« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

mardi 28 février 2017

#Centenaire1418 : février 1917

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de février 1917 sont réunis ici.

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
___ 

1er février
Étape de Docelles à Dounoux par Arches et Hadol.
Carte Docelles-Dounoux

2 février
Installation au cantonnement à Dounoux.

3 février
1ères manœuvres de cadres au camp d’Arches.

4 février
1ères manœuvres avec la troupe.

5 février
2èmes manœuvres de cadres.

6 février
2èmes manœuvres avec la troupe.

7 février
Repos. Critique à la mairie d’Arches.

8 février
3èmes manœuvres avec la troupe.
 
Soldats courant, 1914 © Gallica

9 février
Le bataillon se remet à l’instruction : individuelle, combat de groupe, évolutions, défilés…
Mutations d’officiers.

10 février
Changements de corps : mutations de chasseurs.

11 février
Comme hier.

12 février
Aucune note pour ce jour.

13 février
Aucune note pour ce jour.

14 février
Aucune note cette semaine.

21 février
Manœuvre de division : marche d’approche, recherche de contact.

22 février
Aucune note ce jour.

23 février
Ordre de bataillon n°140.

24 février
Ordre de bataillon n°141.

25 février
Aucune note ce jour.

26 février
Ordre de bataillon n°141 (sic). Préparatifs de départ. La 47e Division se rend en Haute-Alsace par voie de terre.

27 février
Nous faisons mouvement : ordre de marche du bataillon depuis le camp d’Arches sur Fougerolles.
Grand-halte à 4km SO de Plombières : nous cantonnons à La Ramousse.
Carte Arches-La Ramousse

28 février
Étape sur Citers. Passage à La Ramousse à 6h20. Grand-halte à 200m Nord du passage à niveau de Citers. Arrivée au cantonnement vers 14h.
Carte La Ramousse-Citers


samedi 18 février 2017

#RDVAncestral : Louise, mariée à 12 ans

Les petites sautillaient autour de Louise, admiratives. Marie 8 ans, Estiennaz 5 ans et même Claudine 2 ans, sur ses petites jambes malhabiles, imitant ses grandes sœurs. C'est la nouvelle robe de Louise qui suscitaient ainsi l'admiration. Clauda, leur mère, les surveillait du coin de l’œil, occupée aux tâches quotidiennes de l’entretien de la maison. Je ne sais pas où est Benoite, la sœur aînée âgée de 16 ans. Depuis le décès du petit Jean Antoine qui n'a vécu que 3 mois, il n'y a que des filles dans la maison.

Je regarde Louise. La nouvelle robe lui plaît, bien sûr. C'est pas tous les jours que sa mère lui confectionne une nouvelle robe. Mais en même temps elle a l'air un peu triste. Elle regarde le coffret en bois qui l'attend. C'est son père Benoît, laboureur, qui l'a fabriqué après ses journées de travail, dans le plus grand secret. Il est petit et ne contient que quelques rares effets : sa robe de tous les jours, une aune de toile et deux serviettes un peu usées. Mais c'est le sien. Ça lui a fait bien plaisir quand son père le lui a donné hier soir.
Mais ce coffre et cette robe, c'est aussi le signe du départ. Aujourd'hui Louise quitte sa famille. Elle va dans la vallée voisine, autant dire le bout du monde ! Reverra-t-elle ses proches ?

Et surtout... Ce voyage n'est pas ordinaire, comme quand on va à la foire ou dans un autre village pour une veillée. Non, cette fois Louise s'en va pour suivre son mari. Ce Claude qu'elle a épousé ce matin en l'église de Lantenay. Elle ne le connaît pas ce Claude. Elle sait juste qu'il est tailleur d'habits. En plus il est vieux ! Il a au moins 20 ans, voir plus ! Du haut de ses 12 ans, pour Louise, c'est un vieillard... Car, oui, Louise n'a que 12 ans et vient de se marier.


Jeune fille vintage © via littlepinkstudio.typepad.com sur Pinterest

- Bon allez, ça suffit maintenant !
Clauda met fin au chahut des petites.
- Le charriot est prêt : c'est l'heure.

Louise sent les larmes lui monter aux yeux. Il faut dire que sa mère n'en mène pas large non plus. C'est sa petite qui la quitte aujourd'hui, tout de même. Je crois qu'au dernier moment, le courage lui manque. Je propose donc d'accompagner Louise : d'un signe de tête Clauda me remercie.
Je prends le coffret sous le bras et Louise par la main. Nous sortons de la maison sans un mot et nous nous dirigeons vers le charriot qui attend la jeune épousée.

