« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. C’était après un orage, dans cette odeur de terre et de pierres mouillées qui réveille si bien en nous un écho oublié, venu du fond des âges. Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression – la conviction ? – qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

— Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

samedi 28 février 2015

#Centenaire1418 pas à pas : février 1915

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de février1915 sont réunis ici. 

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
___ 

1er février
Travaux de tranchées.

2 février
Travaux de tranchées.

3 février
Des reconnaissances sont exécutées pour déterminer la nature et la praticabilité de la Tête de chien jusqu’au ballon de Guebwiller.

4 février
Travaux de tranchées.
Soldats construisant une tranchée, 1916, Gallica

5 février
Les mêmes reconnaissances que le 3 février sont exécutées.
Travaux de tranchées.

6 février
Travaux de tranchées.

7 février
Travaux de tranchées.
Le soir, nous rentrons au cantonnement.
Cantonnement à Wesserling, coll. Stamm-Binder

8 février
Travaux de tranchées.
De temps en temps un ordre du Bataillon modifie les affectations ou nomme des chasseurs au grade supérieur.

9 février
Des reconnaissances sont exécutées de Oderen jusqu’au Laudun Pee
et sur tous les chemins et sentiers entre la vallée de la Thür, de Krüt [Kruth] à Ranspach
et la crête : Breifürst, Drekhopf, Hundekopf.

10 février
Travaux de tranchées.

11 février
Le Général de Division devant visiter les cantonnements, le Bataillon a été rassemblé à 12h30 dans la cour de l’usine.
Tenue de campagne complète.
A 14h aux sons de la Marseillaise le Président de la République a fait son entrée.
Il était accompagné de M. Millerand, ministre de la guerre, et de plusieurs Généraux.
Défilé du 23ème BCA devant les Généraux, 11 février 1915, coll. Stamm-Binder

Après avoir passé devant le front du Bataillon, le Président a décoré des officiers et le directeur de l’usine de Wesserling.
Le Bataillon est ensuite rentré dans ses cantonnements, après avoir défilé devant M. Poincaré aux sons d’Alsace et Lorraine.

12 février
Après la visite présidentielle d’hier, on retourne à nos travaux de tranchées.

13 février
Des reconnaissances sont exécutées pour déterminer la nature et la praticabilité de la Haute Vallée de la Thür.
Par suite du départ du 6ème Bataillon pour les tranchées, le 23ème Bataillon est placé en cantonnement d’alerte.

14 février
Le Bataillon se tient prêt à prendre les armes au premier signal.

15 février
Le Bataillon reste en cantonnement d’alerte.
Nous cantonnons toujours à Wesserling.
Wesserling, éditions Alsatia

16 février
Le bataillon est replacé en réserve de la 4ème Brigade.
Il doit se tenir prêt à partir au 1er signal les 18, 20, 22, 24 février, etc.
Les autres jours 17, 19, 21, 23, etc. le Bataillon reprendra les travaux d’organisation de la 2ème ligne de défense de la Vallée de la Thür.

17  février
Travaux de tranchées.

18 février
Travaux de tranchées.

19 février
Travaux de tranchées.

20 février
"A partir du 22 février 1915 le 23ème Bataillon devra avoir, par modification aux instructions précédemment données
et sur l’ordre du Général commandant la DAV, 3 Cies aux travaux d’organisation de la 2ème ligne de défense de la Vallée de la Thür
3 compagnies prêtes à être alertées en tout temps."

21 février
Travaux de tranchées.

22 février
Travaux de tranchées.

23 février
Le Bataillon a reçu l’ordre téléphonique de se tenir prêt à partir à 12 heures.
Il s’est embarqué en automobile direction Gerardmer par Wesserling, Bussang, Le Thillot, Saulxures, Vagney, Le Tholy, Gerardmer.
Arrivée prévue à Gerardmer à 18 heures.
Gerardmer, convoi des chasseurs alpins, Delcampe

Le Bataillon doit être transporté au col de la Schlucht en 8 trains (19h30, 20h30, 21h30… etc).
En attendant d’être embarqué les unités du Bataillon dès leur arrivée à Gerardmer se rendront à la caserne du 152è Régiment de ligne.
Nous pourrons nous y reposer et manger une soupe chaude.

24 février
Le Bataillon à la descente du train s’est reformé provisoirement à Segmatt.
A 11h30 le Bataillon s’est porté vers la ferme du Gaschney.
On attend de nouveaux ordres.
Carte trajet Wesserling-Le Gaschney

Bivouac dans les bois du Gaschney.

