : même si vous n'apprenez que des anecdotes ou des souvenirs un peu flous, ce sont autant d’histoires qui font la vie de vos ancêtres. Et s’il y a eu plusieurs témoins d’un même événement, n’hésitez pas à les interroger tous : vous verrez comme le même souvenir peut se révéler différent selon les points de vue ! 

La tradition culinaire a été abordée au chapitre R. Là encore c’est une source "secondaire" mais elle permet de comprendre l’environnement de nos ancêtres. La cuisine est le reflet d’une région, de son agriculture, de ses traditions : appréhender les recettes locales c’est aussi découvrir un pan de la vie de nos ancêtres. 

Lors de ma formation de guide conférencière, j’ai étudié la lecture du bâti et du paysage. C’est ce qui m’a permis de faire la "visite" du quartier des Egyptes du chapitre P. Cette lecture du bâti m'appris beaucoup sur la région. C’est en voyant ce quartier où a vécu Henri que j’ai mesuré l’importance des briqueteries dans la région par exemple. 

La lecture d’ouvrages divers a nourri ma réflexion et m’a aidé à rédiger l'histoire : le chapitre D évoque l’émigration bretonne, les prénoms et leurs variantes ont été abordés au chapitre S tandis que les maisons de famille sont au cœur du chapitre O. Cartes postales anciennes et dictionnaire des métiers ont aussi participé à enrichir mon texte. Bref, quand les sources "généalogiques" viennent à manquer il reste bien d'autres ressources à approfondir. 



Et voilà comment j’ai utilisé de vraies sources pour une fausse histoire ! 



jeudi 10 décembre 2020

Making of : le dossier

Suite de la série d’articles qui vous présente les coulisses du ChallengeAZ 2020 « polar ». Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu le Challenge AZ avant de lire ce billet (pas de révélations fracassantes aujourd’hui : vous pouvez lire en toute quiétude). Le polar que j’ai écrit est une fiction, mais basé sur de nombreux faits réels… 


Making of © Pixabay 

Le dossier 

Au centre de l’intrigue, se trouve un dossier mystérieux. La narratrice le découvre au chapitre F (à voir sur la page dédiée).

J’ai pris autant de plaisir à réaliser ce qui est devenu un véritable projet graphique (réalisé sous Photoshop) qu’à écrire l’histoire en elle-même. Pour moi, l'un de va pas sans l'autre. Voici comment j’ai détourné ou fabriqué certains des documents du dossier.

  • Les photos 

La photo n°1 (le couple) représente en fait mes grands-parents (le petit-fils d’Henri et d’Ursule et son épouse). Elle a été prise le lendemain de leur mariage, en 1945. Je l’ai choisie parce qu’on ne voyait pas bien leur visage et pour l’enquête il était important de ne pas pouvoir les identifier formellement. L’autre critère de choix est la coiffure de ma grand-mère, typique d’une époque et immédiatement reconnaissable. 


La photo n°2 (le groupe) a été trouvée dans l’album de mariage de mes grands-parents. Je l’ai choisie parce qu’elle est floue (sic) et pour la tenue « années 1940 » des protagonistes. Cette dernière faisait assez tenue du dimanche (possiblement prise à la sortie de la messe du dimanche dans l’histoire), mais pas trop cérémonie (en tout cas pas mariage). L’église soi-disant non identifiée dans le polar est en fait Saint-Antoine à Angers. 


La photo n°3 (le couple avec enfant) : toujours floue et impossible à localiser, cette photo était idéale pour mon projet. Elle a été trouvée dans la pile de photos « non identifiées » dont j’ai héritée. Mais à force de la regarder j’y ai reconnu mes arrière-grands-parents, Jean-François Borrat-Michaud et Marcelle Macréau et leur fils mon grand-père (ah ! ce que peut dire une simple silhouette quand on a d’autres photos pour la comparer). Un mystère résolu ! 

  • La carte postale n°2 

Dans le dossier il y a trois cartes postales (deux vierges et une écrite par Ursule). Pour cette dernière, j’ai commencé par créer l’alphabet. Je cherchai une police de caractère typique des écritures des années 1940. Celles qui me rappellent mon grand-père. Celles du temps où on apprenait à former les lettres en même temps qu’on apprenait les mots. Ne trouvant pas ce que je cherchai sur le net, j’ai décidé de la créer moi-même, avec l’aide de mon défunt grand-père. [cette phrase est un peu bizarre : mais vous allez comprendre très vite

Ce qui était compliqué il y a quelques années encore est désormais à la portée de tous. Il suffit de trouver un éditeur de police sur le net (il en existe plusieurs) ; au hasard j’ai choisi calligraphr.
Là, en trois étapes c’est fait :
- Remplir une grille de lettre avec les lettres choisies (en l’occurrence je me suis basée sur un texte écrit par mon grand-père : j’ai copié les lettres une par une dans la grille)
- Cliquer sur le bouton « créer votre écriture »
- Charger la police sur son ordinateur
L’opération, basique, est gratuite : il existe une version payante plus avancée.
La police de caractère est donc (presque) une véritable police de caractère. Et voilà comment mon défunt grand-père a apporté sa contribution à la « création » d’une police de caractère toute neuve. 


