« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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vendredi 20 mai 2022

#52Ancestors - 20 - Jeanne Françoise Denarie

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 20 : Habillement

 

 

Tout comme les aliments et boissons de la semaine dernière, c’est un document notarié qui nous donne des informations sur l’habillement.

 

Lorsque Jeanne Françoise Denarie se marie avec Joseph Anthoine, en 1731 à Morillon (74), il lui est promis un certain nombre de vêtements dans son contrat de mariage. Elle appartient au milieu des notables de la ville. Ses parents lui promettent plusieurs centaines de livres (on parle d’argent ici, hein, pas de lecture !), des animaux, du linge de maison et des vêtements qu’on fait venir de loin.

 

  • En premier lieu, « un habit neuf de sarge de l'ondre noir ». La sarge, ou serge, est une étoffe présentant de fines côtes obliques, mince et légère, généralement de laine (mais peut aussi être en soie). Quant à « l’ondre », je me suis demandé ce que cela signifiait, jusqu’au moment…  où je l’ai prononcé à haute voix. L’ondre… Londres. Ce vêtement noir vient donc d’Angleterre ! Il a parcouru plus de 1 000 km.

Est-ce à cela que ressemblait la robe de Londres ?

  • « Un autre habit presque neuf en façon de l'ondre de coulleur bleue ». Un deuxième vêtement vient de Londres, de couleur bleue cette fois. On remarquera le « presque neuf » caractérisant l’état de l’habit. A-t-il été déjà porté par d’autres ? Par la future qui l’aurait eu par anticipation ?

 

  • « Un autre habit de sarge de [… ?] tout neuf ». Un mot n’a pas pu être déchiffré, sans doute était-ce la provenance de l’habit.

 

  • « Un autre habit moittie usé deux corps bas un de droguet et l'autre de sarge de l'ondre avec leurs manches de rattines presque neufs ». Encore un vêtement « moitié usé ». Cet habit est composé de deux parties (« deux corps »). Le corps bas, la jupe, est double : l’une est en droguet, une étoffe grossière, de peu de prix, de laine ou généralement de serge, moitié fil et moitié laine, formant une sorte de drap mince. On peu parfois y faire entrer aussi de la soie (droguet satiné), de l'or ou de l'argent - et n'a plus rien à voir avec le mauvais droguet. La deuxième est en sarge. Le tout a été fabriqué à Londres. La partie haute est caractérisée par ses manches de ratine, qui est une étoffe de laine ou drap croisé dont le poil est tiré en dehors par cardage et frisé de manière à former comme de petits grains. C'est un tissu épais et chaud, servant à la confection des vêtements d'hiver.

 

  • « Une camisolle de sarge de vallence presque neuf ». La camisole est un vêtement court ou long et à manches, qui se portait sur la chemise. Cette fois, sa provenance est Valence à l’Ouest du massif du Vercors (aujourd’hui dans le département de la Drôme), à 280 km de Morillon.

 

  • « Une [reliure étroite] usée de toisle drapt neuve ». Le vêtement suivant n’a pas été identifié à cause d’une reliure trop étroite.

 

  • « Deux cotillons de toisle drapt, un neuf et l'autre le [reliure étroite] tier usé ». Viennent ensuite deux cotillons, qui sont des jupes de dessous (jupons). Ils sont en drap, étoffe résistante de laine (pure ou mêlée à d'autres matières) dont les fibres sont feutrées (foulage) et le tissu est lainé. L’un est neuf, l’autre usé au tiers ( ?)

 

  • « Une dousaine de chemise scavoir huit neuves et les autres quattre d'indienne presque neufs et les autres huit presque neuf ». Bon, je ne comprends pas trop le calcul du lot suivant : 8 + 4 + 8 = 12 (sic). Ceci dit mis à part, ces chemises sont neuves ou presque neuves. Quatre sont d’indienne, une toile de coton peinte ou imprimée à décor de fleurs, feuillages et oiseaux provenant à l'origine des Indes, puis fabriquée en Europe.

 

Aucune chaussure n’est mentionnée.

 

Le futur marié donne à sa promise « un habit droguet dangleterre pour marque d’amour et d’amitié qu’il a pour ladite Jeanne Françoise Denarie » [ce qui confirme l’hypothèse de la provenance anglaise de ces vêtements].

 

Au total, la future mariée reçoit plus d’une vingtaine de pièces de vêtements, dont certains viennent de très loin.

 

Selon Saor alba, association écossaise, « la Grande-Bretagne demeurait plutôt puritaine dans ses mœurs et cela se voyait sur les vêtements. Rares étaient les robes à motif, les Anglaises préféraient les teintes unies et une faible présence de passementeries. » Mais est-ce à dire que la robe de l’ondre obéissait à ces caractéristiques de sobriété ? Hélas, difficile de répondre. Le contrat de mariage est assez détaillé… mais pas encore assez ! Il ne nous permet pas de savoir clairement à quoi ressemblaient ces tenues.

 


vendredi 13 mai 2022

#52Ancestors - 19 - Geraud Turlan

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 19 : Aliments & Boissons

 

Geraud Turlan est paysan à Entraygues (12) en 1687. Comme pour le laboureur (voir l’article de la semaine dernière), le paysan recouvre des réalités bien différentes selon les régions et les époques. Difficile, parfois, d’apprécier la réalité de sa vie à partir de ce simple mot. D’ailleurs, Geraud est aussi parfois qualifié de laboureur (en 1702).

Je ne sais pas si Geraud était propriétaire ou non de ses terres, mais sa famille demeure au village de Mejanasserre depuis plusieurs générations, tous dits paysans. 

Je pense que la famille était plutôt aisée, au vue des donations faites dans les contrats de mariage et testaments (plusieurs centaines de livres par enfants). De plus, ils fréquentent des notables (maître tourneur, docteurs en théologie, marchand, maître chirurgien, bourgeois). Le père de Geraud apparaît comme donateur dans le rôle des aumônes pour deux quarts de seigle. En 1724 il est lui-même dit marchand.

 

Dans ces documents, on y apprend ce que mangeaient (en partie) les membres de la famille. En effet, dans son testament de 1721 Géraud prévoie une « pension viagère » à son épouse, Hélix Soulié, si elle lui survit. Elle devra être, sa vie durant, logée dans sa maison, habillée « selon sa condition » et nourrie. Hélas, si d’aventure une mésentente survenait avec les héritiers du défunt, le testateur prévoit une pension pour sa veuve. Celle-ci est assez bien détaillée et nous donne une idée de son alimentation ordinaire.

 

La pension prévoit d’abord « trois setiers de blé seigle ». Le setier est une mesure de capacité pour les grains. Mais il y avait un grand nombre de setiers différents en usage en Aveyron (sans parler du reste du royaume). A Entraygues le setier valait environ 70 litres (d’après l’édition de 1841 du Tableaux de conversion en mesures métriques des anciens poids et mesures du département de l’Aveyron), ou un peu plus de 5 boisseaux, soit un total de 210 kilos annuels.

