« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

mercredi 16 décembre 2020

Making of : les sources

Suite et fin de la série d’articles qui vous présente les coulisses du ChallengeAZ 2020 « polar ». Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu le Challenge AZ avant de lire ce billet. Le polar que j’ai écrit est une fiction, mais basé sur de nombreux faits réels… 


Making of © Pixabay 

Les sources 

L’intrigue du polar se base sur un travail de recherche rigoureux auprès d’un éventail de sources varié. 

Tout est parti de l’état civil, comme souvent en généalogie. Il m’a donné le squelette de l’histoire, comme il donne l’armature d’un arbre généalogique. Avant de commencer la rédaction je connaissais les dates de naissance et mariage d’Henri et Ursule. Mais j’ai trouvé le décès d’Henri seulement au cours de rédaction. Le chapitre I est assez véridique : la mention curieuse du "domicile" à Coulommiers et ma quête sur Google StreetView pour résoudre ce mystère. 

Pour étoffer ma généalogie comme mon histoire j’ai épluché les recensements. Ils m’ont servi pour reconstituer le parcours d’Henri : ses adresses successives ont été utilisées notamment dans le chapitre D. Et bien sûr les recensements m'ont été utiles lors de l’enquête préparatrice pour établir les liens entre les personnages ayant véritablement existé (voir le "making of : les personnages"). 

J’ai voulu faire des recherches sur l’enregistrement : les actes notariés doivent être enregistrés par un receveur des impôts, c’est-à-dire transcrits sur un registre public, contre la perception d’un droit d’enregistrement. Cela permet de donner des détails sur le patrimoine de nos ancêtres, et peut être une bonne alternative pour connaître la date d’un décès que l’on ne trouve pas dans l’état civil (ce qui était mon cas). Hélas l’enregistrement n’est pas en ligne en Seine et Marne pour la période qui m’intéresse, comme je le raconte dans le Chapitre H. Il ne me reste qu’à ajouter une visite aux archives départementales sur ma to do list ! 

Les fiches militaires m’ont servies pour reconstituer le parcours militaire de certains protagonistes, mais aussi pour les informations périphériques qu’elles contiennent : descriptions physiques, blessures (la mutilation de l’index de Georges Thiberville mentionnée au chapitre E fait partie de ces petits détails véridiques qui émaillent le récit), adresses successives, motifs d’ajournement (comme la claudication d’Henri par exemple, utilisée au chapitre N). 

Les archives judiciaires sont intéressantes pour donner des détails sur la vie de nos ancêtres, même si ce n’est pas forcément ceux que l’on veut connaître en premier (apprendre que son ancêtre a été un mauvais garçon n’est pas toujours facile). J’ai abordé cette source au chapitre V. Dans le cas présent je n’ai pas pu les consulter car elles ne sont pas en ligne en Seine et Marne, mais cela peut-être une bonne piste à explorer. 

Par contre, sur le site des archives départementales j’ai trouvé des monographies communales qui m’ont données quelques informations ayant permis d’étoffer le cadre de vie de mes ancêtres, d’en savoir plus sur les mariniers et les charretiers de Tigeaux, les briqueteries, etc... 

Autre source précieuse : la tradition orale. Cette source est abordée dans le chapitre T. Si vous avez la chance d’avoir des anciens dans votre famille ou dans votre entourage, n’hésitez pas à les interroger : même si vous n'apprenez que des anecdotes ou des souvenirs un peu flous, ce sont autant d’histoires qui font la vie de vos ancêtres. Et s’il y a eu plusieurs témoins d’un même événement, n’hésitez pas à les interroger tous : vous verrez comme le même souvenir peut se révéler différent selon les points de vue ! 

La tradition culinaire a été abordée au chapitre R. Là encore c’est une source "secondaire" mais elle permet de comprendre l’environnement de nos ancêtres. La cuisine est le reflet d’une région, de son agriculture, de ses traditions : appréhender les recettes locales c’est aussi découvrir un pan de la vie de nos ancêtres. 