J'essaie de la réconforter comme je peux, mais il est vrai qu'avec ma mentalité du XXIème siècle j'ai un peu de mal à me réjouir d'une mariée de 12 ans ! On dit en général que le mariage est le plus beau jour dans la vie d'une femme. Mais à 12 ans... Ces usages ne sont plus dans nos habitudes et sont presque devenus choquants pour nous. Cependant Louise tient fort ma main dans la sienne, accrochée à moi comme un noyé à une bouée. Alors j'essaie de lui parler, de la rassurer.

- Ne t'inquiète pas Louise : il n'est pas si vieux ce Claude. Il n'a que 21 ans [Bon, c'est le quasiment le double de ton âge, mais ça pourrait être pire... : décidément, il y a des choses qui ne sont pas bonnes à dire]. Tu vas avoir ta maison à toi. Et bientôt des enfants. Et puis Brenod, n'est pas si loin.

Nous sommes déjà arrivées au charriot. Je pose le coffret et j'installe confortablement Louise, une couverture autour des épaules : à près de 1 000 m d'altitude en plein mois de novembre il peut faire très froid sur les routes. Elle semble un peu réconfortée. Je sais que son inquiétude va passer avec le temps. Et puis, dès l'année prochaine elle mettra au monde un fils; suivi de trois autres enfants. Après le décès de Claude, elle se mariera à nouveau. Elle aura cette fois 27 ans et déjà presque toute une vie derrière elle. Encore deux enfants. La vie qui continue. Finalement Louise s'éteindra à 59 ans.


Louise Baland, mon ancêtre à la 13ème génération (sosa n°5371) est à ce jour la plus jeune épousée de ma généalogie : mariée le 13 novembre 1657 à Lantenay (Ain) à 12 ans seulement avec Claude Massonet (âge probable : 21 ans).

Pour les curieux : afin de se rappeler de la différence entre nubilité (âge à partir duquel on peut se marier) et majorité matrimoniale (âge à partir duquel on peut se marier sans le consentement parental ni celui d’un tuteur) au cours du temps, voir le récent article du blog de Stefieh Ils étaient une fois... bienvenue chez mes ancêtres "N comme nubilité et majorité matrimoniale").


samedi 11 février 2017

L'armée des ombres

Il en va ainsi en général : nous aimons les chiffres ronds. Et en la matière je viens d’en atteindre un. Un assez conséquent. Pour paraphraser une célèbre citation : "je partis seule et nous arrivâmes 10 000."

10 000 c’est un cap… « C'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! » dirait certain. Je répondrais juste : « non, ce n’est qu’un arbre ». Un arbre généalogique qui affiche aujourd’hui 10 000 individus, selon mon logiciel de généalogie : mes ancêtres directs et leurs frères et sœurs (quand je les ai trouvés : leur recherche n’a pas été systématique), quelques beaux-frères ou belles-sœurs  pour les plus proches parents.
9 999 sont donc derrière moi, clairement identifiés ou plus flous, « invisibles » (c'est-à-dire que j’ignore presque tout d’eux) ou mieux connus, voire carrément familiers à force de patientes recherches - et trouvailles.
Ils sont là, à veiller sur moi. Ou plus probablement à m’ignorer complètement, ne se doutant pas un seul instant que 600, 400, 100 ou même 50 ans un(e) de leurs descendant(e)s s’amuserait à les faire sortir de l’ombre où le temps les a patiemment installés.

Foule © via dreamstime.com

Ce travail (bien que le mot semble fort inapproprié en l’occurrence) a fait émerger pauvres gens et riches notables, fermiers laborieux et nobles familles, mort-nés vite ondoyés et vieillards chenus. Il m’a fait voyager dans plusieurs pays, au sens propre comme au sens figuré :
  • 4 pays : France, Suisse, Autriche, Belgique,
  • 18 régions (celles d’avant la réforme de 2016),
  • 31 départements français,
  • 305 paroisses et/ou communes.