Le « blé seigle » désigne le seigle, par opposition au « blé froment » par exemple, le meilleur blé pour la production de la farine (les termes de blé ou froment peuvent être utilisés indifféremment), ou le « blé meteil » qui est un mélange de blé et de seigle. Le seigle donne une farine plus foncée que le blé, au goût plus prononcé et aux rendements moindre, mais il est plus rustique plus, résistant au froid, plus précoce et surtout mieux adapté aux terres froides. Bref, c’est le blé des terrains pauvres et des climats rudes.

 

Geraud donne ensuite à son épouse « quatre setiers de châtaigne, trois sèches et un vert ». La châtaigne est une production majeure en Rouergue, en parallèle du seigle, avoine et prés. On estime d’un tiers des surfaces est occupé par les châtaigneraies. Cela en fait un arbre essentiel pour les ressources de la région. « La châtaigne est vue comme une ressource nutritive de base : 2 kg de châtaignes fournissent 4 000 calories, soit davantage qu’une terre labourée en céréales. Pour couvrir la consommation d’une famille de 4/5 personnes pendant 7 mois, 2 hectares de châtaignes suffisent. »* Et la châtaigne nourrit aussi les animaux. Cette culture est l’une des seules plantes qui permet raisonnablement la mise en valeur des terres froides pour y produire des subsistances (E. Le Roy Ladurie).

En Limousin, autre grande terre de châtaignes, elles ont longtemps été la base de l’alimentation en remplaçant souvent le pain. On les mange en plats sucrés ou salés : châtaignes simplement bouillies, grillées, blanchies ou bien en crème de marrons, gâteaux de châtaignes, farci de volaille, boudin aux châtaignes, soupe aux marrons… et même en liqueur. Un dicton disait : « La châtaigne c’est le pain du pauvre, le dessert du riche et le bonbon de l’enfant. »

On remarque que Geraud donne davantage de châtaignes que de seigle. 

 


Est donné ensuite « un quart huille ». Étant donné le lieu où l’on se trouve, c’est forcément de l’huile de noix. Quant au « quart », ne s’agit-il pas de la « quarte », soit environ 17,5 litres (mesure d’Entraygues) ?

 

Il prévoit aussi « quinze livres de lard salé », soit environ 7 kg.

 

Vient ensuite « un ledier de sel ». Le sel (ici nommé) et le lard salé (vu précédemment) indiquent non seulement que c’était une denrée utilisée dans ces hautes terres mais qu’elle était précieuse puisqu’on prend la peine de la nommer dans des documents aussi importants que les testaments ou contrats de mariage. Quant au « ledier », il s’agit peut-être de la mesure appelée «  ladière » ou « liadère » qui vaut 1/6ème de setier, soit une douzaine de kilos. Rappelons que cette denrée n’était pas utilisée seulement en accompagnement comme aujourd’hui, mais aussi en moyen de conservation.

 

Enfin, le testament prévoit « quatre setiers de demy vin et deux setiers de bon vin ». Le demy vin est vin de pressurage, c'est-à-dire un jus résultant du pressurage du marc (restes solide de la vendange) donnant un vin plutôt ordinaire, moins coloré et moins fruité. Le total est d’un peu plus de 450 litres.

 

Le testament prévoit aussi l’habillement et la literie, mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui. On pourra néanmoins noter que Geraud permet à son épouse « la faculté de prendre du jardinage et du bois pour son chauffage ». Je ne sais pas à quoi correspond le « jardinage » : potager peut-être ?

 

Pour l’anecdote, ce passage du testament est la copie conforme du testament de son père (prénommé aussi Geraud, bien sûr), rédigé 28 ans plus tôt, dans une autre étude notariale. Mon hypothèse est qu’il a conservé le testament de son père et lorsqu’est venu le temps de rédiger le sien propre il a suggéré au notaire de reprendre ce passage mot à mot. E t trois ans plus tard, il reprend le même thème dans le contrat de mariage de son fils Joseph pour assurer la subsistance de la mère du futur, Hélix Soulié. Dans ce document il existe quelques différences minimes, comme la précision de la nature de l’huile, qui est bien de l’huile de noix.


Et voilà Hélix bien protégée et sa survie assurée !

 

* Y. Truel : La châtaigne, une denrée oubliée dans les rentes seigneuriales et les dîmes ecclésistiques du Haut-Ségélé quercynois (Persée)

 

 

 

vendredi 6 mai 2022

#52Ancestors - 18 - Claude Joseph Robin

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 18 : Quelle était leur vie en société ?

 

Quand je rencontre Claude Joseph Robin, il est laboureur à Martignat (01). Né en 1717 (et mort en 1784), il est fils de François, lui-même laboureur. Il est son probable fils aîné, bien que les registres étant lacunaires, il est difficile de l’affirmer avec certitude.

 

Ce métier de laboureur recouvre des réalités un peu floues, différentes selon les régions et les époques :

  • Le laboureur peut être un simple traceur de sillons, n’ayant d’autre moyens de travail que ses bras et son savoir-faire, mais ne possédant pas d’attelage ; il est alors dit « laboureur à bras ».  Ce savoir-faire est néanmoins complet : « préparer la terre (essarter, épierrer, aménager des fossés), labourer (avec bœuf, cheval, mulet, âne), fumer la terre, semer, sarcler, moissonner, conserver les blés »*.
  • Il peut aussi être propriétaire d’une charrue et d’animaux de labour, se louant avec ses bêtes de ferme en ferme pour les travaux agricoles ; il peut alors être qualifié de « laboureur à bœufs ».
  • Mais il peut être aussi locataire ou même propriétaire de ses terres, et donc placé plus haut dans l’échelle sociale. Ce laboureur n’a plus rien à voir avec l’indigence car il implique un certain capital afin d’entretenir les bestiaux en plus des investissements liés aux instruments, aux semences, fourrages, etc… Il est entrepreneur mais aussi pourvoyeur d'emplois, puisqu’il entretient une domesticité permanente ainsi que, durant les gros travaux agricoles, des travailleurs saisonniers. C’est un paysan qui s’est enrichi. Il est aisé. Il a un statut reconnu dans la communauté, considéré comme un notable des campagnes, très présent dans les assemblées villageoises. Il peut prétendre à des unions avec la noblesse locale. On leur donne alors le qualificatif d’"Honorable" ou de "Maître".  Certains sont très riches, d’autres moins, ils représentent néanmoins l'élite de la paysannerie.

 

Je pense de Claude Joseph appartient à cette dernière catégorie. Son père est ainsi qualifié d’Honorable.

Pour confirmer cette hypothèse de paysan aisé, il faudrait trouver un inventaire après décès mais les inventaires et registres notarial de Martignat ne sont pas en ligne.

Cependant ma « cousine » Bernadette a trouvé un document en allant sur place, qui semble confirmer cette hypothèse. Une lettre extraite de l’étude de Me Andrea, signée de Claude Joseph et rédigée en 1748. Par cette lettre il « confesse avoir reçu du sieur Benoist Picquet [...] la somme de quinze livres deux sols six deniers ». Or, dans ce document, il se présente comme « scindic de la paroisse de martignat » pour l’année 1747.