Lors de ma formation de guide conférencière, j’ai étudié la lecture du bâti et du paysage. C’est ce qui m’a permis de faire la "visite" du quartier des Egyptes du chapitre P. Cette lecture du bâti m'appris beaucoup sur la région. C’est en voyant ce quartier où a vécu Henri que j’ai mesuré l’importance des briqueteries dans la région par exemple. 

La lecture d’ouvrages divers a nourri ma réflexion et m’a aidé à rédiger l'histoire : le chapitre D évoque l’émigration bretonne, les prénoms et leurs variantes ont été abordés au chapitre S tandis que les maisons de famille sont au cœur du chapitre O. Cartes postales anciennes et dictionnaire des métiers ont aussi participé à enrichir mon texte. Bref, quand les sources "généalogiques" viennent à manquer il reste bien d'autres ressources à approfondir. 



Et voilà comment j’ai utilisé de vraies sources pour une fausse histoire ! 



jeudi 10 décembre 2020

Making of : le dossier

Suite de la série d’articles qui vous présente les coulisses du ChallengeAZ 2020 « polar ». Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu le Challenge AZ avant de lire ce billet (pas de révélations fracassantes aujourd’hui : vous pouvez lire en toute quiétude). Le polar que j’ai écrit est une fiction, mais basé sur de nombreux faits réels… 


Making of © Pixabay 

Le dossier 

Au centre de l’intrigue, se trouve un dossier mystérieux. La narratrice le découvre au chapitre F (à voir sur la page dédiée).

J’ai pris autant de plaisir à réaliser ce qui est devenu un véritable projet graphique (réalisé sous Photoshop) qu’à écrire l’histoire en elle-même. Pour moi, l'un de va pas sans l'autre. Voici comment j’ai détourné ou fabriqué certains des documents du dossier.

  • Les photos 

La photo n°1 (le couple) représente en fait mes grands-parents (le petit-fils d’Henri et d’Ursule et son épouse). Elle a été prise le lendemain de leur mariage, en 1945. Je l’ai choisie parce qu’on ne voyait pas bien leur visage et pour l’enquête il était important de ne pas pouvoir les identifier formellement. L’autre critère de choix est la coiffure de ma grand-mère, typique d’une époque et immédiatement reconnaissable. 


La photo n°2 (le groupe) a été trouvée dans l’album de mariage de mes grands-parents. Je l’ai choisie parce qu’elle est floue (sic) et pour la tenue « années 1940 » des protagonistes. Cette dernière faisait assez tenue du dimanche (possiblement prise à la sortie de la messe du dimanche dans l’histoire), mais pas trop cérémonie (en tout cas pas mariage). L’église soi-disant non identifiée dans le polar est en fait Saint-Antoine à Angers. 


La photo n°3 (le couple avec enfant) : toujours floue et impossible à localiser, cette photo était idéale pour mon projet. Elle a été trouvée dans la pile de photos « non identifiées » dont j’ai héritée. Mais à force de la regarder j’y ai reconnu mes arrière-grands-parents, Jean-François Borrat-Michaud et Marcelle Macréau et leur fils mon grand-père (ah ! ce que peut dire une simple silhouette quand on a d’autres photos pour la comparer). Un mystère résolu ! 

  • La carte postale n°2 

Dans le dossier il y a trois cartes postales (deux vierges et une écrite par Ursule). Pour cette dernière, j’ai commencé par créer l’alphabet. Je cherchai une police de caractère typique des écritures des années 1940. Celles qui me rappellent mon grand-père. Celles du temps où on apprenait à former les lettres en même temps qu’on apprenait les mots. Ne trouvant pas ce que je cherchai sur le net, j’ai décidé de la créer moi-même, avec l’aide de mon défunt grand-père. [cette phrase est un peu bizarre : mais vous allez comprendre très vite

Ce qui était compliqué il y a quelques années encore est désormais à la portée de tous. Il suffit de trouver un éditeur de police sur le net (il en existe plusieurs) ; au hasard j’ai choisi calligraphr.
Là, en trois étapes c’est fait :
- Remplir une grille de lettre avec les lettres choisies (en l’occurrence je me suis basée sur un texte écrit par mon grand-père : j’ai copié les lettres une par une dans la grille)
- Cliquer sur le bouton « créer votre écriture »
- Charger la police sur son ordinateur
L’opération, basique, est gratuite : il existe une version payante plus avancée.
La police de caractère est donc (presque) une véritable police de caractère. Et voilà comment mon défunt grand-père a apporté sa contribution à la « création » d’une police de caractère toute neuve. 