25 février
Mêmes emplacements que la veille. Les compagnies aménagent leurs abris.
Le commandant Fabry nous fait porter l’Ordre de Bataillon n°6 :
"Aux Chasseurs du 23ème Bataillon. Après de longs jours de repos le moment est venu de souffrir et de vous battre.
Vous supporterez gaiement toutes les épreuves et vous vous battrez courageusement.
Le 23ème Bataillon doit être cité pour sa bravoure et sa ténacité ; il ne saurait connaître aucune défaillance.
Toujours vous penserez au beau refrain de nos concerts.
En avant, serrons les rangs ! Jamais vous ne reculerez !"

26 février
Le Bataillon relève les 11ème et 12ème Bataillons de Chasseurs.
Avant-poste à l’Altmattkopf et au Sillakerkopf.

27 février
Séjour au Gaschney.
Le Gaschney, camp Nicolas, 1915, Delcampe

Organisation diverses. Construction d’abris pour mulets, de réfectoires.

28 février
La 4ème compagnie va en première ligne tandis que nous, la 5ème, et la 11ème compagnie, restons en deuxième ligne.


vendredi 20 février 2015

Le sosa qui n'existe pas

Légèrement en panne d'inspiration, je réponds à mon tour à la question posée par Maïwen Bourdic sur son blog D'aïeux et d'ailleurs "Et vous quel est votre sosa n°1000 ?"

Pour mémoire, le système de numérotation dit "Sosa-Stradonitz" est le plus couramment utilisé en généalogie. Le personnage central de la généalogie porte le n°1, son père le n°2, sa mère le n°3, son grand-père paternel porte le n°4, sa grand-mère paternelle le n°5, etc... De ce fait, le numéro 1000 est toujours situé au même endroit dans l'arbre, quelque soit la généalogie. Comme dit Maïwenn "tout droit à droite sur 5 générations, tournez à gauche, prenez la suivante à droite, puis à gauche de nouveau sur 3 générations". En d'autres termes : la lignée maternelle sur cinq générations, puis son père et la mère de celui-ci (vous me suivez ?), et enfin les pères sur les trois générations suivantes.

Personnellement, je n'utilise jamais les numéros sosa pour désigner ou chercher mes ancêtres, même si mon logiciel de généalogie le calcule lui-même automatiquement. Mais cette numérotation existe parmi les critères de recherche : je me lance donc à mon tour. "Aucune personne ne correspond aux critères". Mince, avec plus de 8000 ancêtres, le logiciel ne trouve pas le 1000 ? Évidemment je pense d'abord à une erreur (du logiciel ou de saisie ?). Et je prends mon courage à deux mains en suivant le chemin indiqué par Maïwenn.


Emplacement (théorique) du n°1000 de ma généalogie

Bah oui ! Le n°1000 n'existe pas dans ma généalogie ! Ce n'était pas une erreur.

On est là à l'époque révolutionnaire (et avant), à la frontière entre la Vendée et les Deux-Sèvres (mes ancêtres y font des "allers-retours" réguliers). 

Du n°1000, je ne connais rien.
De son fils, Jean Jadaud, je sais qu'il a résidé à Saint Amand sur Sèvre (79).
De ses petits-enfants, je sais que certains sont nés à Saint Amand, mais se sont mariés à La Verrie ou La Flocellière (85).

Jean Jadaud était sans doute cultivateur, bien que je n'aie aucune mention précise à ce sujet (tous ses descendants le sont). Il est dit décédé en 1796 (au mariage de l'un de ses fils), mais pas en 1801 (au mariage d'un autre fils). Si la première mention est plus probable (on déclare plus rarement son père décédé quand il est vivant, alors que le curé du deuxième acte a peut-être omis de mentionner le décès lors de sa rédaction), cela ne change pas grand chose finalement car, en l'absence de registre, je ne peux pas le vérifier. 

Parce que, pour ceux qui n'ont pas d'ancêtres dans ce coin, sachez que beaucoup de registres ont disparu à l'époque révolutionnaire. Impossible de remonter plus haut par ce biais-là. Les Jadaud font donc partie de cette mince lamelle blanche dans mon arbre circulaire qui, dix générations plus tard, forme une tache béante qui brille par son absence (si je puis dire).