 

Le syndic est un notable chargé de représenter, d'administrer et de défendre les intérêts d'une paroisse ou d'une communauté rurale. « Il fait & reçoit les mémoires qui regardent les affaires ou les intérêts de la communauté ; il contrôle & corrige les actions & les fautes des particuliers qui dépendent de la communauté, ou du-moins il les fait blâmer ou réprimander dans les assembles publiques. » **.

Dans le cas d'une paroisse, il est généralement élu par une assemblée constituée des hommes considérés comme les « chefs de famille » de la paroisse. Les modalités d’élection/nomination sont variables et changent plusieurs fois pendant le XVIIIème siècle. Ordinairement, la communauté d'habitants se réunissait “dans la manière ordinaire à la sortie de la messe de dimanche” pour élire, pour un ou deux ans, un habitant pour les représenter comme syndic.***

L’administration royale précise peu à peu leur rôle et nomination. On préconisait ainsi que les syndics soient choisis parmi les “personnes intelligentes et qui sachent écrire”***, la population qualifiée de « la plus saine, la plus compétente »****. Les habitants proposaient plusieurs personnes aptes à remplir la fonction et leurs noms étaient mis aux voix par la communauté réunie. Étaient élus (ou cooptés : souvent ce sont les même hommes qui exercent cette fonction à tour de rôle) celui ou ceux qui en remportaient le plus. Ladite communauté n’est composée que des hommes, comme ont l’a dit plus haut. Normalement la présence de tous était obligatoire. Ces réunions avaient lieu tous les ans (ou deux ans) et élisaient donc des « syndics annuels ». Au début du XVIIIème siècle, la monarchie créa la charge de « syndic perpétuel » qui devait représenter non seulement la communauté d'habitants mais aussi l'administration royale.*** La charge fut éphémère (supprimée en 11717), mais on le trouve parfois dans nos archives familiales. Les syndics sont donc élus parmi les notables de la ville ; c’est pourquoi Claude Joseph s’est retrouvé dans cette fonction en 1747.

 

Le rôle du syndic se précise peu à peu : il peut convoquer l'assemblée de la communauté et veiller aux réunions de ces assemblées ; il gère les affaires fiscales de la communauté ; il est chargé de fonctions relatives à la levée des impôts et à l'adjudication et la réparation des églises et des presbytères ; il s'occupe du recrutement de la milice ; il gère la garnison des troupes dans le village ; il administre les corvées; il préside aux affaires légales qui pouvaient intéresser la communauté. Néanmoins, les attributions des syndics continuent à rester variables selon les endroits et les époques.***

 

Pieter Brueghel, Le collecteur des tailles, 1617 - détail - Wikimedia commons


Je n’ai malheureusement pas plus d’exemples concrets concernant l’activité de syndic de Claude Joseph Robin. Par la suite il deviendra « hobergiste » : en tant qu’aubergiste il a dû avoir aussi une « vie en société » importante. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

 

* Olivier de Serres : Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs, publié en 1600.

** Encyclopédie, 1751

*** Cynthia Bouton : Les syndics des villages du bassin parisien des années 1750 à la Révolution

**** Les Syndics - Conférence présentée par Claude R. en janvier 2005 à Saint Méard de Dronne

 

vendredi 29 avril 2022

#52Ancestors - 17 - couple Macréau/Le Floch

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 17 : Documentez votre généalogie (où sont les sources ?)

A l'occasion de cette dix-septième semaine du challenge #52Ancestors dont le thème est "Documentez votre généalogie", je reviens sur les sources qui m'ont permis d'écrire le polar généalogique lors du ChallengeAZ 2020. Vous ne l'avez pas lu ? Retrouvez ici cette histoire policière basée sur le travail de recherche que j'ai mené autour de mes ancêtres Henri Macréau et son épouse Ursule Le Floch.

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L’intrigue du polar se base sur un travail de recherche rigoureux auprès d’un éventail de sources varié. 

Tout est parti de l’état civil, comme souvent en généalogie. Il m’a donné le squelette de l’histoire, comme il donne l’armature d’un arbre généalogique. Avant de commencer la rédaction je connaissais les dates de naissance et mariage d’Henri et Ursule. Mais j’ai trouvé le décès d’Henri seulement au cours de rédaction. Le chapitre I est assez véridique : la mention curieuse du "domicile" à Coulommiers et ma quête sur Google StreetView pour résoudre ce mystère. 

Pour étoffer ma généalogie comme mon histoire j’ai épluché les recensements. Ils m’ont servi pour reconstituer le parcours d’Henri : ses adresses successives ont été utilisées notamment dans le chapitre D. Et bien sûr les recensements m'ont été utiles lors de l’enquête préparatrice pour établir les liens entre les personnages ayant véritablement existé (voir le "making of : les personnages"). 

J’ai voulu faire des recherches sur l’enregistrement : les actes notariés doivent être enregistrés par un receveur des impôts, c’est-à-dire transcrits sur un registre public, contre la perception d’un droit d’enregistrement. Cela permet de donner des détails sur le patrimoine de nos ancêtres, et peut être une bonne alternative pour connaître la date d’un décès que l’on ne trouve pas dans l’état civil (ce qui était mon cas). Hélas l’enregistrement n’est pas en ligne en Seine et Marne pour la période qui m’intéresse, comme je le raconte dans le Chapitre H. Il ne me reste qu’à ajouter une visite aux archives départementales sur ma to do list ! 

Les fiches militaires m’ont servies pour reconstituer le parcours militaire de certains protagonistes, mais aussi pour les informations périphériques qu’elles contiennent : descriptions physiques, blessures (la mutilation de l’index de Georges Thiberville mentionnée au chapitre E fait partie de ces petits détails véridiques qui émaillent le récit), adresses successives, motifs d’ajournement (comme la claudication d’Henri par exemple, utilisée au chapitre N). 

Les archives judiciaires sont intéressantes pour donner des détails sur la vie de nos ancêtres, même si ce n’est pas forcément ceux que l’on veut connaître en premier (apprendre que son ancêtre a été un mauvais garçon n’est pas toujours facile). J’ai abordé cette source au chapitre V. Dans le cas présent je n’ai pas pu les consulter car elles ne sont pas en ligne en Seine et Marne, mais cela peut-être une bonne piste à explorer. 

Par contre, sur le site des archives départementales j’ai trouvé des monographies communales qui m’ont données quelques informations ayant permis d’étoffer le cadre de vie de mes ancêtres, d’en savoir plus sur les mariniers et les charretiers de Tigeaux, les briqueteries, etc... 

Autre source précieuse : la tradition orale. Cette source est abordée dans le chapitre T. Si vous avez la chance d’avoir des anciens dans votre famille ou dans votre entourage, n’hésitez pas à les interroger : même si vous n'apprenez que des anecdotes ou des souvenirs un peu flous, ce sont autant d’histoires qui font la vie de vos ancêtres. Et s’il y a eu plusieurs témoins d’un même événement, n’hésitez pas à les interroger tous : vous verrez comme le même souvenir peut se révéler différent selon les points de vue ! 

La tradition culinaire a été abordée au chapitre R. Là encore c’est une source "secondaire" mais elle permet de comprendre l’environnement de nos ancêtres. La cuisine est le reflet d’une région, de son agriculture, de ses traditions : appréhender les recettes locales c’est aussi découvrir un pan de la vie de nos ancêtres. 