Dans un soucis de véracité, j’ai trouvé sur net des images de cartes postales anciennes avec un verso vierge. Pour le texte, je voulais un texte assez impersonnel, qui ne donne aucun détail sur le lieu ou l’auteur du message (nécessaire pour l’enquête). J’ai repris le texte d’une carte postale dans la grosse pile écrite à mon arrière-grand-mère qui correspondait tout à fait. Bien sûr, j’ai appliqué la police « grand-père ». J’ai estompé un peu les caractères avec une gomme légère afin que les lettres perdent leur caractère trop « rigide » (quand on écrit, on n’appuie jamais de la même façon sur tous les caractères). J’ai choisi une teinte bleu-violet qui pourrait évoquer l’encre d’autrefois. Le texte est donc un véritable texte. 

La signature est celle d’Ursule Le Floch : je l’ai trouvée sur son acte de mariage. Je l’ai juste colorisée pour correspondre à la teinte du texte. Sa signature est donc sa véritable signature. 

Concernant l’adresse, j’ai aussi cherché des exemples de cartes postales écrites dans les années 1940 pour voir comment était rédigées les adresses à l'époque, en particulier en Seine et Marne. J’ai exploré les sites vendant des cartes anciennes, puis j’ai adapté le libellé à mes personnages. Toujours sur le même type de site j’ai prélevé un timbre oblitéré suffisamment dégradé pour ne pas pouvoir identifier le lieu « d’envoi » de la carte, qui devait rester inconnu pour les besoins de l’enquête. 

J’ai cherché un recto de carte postale raisonnablement neutre pour répondre à la même problématique. Avez-vous reconnu la « vue panoramique » dont il est question ?
Enfin j’ai assemblé le tout pour faire la carte postale d’Ursule. 

  • La carte d’identité 

J’ai trouvé sur net des images de cartes d’identité des années 1940. J’ai gardé le fond, les mentions « aryen/non aryen » et « Préfecture de Seine et Marne », la date, le signature et les tampons officiels. J’ai effacé l’identité d’origine pour la remplacer par celle de mon aïeul. Pour cela, à partir de pièces qui le concernaient (état civil, recensements…), j’ai prélevé ses noms, date de naissance et adresse que j’ai reportés sur le modèle « vierge ». 

La photo d’identité a été trouvée dans la pile de mes photos « non identifiés » : elle est extraite d'une photo de mariage prise devant un restaurant nommé les Champs Élysées, vantant ses bières fines au bord de la Meuse. Rien à voir donc avec notre histoire : le visage d’Henri restera inconnu car je n'ai aucune photo de lui. Sa signature par contre est la véritable signature d’Henri : c’est celle qui figure au bas de son acte de mariage. 

  • Les pièces dactylographiées : ausweis, circulaire de recherche, pv et lettres administratives

Comme pour les autres documents j’ai trouvé sur internet des documents d’époque, effacé les textes avant de les remplacer par mes textes adaptés à l’intrigue. Cette étape me permet de garder les pliures du papier, déchirures ou autres trous d’épingle qui donnent une vie au document et qui m’ont servi dans l’histoire. 

Pour tous ces documents dactylographiés, j’ai utilisé une police de caractère style machine à écrire. Plusieurs en fait : certaines sont plus rondes ou plus hautes ou plus abîmées. J’ai choisi la police en fonction du document d’origine car j’ai parfois laissé des mentions authentiques comme la date par exemple. Comme pour toutes les autres pièces, j’ai estompé « l’encre » pour lui donner de la vie. Sur les pv j’ai gardé les signatures originales des policiers ou juges et j’ai ajoutée celle d’Henri. 