Sur Geneanet on trouve des dates toutes plus fantaisistes (et parfois contradictoires) les unes que les autres; prouvant que les généalogistes amateurs ne lisent pas toujours/souvent les actes qu'ils indiquent.

Je n'ai pas trouvé cette famille chez les notaires vendéens. J'attends que les Deux-Sèvres mettent en ligne leurs actes notariés. Un jour peut-être. Ou peut-être jamais.

Il y a de grandes chances pour que le patronyme de n°1000 soit Jadaud (mais on n'est pas à l'abri de surprises...). Peut-être que son prénom est Jean, comme son fils et son petit-fils. Ou pas du tout.

Pour le moment, donc, le numéro 1000 de ma généalogie est caché dans les replis de l'histoire. Il m'attend, à l'abri dans un document auquel je n'ai pas (encore) accès. Ou bien il est oublié à jamais.

Sinon, je connais assez bien le numéro 100, si ça intéresse quelqu'un...


vendredi 13 février 2015

#Généathème : généalogie, côté insolite

 Certains de nos ancêtres ont des vies particulières, qui les font remarquer et entrer dans le livre des records : mariage à 12 ans, décès à 104 ans, 17 enfants, etc... En voici un, parmi tant d'autres, sorti de mon guinness généalogique personnel :

  • Deux
Pierre Rouault est né le 15 juillet 1692 à Villevêque (au Nord d'Angers). Il est le dernier d'une fratrie de cinq enfants. Son père, René, est vigneron. Mais sa mère, Perrine Dalibon, meurt alors qu'il n'a que deux ans. Il sera élevé par Louise Repussard, la seconde épouse de René. Cinq autres enfants viendront ensuite agrandir la famille.

  • Huit
A l'âge de 22 ans (en 1715), il épouse Andrée Lemele, une fille du pays, de 8 ans son aînée. Ensemble ils auront 4 enfants. Laboureur, il cultive sa terre paisiblement, entouré de son épouse et de ses enfants.

  • Trente neuf
Après 39 ans de mariage, Andrée quitte ce monde. Les enfants ont tous plus de 30 ans et sont tous installés et/ou mariés.

  • Trente sept
Trois ans plus tard, en 1757, alors qu'il a 64 ans, Pierre épouse Magdelaine Saulnier. C'est le record dans ma généalogie : l'époux le plus âgé. Magdelaine, lors de ce mariage, n'a que 27 ans. Ils ont donc 37 ans de différence (ce qui n'est pas le record !).

  • Soixante douze
Ils auront trois enfants, dont Nicolas (de qui je descends). Ce Nicolas est né en 1764. Son père est donc alors âgé de 72 ans. C'est aussi le record dans ma généalogie : le père le plus âgé.

Mains intergénérationnelles, P.Chauvin


  • Quatre vingt trois
Pierre décède à l'âge de 83 ans, en 1776.

vendredi 6 février 2015

Bête féroce à Jarzé

De 1695 à 1697, la paroisse de Jarzé est "terrifiée par les courses d'une bête féroce qui dévore les enfants" [ 1 ].


Bête du Gévaudan, Gallica


C'est le curé Pierre le Roy qui annote son registre BMS, avec des descriptions assez précises (cœurs fragiles, accrochez-vous).

Françoise Picault et Marie Guitton, jeunes filles âgées d'une douzaine d'années, sont les premières de cette sinistre série. Au mois de juin 1695, on les retrouve à cinq jours d'intervalle, toutes deux victimes de la bête. Marie est dite "dévorée et demie mangée à la base par une beste feroce".

Pendant plusieurs mois on n'entend plus parler de la "maligne beste". Mais elle est de retour en 1697, toujours au mois de juin. Cette fois, ce sont des enfants gardant les troupeaux dans les prés (probablement) qui sont attaqués. Marie Mezange, une fillette de sept ans, s'est laissée surprendre : "Ladite fille a esté devorée dans la lande au bout de l'avenue de la Roche Thibault. Les jambes et les cuisses ont esté mangées entièrement et séparées du corps.

Fin juillet c'est un jeune garçon de douze ans, Pierre Dubois, qui est "devoré par la beste feroce dans la lande a lentrée des bois d'aigrefoin sur le grand chemin qui conduit a angers [...] ladite beste l'a tout a fait mangé fors les foyx et quelques petits os qui ont esté mis dans le grand cimetière de ce lieu."