Lors de ma formation de guide conférencière, j’ai étudié la lecture du bâti et du paysage. C’est ce qui m’a permis de faire la "visite" du quartier des Egyptes du chapitre P. Cette lecture du bâti m'appris beaucoup sur la région. C’est en voyant ce quartier où a vécu Henri que j’ai mesuré l’importance des briqueteries dans la région par exemple. 

La lecture d’ouvrages divers a nourri ma réflexion et m’a aidé à rédiger l'histoire : le chapitre D évoque l’émigration bretonne, les prénoms et leurs variantes ont été abordés au chapitre S tandis que les maisons de famille sont au cœur du chapitre O. Cartes postales anciennes et dictionnaire des métiers ont aussi participé à enrichir mon texte. Bref, quand les sources "généalogiques" viennent à manquer il reste bien d'autres ressources à approfondir. 



Et voilà comment j’ai utilisé de vraies sources pour une fausse histoire ! 



vendredi 22 avril 2022

#52Ancestors - 16 - François Aubin Benetreau

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 15 : Recensez ce que vous n’avez pas trouvé (c’est aussi une source !) 


Je n’ai pas trouvé un acte de décès. Celui de François Aubin Benetreau. La vie de ce dernier m’est assez bien connue : il naît à Saint-Aubin-de-Baubigné (79) en 1823.

Grâce aux recensements de population je peux le suivre aisément de son enfance à sa vie d’homme. Je le vois ainsi déménager de St Aubin à la Petite Boissière puis Saint-Amand-sur-Sèvre (communes distantes de moins de 15 km). Il est d’abord dit cultivateur puis bordier.

Il apparaît sur les listes de tirage au sort militaire du canton de Châtillon. Sa taille nous est alors précisée : il mesure 1,67 m. Il présente le motif d'exemption suivant : "cicatrice scrophuleuse au bras gauche" (infection chronique de la peau).

En 1856 il épouse Louise Bouju, dont il aura 8 enfants. On notera au passage que son fils se prénomme François Aubin et deux de ses filles Marie Henriette… ce qui, vous vous en doutez, ne facilite pas les recherches.

Selon les archives notariales, il établit une société commune avec son épouse, sa fille Marie Henriette l'aînée et l’époux de celle-ci Arsène Arbet, tous résidants dans la commune de La Petite Boissière.

On le voit témoin aux mariages de ses enfants en 1879, 1886, 1892. En juin il est dit domestique à St Jouin (lors du mariage de Marie Henriette la cadette) et en novembre 1892 (mariage de Marie Thérèse) dit cultivateur à St Amand. Il a 69 ans. Je perds sa trace ensuite.

 

Son acte de décès n'a pas été trouvé dans les registres d’état civil de St Amand, dernier domicile connu. J’ai élargi mes recherches dans les communes où il avait habité précédemment : St Jouin, La Petite Boissière et St Aubin jusqu'en 1932 (j’ai ratissé large : il aurait alors de 109 ans). Sans succès.

Je n’ai pas trouvé d'inventaire après décès sur les répertoires notariaux du chef lieu de canton, Châtillon, mais ces répertoires étant partiellement lacunaires il a peut-être existé sans que je puisse le trouver.

Du côté de l’enregistrement, je n’ai pas trouvé de testaments ou de succession à son nom (mais il n’y a pas de table postérieure à 1895).

Bref, François semble avoir disparu. Qu’est-ce qui pousse un homme de 69 ans, domestique de son état, a disparaître ainsi ?

  • Déchéance financière ? Avoir un ancêtre devenu mendiant, errant sur les routes, n’est pas si improbable. Mais pour le retrouver, c'est autre chose.
  • Problèmes judiciaires ? Les Archives départementales des Deux-Sèvres ne conservent pas les registres d'écrou de la Maison centrale de Thouars. Seul est parvenu un répertoire alphabétique des noms des détenus pour la période 1874-1925. Son nom n'y a pas été trouvé.

A tout hasard j’ai fait un tour sur la base de données des dossiers individuels des condamnés au bagne, des fois qu’il ait eu de sévères démêlés avec la justice. Ce site, hébergé par le site des Anom, recense les condamnés qui ont subi leur peine dans les bagnes coloniaux, principalement ceux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie.… en vain.

 

A-t-il déménagé ? 

  • Peut-être pour trouver du travail ailleurs - si toutefois il en cherche (il a 69 ans) - mais dans ce cas il serait allé au-delà des limites cantonales, ce qu’il n’avait jamais fait avant. Difficile alors de deviner où il a atterri. 
  • Ou bien pour se rapprocher de ses enfants - mais les derniers domiciles connus de 4 de ses enfants survivants sont dans le canton. A tout hasard, je cherche dans la commune du cinquième et dernier enfant, sa fille Marie Thérèse. Elle demeure à Combrand, commune limitrophe de La Petite Boissière et de St Amand… mais dans le canton voisin de Bressuire.

Je commence par les tables des successions de l’enregistrement. Et là, surprise ! Je trouve un Benetreau François, demeurant à Combrand, décédé en 1894. Est-ce mon François Aubin ? Il est dit veuf de Louise Bouju : pas de doute possible. Je confirme auprès de l’état civil : c’est bien lui. J’ai enfin trouvé son acte de décès ! Et en bonus, sa succession (bon, en l’occurrence c’est un certificat constatant que le défunt ne possédait aucun actif, mais enfin, c’est toujours mieux que rien).

 

Alors, du coup, c’est dommage pour le thème de l’article de la semaine puisque j’ai trouvé ce que je n’avais pas trouvé ! Mais en refaisant soigneusement le tour de toutes les sources disponibles pour rédiger l’article, ça m’a donné de nouvelles idées où chercher… et j’ai l'ai eu !

 

vendredi 15 avril 2022

#52Ancestors - 15 - Sébastien Gallaud

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 15 : Paléographie (êtes-vous sûr/sûre de l’orthographe ?)

 

Je suis la lointaine descendante d’une famille de Villêveque (49) – de plusieurs, en fait, mais nous nous intéresserons spécialement à celle-ci aujourd’hui. Je peux les suivre sur 5 ou 6 générations, entre le début du XVIIème siècle et 1766.

 

Pendant longtemps j’ai inscrit cette famille sous le nom de Galland. La première fois que je les rencontre, c’est en remontant les générations depuis la descendance, puis le mariage, de Jeanne Galland, épouse Saulnier. Au moment de ces recherches on est dans la première décennie du XXIème siècle : je consulte souvent un arbre en particulier sur Geneanet car nous entretenons de nombreux cousinages, celui de "jackyjoul". Grâce à ses informations, je remonte sans difficulté les générations des ascendants de Jeanne :

  • Jacques et sa femme Marie Joulain, ses parents
  • Jacques et sa femme Marie Belu, ses grands-parents
  • Vincent et sa femme Andrée Repussard, ses arrière-grands-parents
  • Sébastien et sa femme Marie Gilbert ses AAGP
  • Et un dernier ancêtre dont l’identité n’est pas connue (mais mon logiciel oblige à créer une fiche lorsque je veux créer des frères ou sœurs à un ancêtre, comme c’est le cas pour Sébastien et sa sœur au prénom plutôt rare de Phélice – ou Félice).