  • Les lettres de dénonciation 

Pour les lettres de dénonciation, j’ai navigué sur les sites d’archives avec deux types d’entrée :
- la Seine et Marne, puisqu’après tout l'intrigue se passe en Seine et Marne
- la Seconde Guerre Mondiale
J’y ai trouvé assez facilement (hélas ?) ce que je cherchai. Je voulais savoir ce qu'on pouvait trouver précisément comme contenu dans ce type de correspondance. Et bien on trouve de tout (re-hélas !) : de la dénonciation du voisin qui fricote avec des types jugés louches, au mari qui dénonce sa propre femme. A la fin de la journée j’avais l’impression d’avoir passé la journée dans un cloaque immonde. Je me suis néanmoins appuyée sur ces écrits répugnants pour créer mes lettres fictives. 

Ensuite, comme pour les autres documents, je me suis basé sur une pièce ayant existé pour faire mon fond : j’ai juste effacé les passages écrits pour obtenir un document « vierge ». J’ai choisi une police de caractère manuscrite puis j’ai forgé un texte inventé pour les besoins de l’histoire mêlé à des phrases s'inspirant de la réalité. J’ai utilisé différentes teintes pour chaque missive et, bien sûr, j’ai estompé un peu de texte selon une méthode déjà éprouvée. 


Et voilà comment j’ai créé de faux vrais documents ! 



vendredi 4 décembre 2020

Making of : les personnages

J’inaugure une série d’articles pour vous présenter les coulisses du ChallengeAZ 2020 « polar ». Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu le Challenge AZ avant de lire ce billet (je préviendrai s’il y des révélations fracassantes). Le polar que j’ai écrit est une fiction, mais basé sur de nombreux faits réels…



Making of © Pixabay

 

Les personnages 

Le polar contient deux catégories de personnages  :
- ceux qui ont été inventés pour les besoins de l’intrigue
- ceux qui ont véritablement existé 

Dans la première catégorie on trouve Le Grand-Père et ses héritiers, les policiers, les archivistes de Seine-et-Marne ; dans la seconde… à peu près tous les autres ! Si vous avez fait un tour sur la page dédiée aux personnages, vous en avez déjà eu un aperçu : 18 sont signalés inventés et 36 ayant véritablement existé. 

Tout commence avec Henri Macréau et Ursule Le Floch son épouse. Au départ de l’aventure je connaissais leurs dates de naissance et mariage mais j’ignorais où ils étaient décédés J’avais une connaissance assez globales de leurs familles : les personnes étaient identifiées mais je n’avais guère poussé les investigations pour les collatéraux, notamment parce que je me suis heurtée à la limite temporelle des mises en ligne des archives. 

Dans un souci de véracité, et aussi pour comprendre au mieux la vie de ces personnages, j’ai fait une enquête (avant d’écrire celle du roman) afin de retracer leur parcours de façon un peu plus précise. 

  • Marie Joseph Le Floch
Ainsi Marie Joseph Le Floch, témoin au mariage de sa sœur Ursule en 1900. L’acte de mariage indiquait qu’elle habitait à Vernon (Eure), bien qu’elle soit née dans les Côtes d’Armor, comme sa sœur. Je l’ai pistée à Vernon sur les recensements en ligne. On l’y retrouve en 1901 comme bonne chez Ferdinand Jouaux, pâtissier. Ce Ferdinand semble être le Ferdinand Alphonse Auguste, pâtissier, dont la fille est née à Vernon en 1898 (arbre de binetf sur Geneanet). Je n’ai pas trouvé de lien entre les familles Le Floch et Jouaux. Sans doute que Marie Joseph s’est un temps exilée comme bonne, tout comme Ursule l’a fait pour devenir cuisinière. A la différence que la première est rentrée en Bretagne se marier tandis que la seconde a fait souche en Seine et Marne. 
  • Gaston Croisy