On ignore si c'est la même bête ou non dans tous les cas. Cette situation évoque facilement à la bête de Gévaudan, mais le terme de "bête féroce" désigne en général plutôt un loup. S'il est possible d'avoir affaire à des hybrides de chiens et de loups - bien qu'il reste difficile d'affirmer que ce soit des chiens errants en raison de la faiblesse des sources - la plupart des cas ces agressions restent le fait d’un animal isolé, caractéristique du loup et de son opportunisme alimentaire. 

Comme d'autres provinces, l’Anjou a été épisodiquement touché par le danger du loup. Les bandes de loups trouvaient asile dans les forêts septentrionales ou orientales de la province : Craonnais, Baugeois, confins de la Touraine. Et certaines années, la faim faisait sortir le loup du bois D’avril à juin 1693, plus de soixante-dix personnes ont déjà été tuées dans la région de Bourgueil, et autant sont blessées. On n’ose plus aller garder les bêtes au pré. En même temps que l'épisode de Jarzé, la paroisse voisine de Fontaine Milon est aussi touchée, peut-être par la même bête.

Pour empêcher le loup de proliférer, la noblesse organise "la huée aux loups qui s’attacquent ordinairement aux personnes et les dévorent" [ 2 ].

Ces attaques de loup étaient parfois suivies d'épidémies de rage. La vieille recette de Jacques Leloyer (curé de Villevêque de 1648 à 1681) est ainsi restée célèbre et plusieurs fois rééditée jusqu'au XVIIIème siècle : sa formule comprenait du galéga, du romarin, de la sauge, de l'angélique, du cassier, des pâquerettes, des pointes d’églantiers, de l'ail, du sel et du vin 

Aucun des enfants cités ci-dessus ne fait partie de mes ancêtres. Mais plusieurs familles de mon arbre habitent Jarzé à cette époque (dont une famille Dubois, même si aucun lien de parenté n'a été prouvé jusqu'à présent). Elles n'ont pas dû manquer de vivre cet épisode tragique, dans ce bourg d'un peu plus de mille habitants où tout le monde doit se connaître.


[ 1 ] C. Port : Dictionnaire historique de Maine et Loire, AD49
[ 2 ] Délibération du conseil de ville d’Angers du 13 novembre 1598, via le site angers.fr

dimanche 1 février 2015

Portrait de généablogueur

Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, me fait le plaisir de me convier à sa galerie de portraits de "généablogueurs" [ 1 ] (ceux qui ont participé au ChallengeAZ) :

"Comment terminer en beauté le challengeAZ ? En publiant un article résumant les 26 jours et surtout, les articles écrits par tous les participants. Une belle performance qui n'est pas passée inaperçue.


La Gazette reçoit Mélanie Astié, du blog Murmures d'ancêtres..."


Pour lire le portrait complet, cliquer ici.


Et retrouvez tous les portraits de généablogueurs en cliquant ici.

Dans la communauté des généablogueurs nous la connaissons tous mais, pour ceux qui l'ignorent, Sophie Boudarel anime le blog la Gazette des Ancêtres

Je n'ai pas la prétention de faire son portrait en retour, mais voici quelques éléments la concernant :
Elle est généalogiste professionnelle, mais aussi formatrice (elle aborde différents aspects liés à la généalogie, comme la gestion des archives personnelles ou les nouvelles technologies spécialement adaptées à ce domaine).
Elle effectue également une veille assidue, recensant les articles concernant la généalogie qui paraissent sur le Net et les regroupant dans des "magazines" Flipboard sous différents thèmes (Geneaveille, Geneatheme, 14-18, ChallengeAZ).

Et surtout, elle a beaucoup d'idées !

C'est ainsi qu'elle a adapté une idée anglaise et lancé en 2013 le Challenge AZ : pendant un mois, un article par jour et par lettre, suivant l'alphabet, sous le thème commun de la généalogie, bien sûr.
Elle suggère aussi un thème d'écriture par mois : c'est le Généathème.
Source d'inspiration pour beaucoup de généablogueurs, ses différentes actions visant à animer la communauté lui ont parfois valu les surnoms de "prêtresse" ou "papesse de la cyber-généalogie" ! [ 2 ]


Personnellement, j'aime me laisser porter par ces idées d'écriture et j'ai participé avec plaisir à l'édition 2014 du challenge AZ (lire les articles ici) et aux Généathèmes depuis décembre 2013 (lire les articles ici).

Alors pourvu qu'elle nous fasse partager ses idées pendant longtemps encore !