Bien sûr je n'oublie pas de vérifier toutes ces données (comme je l'ai expliqué dans l'article de la semaine dernière). De temps en temps Galland s'orthographie aussi Galand, ce que je prends soin de noter. Mais cette famille ne semble pas présenter de difficultés particulières. J'enregistre au passage un record de ma généalogie, médaille d'or : Jacques et Marie Belu son épouse ont l'un des plus grand nombre d'enfants dans une seule union trouvé à ce jour (17 enfants !). Je remarque qu'ils ont encore un enfant en 1701, l'année même où leur fils aîné Jacques se marie avec Marie Joulain (mes sosas 1278 et 1279).


Sur Geneanet, c'est une famille bien connue. A titre d'exemple, Sébastien et son épouse Marie Gilbert apparaissent dans environ 25 arbres en ligne.

 

Puis au fur et à mesure des années, je me suis aperçue que la famille Galland  apparaissait dans une dizaine d’autres arbres… sous l’orthographe Gallaud ! Ô surprise !

 

J’ai donc vérifié « mes » Galland. Et effectivement, il s’avère que les Galland sont des Gallaud ! A ma décharge, rien ne ressemble plus à un U qu’un N.

 

Galland ou Gallaud ? © AD49


J’ai donc modifié les 6 générations qui apparaissent dans mon arbre. De cette histoire je retiens qu’il faut multiplier les pistes de travail et rester ouvert à toute modification possible. Ce que l'on écrit à un moment donné n'est pas gravé dans le marbre car la généalogie est une quête perpétuelle, toujours en mouvement.

 

 

PS spécial à l’intention de Feuilles d’ardoise, ma multiple cousine : j’ai trouvé la date de décès de Jacques Gallaud fils - époux de Marie Belu - si ça t’intéresse… ;-)

 

 

 

vendredi 8 avril 2022

#52Ancestors - 14 - Ollive Videlo

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 14 : Vérifier votre généalogie



Je distingue deux sortes d’éléments dans ma base généalogique :

  • Les événements (dates et lieux)
  • Les notes

 

Je tiens de mes études d’histoire une certaine rigueur vis-à-vis des sources. C’est pourquoi tout ce qui est entré en tant qu’événement a été vérifié d’abord, c'est-à-dire que j’ai consulté une source fiable qui prouve la véracité dudit événement. Si je ne trouve pas cette source alors je rentre l’info dans mes notes mais pas dans les événements.

Ainsi pour Ollive Videlo : elle est originaire de Mûr de Bretagne (22). Je l’ai identifiée en remontant les générations par sa fille. Je sais qu’elle a été mariée à Morice Le Masson et qu’ils ont eu 6 enfants. Je connais son acte de décès (en 1690) et une année de naissance approximative.

Sur Geneanet ce couple donne 180 résultats, dont une soixantaine donnent une date de mariage. La majorité de ces arbres donne comme date le 10 mars 1645 à Mûr. Cette date est probable, compte tenu du fait que le premier enfant du couple a été trouvé en 1646. Mais l’acte n’a pas été trouvé à cette date (ni ailleurs) dans les registres. Très peu d’arbres en ligne donnent leur source. Quand ils le font, c’est pour donner le nom d’un autre arbre en ligne.

N’ayant pas la possibilité de me rendre dans les Côtes d’Amor, je dispose de peu de solutions pour confirmer ou infirmer cette date. Genearmor, base en ligne fruit d’un partenariat entre le département et le cercle généalogique, ne donne aucun résultat.

J’ai donc inscrit ce mariage possible dans la note conjugale, ainsi que l’état des recherches effectué sur ce mariage introuvable, mais rien dans les événements.

Je n’exporte et mets en ligne que les événements, de ce fait mon arbre en ligne est fiable (hors erreurs involontaires comme des erreurs de frappe…).

Cette façon de faire me permet d’éviter d’avoir une liste longue comme le bras de données à vérifier. Et c’est plus satisfaisant pour moi de me dire que mon arbre est solide.

 

Bon après, je ne suis pas une machine : je ne suis pas à l’abri d’erreurs non plus, erreurs de transcription, de frappe ou carrément de branche !

 

En fait, je vérifie régulièrement ma généalogie… sans m’en rendre compte vraiment.

 

A l’occasion de la rédaction d’un article, je fais toujours un tour sur Geneanet pour voir si je ne pourrais pas glaner quelques informations nouvelles sur la personne ou le couple étudié. C’est l’occasion de :

  • vérifier les informations déjà en ma possession.
  • préciser l’environnement familial : mariages et enfants des frères et sœurs par exemple, qui n’ont pas été collectés de façon systématique quand j’ai commencé la généalogie.
  • faire de nouvelles découvertes grâce aux arbres en lignes par exemple.

Et bien sûr les recherches préalables à la rédaction de l’article peuvent apporter de nouvelles informations que je peux ajouter dans mon logiciel.

 

Je révise aussi ma généalogie au fur et à mesure des nouvelles mises en lignes sur internet : un nouveau fonds, c’est l’occasion de nouvelles recherches. Et les nouvelles recherches sont une manière évidente de vérifier sa généalogie : en confrontant des nouveautés aux données anciennes on s’aperçoit vite si une erreur s’est glissée dans les informations déjà enregistrées.

 

En panne d’inspiration, je check parfois ma généalogie : je prends la liste des patronymes et une par une je vérifie les infos que je possède déjà et je tente d’en recueillir d’autres par la même occasion.



vendredi 1 avril 2022

#52Ancestors - 13 - François Le Maux

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 13 : Sœurs  



François Le Maux est l’aîné. Il a eu un frère et huit sœurs. Né en 1761 au Quilio (22), de Mathurin Le Maux et Marie Le Corre.

Dès l’année suivante il voit naître une première petite sœur, Anne Marie. Sans doute n’en n’a-t-il pas eu conscience, compte tenu de son jeune âge. Mais ils ont vécu leurs premières années ensemble.

En 1766 François a 5 ans. Je l’imagine penché au-dessus du berceau, curieux, observant sa nouvelle petite sœur, Marie Françoise. L’expérience a dû avoir un goût de nouveauté puisqu’il était trop jeune pour se souvenir de la précédente naissance. S’est-il senti « grand frère » ? Lui a-t-on déjà donné quelques responsabilités dans la garde et la protection de ses jeunes sœurs ? A-t-il gonflé le torse, empli de fierté, en disant aux visiteurs de la maisonnée « voici ma petite sœur » ? Ou peut-être a-t-il quelque peu déchanté devant les vagissements du bébé : « Pffff ! Elle pleure tout le temps, maman ! ».

Pour ses 7 ans, maman lui a promis une surprise. Impatient François passe en revue ce que ça pourrait être : un jouet, un nouveau costume ? Mais deux semaines avant son anniversaire, branle bas de combat dans la maison : la surprise arrive plus tôt que prévu. Malgré sa grande imagination, il ne s’attendait pas à ça : une autre petite sœur ! Yvonne Perrine est arrivée le 10 janvier 1768.