Bébé Gaston a (probablement) été mis en nourrice chez Marie-Louise, la mère d’Henri Macréau : il n’apparaît qu’une seule fois chez eux, lors d’un recensement, alors qu’il a 8 mois. Je ne le retrouve plus jamais ensuite, ce qui me laisse supposer que ce n’est pas un proche de la famille. Mais qui est-il ? D’où vient-il ? Je l’avais déjà cherché une première fois en 2018 lors de la rédaction d’un article du blog au sujet des enfants accueillis par Marie-Louise. J’avais bien trouvé un Gaston Croisy né dans un canton proche en Seine et Marne, mais les deux familles n’ayant aucun lien je ne savais pas si c’était bien « mon » Gaston. 

En 2020 je reprends donc cette piste. Je fais la bio de ce Gaston en essayant de déterminer si, à un moment donné, il peut correspondre au mien. D’après l’état civil il est né le 24 juillet 1890 à Marles en Brie, en Seine et Marne, décédé à Tournan en Brie le 3 juillet 1977 (selon la mention marginale). Il n’y a pas de mention de mariage. Il n’est pas présent au mariage de son frère ; ni au décès de sa mère en 1891 (mais en calculant je m’aperçois qu’il n’a qu’un an, alors forcément !). C’est déjà un indice : il n’a pas connu sa mère. Est-ce pour cela qu’il a été placé chez les Macréau à Tigeaux ? 

Je poursuis la filature des membres de sa famille : père, fratrie, état civil, recensements, fiches militaires, listes électorales… C’est ainsi que je fais connaissance avec Berthe, la sœur aînée de Gaston qui a 18 ans de plus que son petit frère. De fait, elle se marie en 1890 alors que Gaston n’a que quelques mois. Elle épouse Alexandre Caumont qui il est jardinier à Tigeaux. Est-ce le chaînon manquant avec les Macréau ? 

Je continue de creuser le parcours de Gaston :
- je lui trouve 10 adresses différentes entre 1911 et 1939.
- trois métiers : boulanger (en 1910), marchand en détail puis employé de bureau (1919).
- deux fiches militaires (Seine et Marne et Aube) parce qu’il change de circonscription en déménageant.
Il est assez difficile à suivre !
Dans l’une de ses fiches militaires il est dit « père d’un enfant ». Il a donc eu une descendance (c'est alors la première fois que j'en ai la preuve).

Après de longues recherches, je trouve finalement sa fille, née en 1919 à La Varenne St Hilaire (où habite sa sœur Berthe). Mais je mets un certain temps à trouver son mariage… en 1917 à St Maur des Fossés (qui est en fait le nom actuel de La Varenne !). 

Oh ! Bien sûr je commence une base généalogique spécifique à tous ces personnages dans mon logiciel. 

  • Alexandre Caumont 

Après m’être égarée quelques temps avec un homonyme du frère de Gaston, je reviens sur la piste d’Alexandre Caumont. Comme pour les Croisy je refais tout son parcours : né à Fontaine Trésigny, en Seine et Marne, il épouse donc Berthe Croisy en 1890. Il est recensé à Tigeaux en 1891, mais n’apparaît pas dans les registres suivants. En effet il a déménagé à St Maur des Fossés, où naît un fils l’année suivante. Sans doute s’est-il rapproché de sa belle famille qui demeure là. 

Je n’ai pas beaucoup plus d’information, mais cela semble confirmer mon hypothèse du chaînon manquant. En effet, en 1891 on ne compte que 177 habitants à Tigeaux. Il y a donc de grandes chances qu’Alexandre ait su que Marie Louise accueillait des enfants et quand son beau-père s’est retrouvé veuf avec un nourrisson, il a dû proposer le nom des Macréau pour accueillir le bébé. 

  • Georges Thiberville 

Il est le quatrième témoin au mariage Macréau/Le Floch. Il y est dit meunier de 34 ans, ami de l’épouse. Plusieurs points m’interpellent :
- il est l’ami de l’épouse
- il est plus âgé qu’elle
- aucune connexion entre les deux familles n’avait été trouvée avant que je me penche sur son cas.
L’enquête démarre : sur Geneanet je trouve un candidat probable, Léon Georges Elie Thiberville (arbre de acime78). 