[ 1 ] Les généablogueurs sont ceux qui animent des blogs de généalogie.
[ 2 ] Mais ça, on ne sait toujours pas si ça lui plaît ou non...

samedi 31 janvier 2015

#Centenaire14/18 pas à pas : janvier 1915

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de janvier 1915 sont réunis ici. 

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas directement Jean François.

Sa fiche militaire indique une période "Intérieur" après sa mobilisation et avant d'aller "Aux armées". J'en déduis que c'est la période où il fait ses classes.
Tous les éléments détaillant l'instruction militaire sont issus de "L'infanterie en un volume, Manuel d'instruction militaire" (Librairie Chapelot, 1914), trouvé sur le site Gallica.
A partir du 27 janvier, et de son arrivée au front, la source principale est les Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
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1er janvier

- Une nouvelle année. Et encore la guerre.
- Comme si de rien n’était, on continue à nous instruire.
- On nous parle des maladies vénériennes, qui se contractent surtout pendant l’exercice des fonctions sexuelles.
- Elles ont pour point de départ les organes de la génération, sont contagieuses et constituent un véritable danger pour les individus. 
2 janvier
- Le chargement réglementaire est composé de la plaque d’identité, chemise, caleçon, ceinture de laine (pour les troupes alpines)
- …pantalon de drap, paire de bretelles, mouchoir, brodequins, cravate, capote, paquet individuel de pansement, képi, cartouchière, fusil.
- Dans le paquetage : chaussures de repos, dessous et chemise de rechange, chiffons destinés au nettoyage du fusil
- boîte à graisse, gamelle, cuillère, vivres de réserve, savon, livret individuel, outils portatifs.
- La demi-couverture est roulée et fixée en fer à cheval, encadrant le dessus et les côtés du sac.

3 janvier
- Les deux cartouchières de devant reçoivent chacune quatre paquets de cartouches, celle de derrière trois.

4 décembre
- Tout militaire a droit à une solde, à partir du moment de son arrivée à la caserne.
- Elle cesse le jour de sa mise en route en permission, à l’hôpital, à la fin du service ; en cas d’absence irrégulière ou décès.
- Le simple soldat reçoit une solde de 5 centimes par jour.

5 janvier
- Les militaires ne doivent pas se livrer aux jeux de hasard.

6 janvier
- La plaque d’identité contient, au recto, le nom et premier prénom du soldat, son année de recrutement.
- Au verso, la subdivision de région et le n° de matricule.

7 janvier
- Connaître son ennemi est important : on nous enseigne aussi l’artillerie allemande.
- Elle tire deux sortes de projectiles : le shrapnel, qui produit une gerbe pleine et longue, et l’obus explosif, qui a une gerbe creuse.
- Savoir se protéger de l’artillerie ennemie, marcher sous le feu ennemi, actions à mener en priorité lorsqu’on prend des pièces d’artillerie

8 janvier
- L’honneur militaire et les sentiments d’humanité ont donné naissance à des règles qui imposent certaines obligations aux combattants.
- Non : il n’est pas vrai que, pour être courte, la guerre doive être sauvage.
- Son but n’est pas l’extermination de l’ennemi, mais sa soumission.
- Les militaires doivent donc connaître les textes qui régissent la guerre continentale : convention de la Croix Rouge et règlement de 1899.

9 janvier
- Le commandement supérieur fixe le but. Le commandement subordonné conserve l’initiative du choix des moyens.

10 janvier
- La tenue doit être pour tous uniforme et réglementaire.
- Les tenues sont au nombre de 4 : tenue de travail, tenue de sortie, grande tenue, tenue de campagne.
- Les militaires portent les cheveux courts, la moustache (avec ou sans la mouche) ou la barbe entière.

11 janvier
- Nous touchons nos nouveaux uniformes gris-bleus. La couleur est agréable, et surtout beaucoup plus discrète que le rouge en usage jusque là.

12 janvier
- Il fait froid. Je pense aux pauvres bougres qui couchent dehors, dans les tranchées.
- Ces pauvres bougres, ce sera nous bientôt.

13 janvier
- En principe, nulle troupe en marche ne doit être coupée par une autre.
- Si deux colonnes se rencontrent, pour une cause quelconque, celle commandée par l’officier le plus élevé en grade a priorité.