Mais cette arrivée dans le monde fut rapidement troublée car le 18 janvier Marie Françoise, deux ans, s’est éteinte. François avait un peu de mal à se souvenir, mais il lui semblait que l’atmosphère était différente après la naissance précédente… Bien sûr, le nouveau bébé réclamait des soins comme sa sœur aînée, mais la joie n’était pas vraiment là depuis le départ de Marie Françoise. Hélas le climat ne s’éclaircit pas, bien au contraire, car à la mi-février c’est Anne Marie qui partit à son tour. François n’avait plus de petite sœur. Enfin, il y avait le bébé, mais on ne pouvait pas jouer avec elle comme il le faisait avec Anne Marie.

Maman ne mit pas longtemps à fabriquer un nouveau bébé, se dit François en la voyant avec son gros ventre. C’est que, maintenant, il avait l’habitude : à chaque fois qu’elle se déplaçait avec lenteur et difficulté, qu’elle s’asseyait pour souffler un peu, il y avait eu un nouveau bébé à la maison ! Et il avait raison : en septembre 1769 naquit Suzanne. François fixait la nouvelle petite sœur avec attention. Il se demandait combien de temps il allait la garder celle-là. Parce que les petites sœurs avaient une fâcheuse tendance à mourir vite !

La vie ne tarda pas à donner raison à François : en 1770 Yvonne Perrine décéda à son tour. Ne restait que la petite Suzanne.

François avait 10 ans lorsqu’il vit de nouveau le ventre de sa mère s’arrondir l’année suivante. « Encore une petite sœur ! » se dit-il. Il se désintéressa rapidement de la chose. Encore une petite sœur… dont il faudra s’occuper ! « Pfff ! » C’est dans la chaleur de juillet que naquit un nouveau bébé. Oh ! Surprise : c’était un garçon ! Est-ce qu’un garçon est vraiment différent d’une fille ? se demanda François. Hélas, il ne se posa pas longtemps la question : avec les premiers froids le petit Yves s’éteint à son tour. « Zut ! »

François guetta discrètement le ventre de maman. Maintenant qu’il savait qu’elle pouvait faire des petits frères, il avait hâte de la voir s’arrondir à nouveau. Ce n’est que deux ans après la naissance d’Yves qu’il fut exaucé. En juillet 1772 naquit… Françoise ! Quoi ? Encore une petite sœur ? Mais ça devait être un petit frère ! François fut déçu.

François avait 13 ans quand Marie Françoise (la deuxième) vint au monde. Maman le prit à part et lui dit : « Tu es grand maintenant, tu vas pouvoir m’aider avec tes petites sœurs. » François n’était que moyennement emballé par l’idée. Il trouvait qu’il le faisait déjà et il était un peu déçu que maman ne s’en soit pas aperçue. Lorsque Marie Françoise s’éteint à son tour en février 1776, il se sentit un peu responsable. Mais il n’eut pas longtemps pour s’appesantir sur la question : en août maman donna naissance à Marguerite. Craignait-elle de la perdre elle aussi ? François s’interrogea mais ne put déchiffrer son visage.

Il récapitula : c’était sa septième sœur. Cinq n’avait pas vécue (plus le petit frère). Il jeta un coup d’œil à Suzanne : du haut de ses 7 ans, c’est la seule qui avait survécu. Mais elle était encore bien jeune, il ne fallait pas crier victoire trop tôt.

En 1780 François fêta ses 19 ans. C’était un homme à présent. Fin septembre sa mère donna naissance à une dernière petite sœur, prénommée Françoise. Il n’eut pas beaucoup de temps pour s’y attacher : moins d’un mois plus tard elle avait déjà quitté ce monde. Elle fut celle qui eut la vie la plus courte.

Suzanne et Marguerite furent les seules sœurs de François à atteindre l'âge adulte.

Trois ans plus tard, François se maria. Il se demanda si lui aussi allait devoir enterrer 7 enfants…


jeudi 24 mars 2022

#52Ancestors - 12 - Marie Anne Guilin

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 12 : Matriarcat


Marie Anne Guilin n’a pas beaucoup connu sa mère : elle est décédée quand la fillette n’avait que 6 ans. S’est-elle, si jeune, occupée de sa sœur Félicité (4 ans) et son frère Charles (1 an) ? Ou les grands-mères ont-elles aidée le jeune veuf ? Toujours est-il que Jean Baptiste Guilin attendit 3 ans pour se remarier, en 1762. Catherine Bouvret a sans doute joué ensuite un rôle de substitution pour la petite Marie Anne. Elle-même ne semble pas avoir donné d’enfant à Jean Baptiste. Je perds sa trace ensuite.

Difficile de dire ce que furent les jeunes années de Marie Anne. On espère que, malgré son deuil à un si jeune âge, elle fut heureuse. Elle vient d’un milieu lettré, plutôt aisé où l’on se part de titres tels que « sieur », « honorable », et où l’on fréquente des « bourgeois ». Elle est une des rares personnes de la famille (femmes comprises) à ne pas savoir signer : son enfance difficile l'a-t-elle privée d'école ? 

Son père, ancien « maréchal des logis des troupes de sa majesté le Roy de Sardagne », devenu vigneron était installé à Cerdon (Ain). Ce vignoble ancien se déploie sur le Bugey, région qui se démarque par son relief très contrasté, dans la partie montagneuse de l’Est de l’actuel département de l’Ain. Il connaîtra son apogée dans les années 1870 avant que le phylloxéra en ravage les rangs. Gravement touché le vignoble décline alors pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui il est reconnu par une AOC. Cerdon produit des vins mousseux rosés au processus d'élaboration original, appelé « méthode ancestrale ». La fermentation, arrêtée par une étape de filtration, donne un vin pétillant, faiblement alcoolisé et dans lequel le raisin non fermenté apporte sucre et arômes. Jean Baptiste Guilin appliquait-il déjà cette « méthode ancestrale » ?

Malheureusement Jean Baptiste ne resta pas longtemps pour faire prospérer son domaine : il meurt en 1775. Marie Anne a alors 22 ans, mais elle est encore mineure (la majorité étant alors fixée à 25 ans). Elle est orpheline de père et de mère. Un curateur lui est adjugé : son oncle Jean Claude Jacquet, marchand. Qui a alors géré l'exploitation familiale ? Marie Anne ? L'oncle qui n'habite pas Cerdon ? Charles, le petit frère qui n'a que 17 ans ? Tous ensemble ? Ce que l'on sait, c'est que Félicité est la première a quitter le domicile familial : en 1776 elle se marie à Saint Jean le Vieux, à une douzaine de kilomètres au Sud, où elle est installée comme tailleuse. Il ne reste sur place que Marie Anne et son jeune frère.

Marie Anne se marie deux ans plus tard, avec un « marchand vigneron » de Cerdon, Charles François Colomb. Il est issu du même milieu qu’elle, des vignerons de Cerdon, lettré, sans doute plutôt aisé. Il a 27 ans. Ensemble ils ont 7 enfants, et ont eu la chance de n’en perdre aucun en bas âge. Marie Anne a veillé à l’éducation de ses enfants qui ont fréquenté l’école : tous signent leur acte de mariage, sauf Françoise, la fille aînée, dans un étrange effet miroir de la propre vie de Marie Anne.