Il est bien né en 1866, comme l’indiquait l’acte de mariage. Lorsqu’il se marie en 1891 il est bien meunier. Enfin sa signature est assez proche. Mais comment cet homme originaire de Mantes la Ville (78), marié à Epône (78), est-il devenu l’ami d’Ursule, une jeune cuisinière de 26 ans, en Seine et Marne ? 100km les séparent. 8 ans aussi. La bienséance peut-être. La réponse, partielle, se trouve probablement dans sa fiche de matricule militaire : il y est indiqué qu’il demeure à Tigeaux en 1898. C’est leur point commun. Mais l’histoire ne dit pas comment ils se sont rencontrés, ni quelles étaient la nature de leurs relations « amicales ». 

  • Les silhouettes 

Quelques personnages ne font qu’une brève apparition, mais ont existé tout de même :
- Léon Vautrain (apparition dans le Chapitre E), trouvé dans le recensement de Tigeaux en tant qu’employé de Georges Thiberville.
- Stephen Klein (Chapitre E), maire de Tigeaux qui a marié Henri et Ursule.
- Le soldat Caquineau (Chapitre N), trouvé dans les fiches matricules. Par celle de Gaston, je savais qu’il avait été blessé à Craonne. Grâce à l’indexation des soldats de la Première Guerre Mondiale sur Mémoire des Hommes il m’a été facile de trouver un soldat mort le même jour.
- Le lieutenant Willain (Chapitre N) a été trouvé dans l’historique du 66e RI auquel appartenait Gaston.
- Houbé et Abel Leblanc (Chapitre G) apparaissent dans de nombreux recensements de ce coin de Seine et Marne comme patrons de charretiers, tuiliers, briquetiers… Mais quelle ne fut pas ma surprise de trouver sur le net une carte postale signée Houbé et l’hôpital où est décédé Henri nommé Abel Leblanc. Comme pour les autres personnages, j’ai creusé un peu leur vie afin de comprendre les relations qu’ils entretenaient dans le « pays ». 

  • Les personnages inventés

Les personnages inventés n'ont pas été oubliés et ont aussi été travaillés :
- L’archiviste Charlotte Paulé porte le nom d’une de mes ancêtres Seine et Marnaises à la onzième génération, sosa n° 1701. Elle a vécu à La Chapelle sur Crécy entre 1686 et 1761.
- Pour le Président de l’association généalogique, Alcide Bodin, j’ai choisi un de ces prénoms un peu décalés propres au XIXème siècle. Cela me rappelait les noms des érudits du XIXème dont j’ai épluché les publications lors de mes études d’histoire. Pour son nom de famille, je voulais au contraire quelque chose de passe partout : j’ai aussi pioché dans les patronymes de ma généalogie avec un nom que beaucoup d’entre vous ont rencontré sans doute : Bodin. La sonorité des deux ensemble me plaisait : adoptés !
- Abel Pochet est mon ancêtre à la XIIème génération, sosa n°3342. Il n’était pas inspecteur, comme dans le polar, mais manouvrier et vigneron. Il est décédé à Guérard (non loin de Tigeaux et Mortcerf) en 1711.
- Le jeune policier est un des rares personnages dont le patronyme n’apparaît pas dans mon arbre. C’est une construction toute entière marquée par le Challenge AZ : il me manquait un début de texte pour le chapitre K ! Dans ma généalogie, un certain nombre de lieux bretons commence par Ker (ce qui signifie lieu fortifié, château, citadelle…). J’ai choisi un lieu quelconque parmi eux et le lui ai donné en patronyme. Le problème c’est qu’une fois sur deux je n’arrivais pas à me rappeler le nom exact ! C’est cette mémoire défaillante qui a donné l’un des principaux défauts de l’inspecteur Pochet. Rien ne se perd, tout se transforme…
- Les descendants du Grand-Père : je leur ai donné des prénoms figurant dans le top de chacune de leur génération : Martine, David, Lucas, etc… Je ne sais pas si cela s’est remarqué. Inconsciemment peut-être…
- Un mot sur Alexandre Brassade. 