14 janvier
- Nous révisons les travaux de destruction sommaire que nous serrons amenés à effectuer sur le front : voie ferrée, ligne télégraphique

15 janvier
- Certains jeux réclament un grand déploiement de force ou un effort longtemps soutenus. C’est pourquoi ils sont recommandés au service armé.
- Nous jouons donc régulièrement à chat perché, à la mère Garuche ou à l’épervier.

16 janvier
- Les jeux de ballons se jouent sur des terrains unis et doux aux chutes (pelouse ou sable).
On peut jouer au « football Rugby » à 15 joueurs ou au « football Association » qui se joue à 11.

17 janvier
- On nous parle des Allemands : l’histoire de la guerre de 1870, la composition de l’armée, les tenues.

18 janvier
- Une troupe voyant un dirigeable sur le point d’atterrir doit se tenir prête à aider ses manœuvres et lui porter secours.

19 janvier
- On nous enseigne aussi à reconnaître un aéroplane en approche d’atterrissage, et comment l’y aider.

20 janvier
- On nous annonce aujourd’hui que notre instruction se termine bientôt et que nous allons rejoindre nos affectations respectives sur le front.
- Au lieu des six mois habituels, nous n’aurons fait qu’un peu plus de quatre mois.

21 janvier
- On nous explique l’organisation des transports de troupes en train.
- Tout est pensé, jusqu’à la position de la gamelle sur le havresac de façon à être plus facilement enlevée.
- Les wagons à marchandises aménagés peuvent contenir entre 30 et 40 hommes.

22  janvier
- Alors que mon instruction touche à sa fin, je me rappelle les premiers enseignements.
- Le soldat ne doit pas seulement obéissance à ses chefs, mais surtout la confiance la plus absolue.
- Tout soldat doit accepter courageusement, avec bonne humeur, les fatigues qui lui sont imposées.
- Il ne perd jamais de vue que le dévouement mutuel facilite la vie commune et l’accomplissement du devoir militaire.

23 janvier
- En un peu plus de quatre mois nous avons appris la connaissance et l’utilisation du terrain, l’orientation, la transmission d’un ordre.
- Nous sommes devenus des soldats.

24 janvier
- Autour du journal, nous nous demandons sur quel front chacun va être envoyé.
Le Petit Journal, 23 janvier 1915

25 janvier
- Je n’ai pas vraiment peur. Je suis juste malheureux d’avoir quitté des êtres qui me sont chers et que je ne reverrais peut-être jamais.

26 janvier
- Cette fois, c’est le front : je pars demain.
- Ce soir c’est les adieux : je quitte François, Raoul, Jean Émile, Paul, Henri et les autres

27 janvier 
- Dans ce train qui me conduit avec les autres recrues, j’ai l’impression que la rupture avec ma vie d’avant est définitivement consommée. [ 1 ]  
- Plus on approche du front, plus les convois de blessés, en sens inverse, deviennent nombreux. [ 1 ]
François, Raoul, Paul vous reverrai-je ? En tout cas je vous emporte avec moi.
23ème Bataillon de Chasseurs Alpins, décembre 1917, alpins.fr
- Je suis envoyé au 23ème BCA, 5ème Cie. Le commandant se nomme Fabry.
- Quelle chance ! Désiré vient aussi au 23ème BCA.
- J’arbore dignement « la tarte », le béret des BCA.
- On dit que sa taille a été calculée pour qu'on puisse y glisser les pieds en entier en cas de besoin !
- Le cor de chasse orne le col de ma vareuse. Fierté d’appartenir au 23ème BCA.

28  janvier
- Me voilà dans les Vosges. Le Bataillon reste provisoirement à Wesserling.
- Au loin, j’entends le lugubre feu roulant des canons. [ 1 ]
- Un grondement qui me paraît bien plus redoutable que les canons entendus pendant nos classes.
- Au-delà des arbres, on voit la fumée des bombardements. [ 1 ]
- Le Bataillon est fractionné en deux parties.
- Une section se tient prête à marcher, l’autre fournit des travailleurs pour finir d’organiser une position éventuelle de repli.
- Des reconnaissances sont organisées : 2 officiers et 8 hommes partent reconnaître les différents passages alentours.

29 janvier
- Le Bataillon se tient prêt à partir au premier signal.

30 janvier
- Des reconnaissances sont exécutées pour déterminer la nature et la praticabilité de la crête du Nord à la Tête de chien.

31  janvier
- Travaux de tranchées.



[ 1 ] Inspiré de « Ils rêvaient des dimanches » de Ch. Signol