Moins de 20 ans après son mariage, en 1797, Anne Marie enterre son époux. A 44 ans, elle se retrouve à nouveau seule. Un autre défi s’annonce pour elle : gérer la vigne et établir ses enfants. A-t-elle participé à l’exploitation du vignoble après le décès de son mari ? Sans doute car au moment de son décès elle sera dite « cultivatrice », comme le sont dits parfois les vignerons au XIXème siècle.

Féminisme 


Ses deux fils aîné restent à Cerdon et s’établissent aussi comme vignerons. Peut-être reprennent-ils l’exploitation familiale avec leur mère ? Sa fille aînée, Françoise, reste dans le milieu en épousant un vigneron de Cerdon. Ces derniers sont mes ancêtres directs. Ils sont dits propriétaire (pour lui) ou rentière (pour elle). On les retrouve dans les archives au fil des acquisitions (maison et jardin à Cerdon, pré et chasal* en montagne) et successions où ils laissent meubles et immeubles. Les deux filles suivantes s’installent à Fleurie (69) : Marie Marguerite s’y marie en 1817 et Marie la rejoint : elle demeure célibataire mais reste proche de sa sœur et de son beau-frère (qui déclare son décès). Elle aussi sera dite rentière. Les deux cadettes s’exilent aussi : Marianne épouse un cabaretier de Champdor (01) et Louise un marchand de chaux de Saint Symphorien d’Ancelles (71).

Malgré l’éloignement physique, la mère est restée proche de ses enfants : si elle ne peut être présente aux mariages de ses filles, elle a néanmoins pris le soin, à chaque fois, de rédiger un acte de consentement devant notaire.

Marie Anne ne s’est jamais remariée. Elle est restée veuve 44 ans. Après une enfance marquée par le deuil qui a dû la faire grandir plus vite que prévu, elle se retrouve à nouveau seule à l’âge mûr. Elle a alors dû assumer, sans aide masculine (un mari, un père), les tâches d’une femme, d’une mère : gérer (probablement) l’exploitation familiale, l’éducation de ses enfants et les conduire sur les chemins de la vie. Elle s’est éteinte à Cerdon le 17 janvier 1841, à l’âge de 88 ans.



 

* Voir la page lexique de ce blog.

 

vendredi 18 mars 2022

#52Ancestors - 11 - Rose Marolleau

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 11 : Fleurs (ancêtres au prénom fleuri ; fleuristes...)

 

Angélique Marchand épouse Pierre Marolleau en 1807 à Cirières (79). De lui, elle a eu 11 enfants entre 1808 et 1827.

Lorsqu’elle décède en 1849 on ne retrouve que 6 de ces enfants. Les trois fils aînés ne sont pas nommés : ils sont donc très vraisemblablement décédés entre temps, même si je n’ai pas (encore) retrouvé leurs actes de décès. De même deux des filles : Julie, née en 1820, est décédée deux ans plus tard, et Marie Jeanne est décédée en 1846 à 31 ans.

 

Il reste donc : deux fils, Louis Casimir et Charles Auguste, et quatre filles :

1)      Rosalie Angélique
2)     Marie Joséphine
3)     Angélique Françoise
4)     Marie Julie

Deux documents me permettent d’en savoir plus sur la succession de la mère Angélique Marchand : les tables de succession et absences et les registres de déclaration de succession du bureau de Bressuire.

Dans le premier il est indiqué que la succession a été réglée le 18 avril 1850. La valeur du mobilier est évaluée à 212,50 francs et les revenus des immeubles situés à Cirières à 258,75 francs. Enfin, son héritière est sa fille Rose.

Mais qui est Rose ? Est-ce la fille n°1 Rosalie Angélique ? De Rosalie à Rose, il n’y a qu’un pas. Mais les choses ne sont pas si faciles…

 

En effet dans le deuxième document, le registre de succession, de nouveaux éléments viennent brouiller les cartes :

« Rose Marolleau comparaît en son nom et en celui d'Auguste et Louis Marolleau métayers à Cirières, Angélique épouse Haye de Combrand, Joséphine épouse Roy de Saint Amand et Julie de Cirières ses frères et sœurs. »


Registre de déclaration de succession © AD79

 

Si les deux frères sont identifiés sans problème, c’est plus compliqué du côté des filles. Donc on a :

a)     Rose
b)     Angélique
c)      Joséphine
d)     Julie

La logique voudrait que :

  •          Rosalie Angélique soit Rose
  •          Marie Joséphine soit Joséphine
  •          Angélique Françoise soit Angélique
  •          Marie Julie soit Julie

 

Mais non ! En effet, grâce au patriarcat (si souvent dénigré de nos jours), on a la clé du mystère. Parce que chaque fille est rattachée à son époux (le cas échéant) et son domicile.

a)     Rose n’est pas mariée
b)     Angélique est dite épouse « Haye de Combrand »
c)      Joséphine « épouse Roy de Saint Amand »
d)     Julie « de Cirières »

Il m’a fallu rechercher tous les mariages de la fratrie et leurs domiciles. Or il s’avère que l’Angélique « épouse Haye » c’est Rosalie Angélique, la numéro 1. Rosalie n’est donc pas Rose.

Joséphine, la c), est bien Marie Joséphine, la numéro 2 (c’est mon ancêtre directe). Marie Julie ne s’est mariée qu'en 1853 : elle a vécu à Cirières où elle est décédée en 1856. Julie, la d), est donc Marie Julie, la 4).

 

Par élimination, il ne reste que Angélique Françoise pour être Rose.

 

Pourquoi Angélique mère a-t-elle choisi une de ses filles cadettes pour la désigner héritière ?La question reste entière.

 

On notera au passage que Pierre Marolleau, le mari d’Angélique, n’est jamais nommé dans ces documents alors qu’il est toujours vivant et qu’ils habitent sous le même toit ! C’est Louis, le fils aîné, qui sera son propre héritier.

 

Bref, en généalogie, on oublie la logique. Et on se souvient que les prénoms d’usage n’ont parfois rien à voir avec les prénoms de baptême !



vendredi 11 mars 2022

#52Ancestors - 10 - Jeanne Cosset

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 10 : Religion/culte

A l'occasion de cette dixième semaine du challenge #52Ancestors dont le thème est "religion/culte", je reviens sur le mystère de Jeanne Cosset.

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Poursuivant l'exploration des registres paroissiaux à la recherche des actes concernant mes aïeux, je feuilletais (virtuellement) ceux de Vendée. Je n'avais que peu d'information sur Jacques Gendronneau et son épouse Jeanne Cosset, les parents de Jeanne (qui, elle, m'est assez bien connue). J'ignorais où et quand ils sont mariés et décédés, par exemple.