Dans un soucis de véracité, j’ai trouvé sur net des images de cartes postales anciennes avec un verso vierge. Pour le texte, je voulais un texte assez impersonnel, qui ne donne aucun détail sur le lieu ou l’auteur du message (nécessaire pour l’enquête). J’ai repris le texte d’une carte postale dans la grosse pile écrite à mon arrière-grand-mère qui correspondait tout à fait. Bien sûr, j’ai appliqué la police « grand-père ». J’ai estompé un peu les caractères avec une gomme légère afin que les lettres perdent leur caractère trop « rigide » (quand on écrit, on n’appuie jamais de la même façon sur tous les caractères). J’ai choisi une teinte bleu-violet qui pourrait évoquer l’encre d’autrefois. Le texte est donc un véritable texte. 

La signature est celle d’Ursule Le Floch : je l’ai trouvée sur son acte de mariage. Je l’ai juste colorisée pour correspondre à la teinte du texte. Sa signature est donc sa véritable signature. 

Concernant l’adresse, j’ai aussi cherché des exemples de cartes postales écrites dans les années 1940 pour voir comment était rédigées les adresses à l'époque, en particulier en Seine et Marne. J’ai exploré les sites vendant des cartes anciennes, puis j’ai adapté le libellé à mes personnages. Toujours sur le même type de site j’ai prélevé un timbre oblitéré suffisamment dégradé pour ne pas pouvoir identifier le lieu « d’envoi » de la carte, qui devait rester inconnu pour les besoins de l’enquête. 

J’ai cherché un recto de carte postale raisonnablement neutre pour répondre à la même problématique. Avez-vous reconnu la « vue panoramique » dont il est question ?
Enfin j’ai assemblé le tout pour faire la carte postale d’Ursule. 

  • La carte d’identité 

J’ai trouvé sur net des images de cartes d’identité des années 1940. J’ai gardé le fond, les mentions « aryen/non aryen » et « Préfecture de Seine et Marne », la date, le signature et les tampons officiels. J’ai effacé l’identité d’origine pour la remplacer par celle de mon aïeul. Pour cela, à partir de pièces qui le concernaient (état civil, recensements…), j’ai prélevé ses noms, date de naissance et adresse que j’ai reportés sur le modèle « vierge ». 

La photo d’identité a été trouvée dans la pile de mes photos « non identifiés » : elle est extraite d'une photo de mariage prise devant un restaurant nommé les Champs Élysées, vantant ses bières fines au bord de la Meuse. Rien à voir donc avec notre histoire : le visage d’Henri restera inconnu car je n'ai aucune photo de lui. Sa signature par contre est la véritable signature d’Henri : c’est celle qui figure au bas de son acte de mariage. 

  • Les pièces dactylographiées : ausweis, circulaire de recherche, pv et lettres administratives

Comme pour les autres documents j’ai trouvé sur internet des documents d’époque, effacé les textes avant de les remplacer par mes textes adaptés à l’intrigue. Cette étape me permet de garder les pliures du papier, déchirures ou autres trous d’épingle qui donnent une vie au document et qui m’ont servi dans l’histoire. 

Pour tous ces documents dactylographiés, j’ai utilisé une police de caractère style machine à écrire. Plusieurs en fait : certaines sont plus rondes ou plus hautes ou plus abîmées. J’ai choisi la police en fonction du document d’origine car j’ai parfois laissé des mentions authentiques comme la date par exemple. Comme pour toutes les autres pièces, j’ai estompé « l’encre » pour lui donner de la vie. Sur les pv j’ai gardé les signatures originales des policiers ou juges et j’ai ajoutée celle d’Henri. 

  • Les lettres de dénonciation 

Pour les lettres de dénonciation, j’ai navigué sur les sites d’archives avec deux types d’entrée :
- la Seine et Marne, puisqu’après tout l'intrigue se passe en Seine et Marne
- la Seconde Guerre Mondiale
J’y ai trouvé assez facilement (hélas ?) ce que je cherchai. Je voulais savoir ce qu'on pouvait trouver précisément comme contenu dans ce type de correspondance. Et bien on trouve de tout (re-hélas !) : de la dénonciation du voisin qui fricote avec des types jugés louches, au mari qui dénonce sa propre femme. A la fin de la journée j’avais l’impression d’avoir passé la journée dans un cloaque immonde. Je me suis néanmoins appuyée sur ces écrits répugnants pour créer mes lettres fictives. 

Ensuite, comme pour les autres documents, je me suis basé sur une pièce ayant existé pour faire mon fond : j’ai juste effacé les passages écrits pour obtenir un document « vierge ». J’ai choisi une police de caractère manuscrite puis j’ai forgé un texte inventé pour les besoins de l’histoire mêlé à des phrases s'inspirant de la réalité. J’ai utilisé différentes teintes pour chaque missive et, bien sûr, j’ai estompé un peu de texte selon une méthode déjà éprouvée. 


Et voilà comment j’ai créé de faux vrais documents !