[ATTENTION spoiler alerte : ne continuez pas la lecture de cet article si vous n’avez pas terminé la lecture du polar !] 

Il est évident qu’il devait porter le second prénom de son aïeul. Quant au nom [ATTENTION spoiler alerte : stooop !], j’ai suivi un cheminement particulier que voici : Croisy > Croisé > Brassé > Brassade.
- Enfin, dernier personnage, mais non des moindres : Sosa le chat ! Il porte le nom d’un système de numérotation généalogique dite Sosa-Stradonitz : Chaque ancêtre se voit attribuer un numéro invariable qui permet de les identifier. La numérotation part de la personne dont on fait l'ascendance, qui porte le numéro 1.Son père porte le numéro 2 et sa mère le numéro 3. Le numéro 4 est son grand-père paternel, le numéro 5 sa grand-mère paternelle, le numéro 6 son grand-père maternel et le numéro 7 sa grand-mère maternelle. Et ainsi de suite… 


 

Et voilà comment j’ai utilisé de véritables individus et créé de faux vrais personnages ! 



mardi 1 décembre 2020

#ChallengeAZ : Post scriptum

 

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REMARQUE 


Ce texte est une œuvre de fiction. Même si la plupart des détails et des personnages ont véritablement existé, il n’y eut jamais de crime dans ma famille (tout au moins pas à ma connaissance). 

J’ai basé toute cette histoire sur le seul fait que j’ignore où et quand est décédée Ursule Marie Mathurine Le Foch épouse Macréau. Si quelqu’un le sait, merci de m’en faire part.
J’en demande humblement pardon à tous ses descendants et les prie de croire que son époux Henri Macréau n’était pas un criminel (tout au moins pas à ma connaissance). 

Quant à Gaston Croisy son seul tort est d’avoir, à l’âge de 8 mois, été placé chez Marie Louise Macréau, la mère d’Henri. Que ses héritiers me pardonnent cet emprunt nécessaire au récit. 

Devant les réactions et commentaires de mes lecteurs, je me dois de publier un démenti officiel : non Alexandre n'est pas mon fiancé caché et non je ne me suis pas mise au whisky à toute heure du jour et de la nuit.

Enfin si un jour je décide d’adopter un chat je l’appellerai Sosa, promis ! 


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REMERCIEMENTS 


Ma gratitude va d’abord à Sophie Boudarel qui a importé l’idée de ce ChallengeAZ en France. C’est aussi grâce à elle que j’ai créé ce blog. Merci, donc. 

A Geneatech et à ses petites mains qui assurent désormais la continuité du service et l’intendance du ChallengeAZ. Retrouvez l'intégralité des publications réunie dans ce magazine.

Aux archives départementales qui mettent en ligne ces merveilleux documents qui permettent de reconstituer la vie de nos ancêtres. Ou de l’inventer. 

Un salut amical et particulier aux archives départementales de Seine et Marne et au Cercle généalogique de la Brie : je n’ai jamais rencontré les "Charlotte Paulée" et "Alcide Bodin" locaux, mais je ne désespère pas de le faire un jour dans la vraie vie. 

A Marie-Catherine Astié pour ses relectures attentives et bienveillantes. 

A toutes celles et ceux qui ont laissé des commentaires jour après jour sans jamais se lasser (moi qui écrirais plus facilement une saga en 10 tomes, j'ai toutes les difficultés à laisser deux lignes de commentaires !), une grande admiration et un immense merci. J'ai beaucoup aimé découvrir votre cheminement face aux chapitres tout droit sortis de mon imagination.

Aux lecteurs, enfin, qui m’ont suivie dans cette aventure. Puissent-ils avoir pris autant de plaisir à lire ces lignes que moi à les écrire. 



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