Je découvre qu'ils ont au moins un autre enfant né au Vieux Pouzauges, Louis :

Registre du Vieux Pouzauges, AD85

"Le vingt quatre du mois de mars mil sept cent trente neuf est né et
baptisé le lendemain par moy soussigné loüis fils naturel de Jacque
gendronneau et de Jeanne cosset, a été parrain sans marraine
mathurin blanchard qui ne sait signer au lieu de loüis heriau et de
jeanne pequin qui ont été refuzés pour parrain et marraine.
Moreau prêtre"

Dans cet acte, plusieurs éléments m'interpellent :
  • Le fait que le parrain et la marraine choisis aient été refusés : c'est la première fois que je trouve cette mention.
  • Le fait que l'enfant est dit "enfant naturel". Rappelons qu'un enfant naturel est un enfant conçu hors mariage. Cet état n'est pas définitif, puisque les parents peuvent reconnaître officiellement leur(s) enfant(s) naturel(s) lors de leur mariage [ 1 ]. J'ignore en effet la date de mariage du couple : d'après cet acte, il doit être postérieur à 1739.
Est-ce que ces deux éléments sont liés ?

Ignorant le lieu de naissance de mon ancêtre Jeanne (la sœur de Louis), je poursuis mon exploration des registres du Vieux Pouzauges pour voir si elle y est née quelques années avant ou après son frère.

 Et là, je m'aperçois que les enfants naturels sont légions dans ces registres. Ainsi, sont qualifiés de "naturels" :
  • 15 enfants sur les 29 actes de naissance enregistrés en 1737, 
  • 13 sur 34 en 1738,
  • 10 sur 36 en 1739,
  • 16 sur 31 en 1740,
  • 18 sur 37 en 1741,
  • 9 sur 31 en 1742.
Soit environ 40% des naissances sur ces cinq années. Et cette expression n'est pas une lubie du rédacteur, car on la retrouve indifféremment sous la plume du curé Coursin, du prêtre Moreau et du diacre Touchault.
On notera aussi quelques naissances illégitimes, mais beaucoup plus rares (une en 1741, un autre en 1742 par exemple), de mère seule ou de couple.
Certains couples ont plusieurs enfants naturels. On trouve parfois la mention "fille de non légitime mariage". Les parrains/marraines refusés se retrouvent dans la plupart des autres actes d'enfants naturels, mais ils ne sont pas systématiques.

Je me demande ce qui est l'origine de cette multiplication des enfants naturels.

Un faisceau d'indices me met alors sur une piste :
  • les parrains/marraines refusés par le curé
  • les mentions du "non légitime mariage"
  • l'acte de mariage de mes ancêtres non trouvé
Ces curiosités sont le signe de la religion protestante des parents. Bien qu'elle ne soit jamais mentionnée par les rédacteurs de ces actes, on le devine entre les lignes. Pour mémoire, en 1685 Louis XIV révoque l’Édit de Nantes (promulgué par Henri IV en 1598) accordant la liberté de culte aux protestants. Malgré une émigration massive, nombreux sont ceux qui restent en France. Ceux qui refusent d'abjurer leur foi entrent alors dans l'illégalité.

Concernant ce qu'on appelle aujourd'hui l'état civil, la seule source disponible, ou presque, pendant cette période est constituée par les registres paroissiaux catholiques. Ils enregistrent les baptêmes, mariages et sépultures, suivant les rites catholiques uniquement (le protestantisme étant, en principe, éradiqué du royaume). Malgré cela, on peut y discerner la présence des protestants. 

Le premier indice est le fait que le prêtre mentionne qu’il a refusé les parrains et marraines choisis par les parents. C’est lui qui désigne les remplaçants. Dans ce cas, en général, il y a alors peu de doute sur la religion des parents. Mais il arrive aussi que certains curés complaisants acceptent les parrains et marraines choisis par les parents : on l'a vu ici, le refus n'est pas systématique.

La mention de la naissance d’un enfant né d’illégitime mariage, ou né d'un non légitime mariage confirme qu’il y a eu mariage, mais hors de l’Église officielle (catholique). En effet dès la révocation de l’Édit de Nantes, certains protestants restés en France ont officialisé leur union devant un prêtre, bon gré mal gré; mais d'autres en revanche, malgré les risques, ont choisi de faire appel à des pasteurs clandestins itinérants. C'est ce que l'on appelle des mariages "au désert". Le problème majeur est que ces registres, s’ils ont existé, ne sont qu’exceptionnellement parvenus jusqu’à nous : illégaux, leurs propriétaires risquaient la prison pour eux et pour ceux qui y figuraient si ces registres étaient trouvés. Des "certificats" pouvaient être délivrés, lesquels ont eux-mêmes malheureusement souvent disparu au fil du temps. Parfois, les protestants ont simplement vécu en couple avec la seule bénédiction de leurs parents, puisque pour eux le mariage n’est pas un sacrement. La trace écrite dudit mariage protestant est donc la plupart du temps impossible à trouver.

Les protestants restés dans le royaume ont cherché à résister, de façon plus ou moins ouverte, à la "catholicisation" forcée qu'ils subissaient. Par exemple, le baptême, donné par un prêtre catholique aux enfants protestants était un baptême forcé, puisque les parents n’avaient pas le choix du "baptisant". Ils retardaient donc le plus possible le baptême (puisque la religion catholique recommande de le faire le plus vite possible). Ou bien ils choisissaient des prénoms dans l’Ancien Testament, comme Abraham, Esther, Judith, etc... trouvant leur inspiration dans la lecture assidue de la Bible, qu'ils pratiquaient régulièrement (ce qui n'a pas été constaté ici). Mais parfois, les prêtres, en réaction, refusaient de donner aux enfants ces prénoms bibliques choisis par leurs parents. En généalogie, les choses se compliquent alors car on peut trouver un enfant nommé Abraham par sa famille et identifié comme tel à son mariage après la Révolution, mais qui a été baptisé sous le nom de Pierre ! En conséquence, il est difficile de retrouver le bon acte de baptême.

Les protestants n’ont retrouvé officiellement un état civil propre qu’avec l’Édit de Tolérance, en 1787. Outre le fait que, désormais, les protestants peuvent légalement faire enregistrer leurs mariages, naissances et décès, ils peuvent aussi faire des "réhabilitations de mariages", grâce aux certificats produits par les mariés, et faire inscrire dans l’acte les enfants issus de leur couple, même quand ceux-ci ont été baptisés en leur temps au sein de l’Église catholique. On peut trouver également des registres particuliers aux protestants ouverts dans certaines paroisses; malheureusement ils sont rares.

Dans le cas qui me préoccupe, cette hypothèse protestante est enfin confirmée lors du mariage de Jeanne (fille), en 1766. Après une lecture attentive de l'acte quasi effacé, on peut deviner la mention suivante : "avec le consentement de la mère de la [contractante ?] comme étant de la religion protestante".

Et c'est ainsi que j'ai découvert Jeanne Cosset, première protestante de ma généalogie.



[ 1 ] Dans ma généalogie, je connais par exemple le cas de Joseph Borrat-Michaud et Antoinette Jay qui, lors de leur mariage, reconnaissent Félicie, fille naturelle d'Antoinette (âgée de douze ans) et Marie Louise, fille illégitime de Joseph et d'Antoinette (âgée d'un an).