Les généalogistes disent souvent (ou entendent dire) qu'il y a dans chaque arbre généalogique un roi et un pendu :
  • Je ne suis pas encore remontée assez pour trouver un roi, mais une belle famille noble qui m'a emportée jusque dans les années 1320 (sous le règne du roi Jean II) - les générations antérieures étant sujettes à caution. C'est la branche la plus longue et la plus ancienne de mon arbre. Elle me mème en (Haute-)Savoie (actuelle). Ma mère est à l'autre extrémité de cette longue branche...
  • De pendu, point non plus; mais un grand oncle assez tapageur qu'on a envoyé se calmer dans un bataillon d'Afrique au début du XXème siècle; ce qui n'a eu guère d'effet puisqu'il a été à nouveau condamné, cette fois par un tribunal militaire. C'est finalement la boue d'une tranchée de la Somme qui aura raison de sa rébellion (comme je l'ai raconté dans cet Hommage aux Poilus). 
  • Par contre j'ai un saint (ou presque) : saint François de Sales, fondateur de l'ordre de la Visitation, est le cousin germain de mon ancêtre direct Gaspard de Sales (la fameuse famille noble citée plus haut).
  • J'ai aussi dans mon arbre un "bastard", une fille "donnée" (à la naissance ?) et un fils illégitime, mon arrière-arrière-grand-père, qui m'a privé d'une grosse branche de mon arbre...

10 000 en vrac, cela donne :
  • Villevêque (Maine et Loire) est le lieu qui compte le plus d’événements (naissance, mariage décès) : 593. 67 paroisses/communes n’en comptent qu’un seul.
  • 1381 patronymes ont surgi du passé. Le plus commun : Le Tessier (109 porteurs) : de braves pêcheurs, pontonniers, laboureurs, vignerons ou marchands des Pays de la Loire, assis sur la branche paternelle et angevine de mon arbre. Mon propre patronyme n’arrive qu’en 6ème position avec 54 porteurs ; 561 ne concernent qu'un seul ancêtre, 24 n’ont pas été identifiés (désignés sous le patronyme de Xxx).
  • 630 prénoms ornent mon arbre. La palme revient à Marie (1 136 porteuses), puis viennent Jean (797), Pierre (697), Jeanne (687), François et Françoise (975 à eux deux). Très classique en somme. 127 n’ont pas été transcrits (Xxx), 267 ont joué les originaux : porté par une seule personne – et heureusement parfois : Yolente, Premier, Rouph, Neymod, Miaz, Ildefonce (Ah ! non, tiens ! ils sont deux ceux-là en fait…), Felisonne, Etragie, Brenguier, Anoye. Quelques un(e)s ont adopté le nom de saints locaux, plus ou moins oubliés aujourd’hui : Vital (nom de plusieurs saints, en France et à l’étranger), Opportune (sainte normande), Maurille (saint évêque d’Angers, Maine et Loire), Fare (sainte de Seine et Marne), Barbe (sainte, grande martyre des églises orthodoxes et catholique)…
  • Ces ombres tutélaires ont, de leur vivant, exercé 207 métiers différents (à ma connaissance : nombreux n’ont pas livré leur secret sur ce point) : paysans, commerçants, artisans, marchands, notables, sans profession (ce qui recouvre de multiples situations : nobles, retraités, épouses de…). De laboureurs (164 personnes) à sarger - ouvrier fabriquant des étoffes ou tissus de laine, de la serge (1 seul) : une grande partie de la société, et de sa diversité, est représentée.
  • 315 ont signé au moins un document au cours de leur vie. Ce faible pourcentage s'explique par le fait que je n'ai enregistré que les signatures de mes ancêtres directs, et non les 10 000 en entier.

Au fait ! le n°10 000 est Benoît Monet, fils de Pierre (sosa n°718, ancêtre à la Xème génération, né vers 1677 dans l'Ain). Benoît fait partie des invisibles : cité dans plusieurs actes concernant sa sœur comme "frère", bien identifié comme fils de Pierre, je n'ai trouvé aucun acte le concernant directement. De plus sa mère n'est pas nommée; or Pierre a eu deux épouses : je ne sais donc même pas laquelle est sa mère. Benoît n'étant pas un ancêtre direct, mais un collatéral, il ne porte pas lui-même de numéro sosa... Mais c'est le n° 10 000 de mon arbre !



samedi 4 février 2017

#Généathème : généalogie côté insolite

Je n’ai pas souvenir d’en avoir rencontré après la Révolution, sans doute à cause des pages pré-remplies et à la rigueur des officiers d’État civil. Cependant, lorsque que c’était les curés qui tenaient les registres de baptêmes, mariages et sépultures (BMS), il n’est pas rare de croiser quelques digressions dans la marge ou carrément au sein du registre. Plus ou moins longues, cela peut être un dessin, le compte rendu d’une visite pastorale, le détail de travaux faits sur l’église. Très courantes sont les observations météorologiques (deux d'entre elles furent à l'origine de l'article L'effet papillon sur ce blog).

Je me rappelle avoir lu le récit d’une avalanche particulièrement destructrice, sur les hauts plateaux de l’Ain. Mais impossible de retrouver la date et la paroisse concernée ! Depuis, et sur les conseils de @gazetteancetres, à chaque fois que je rencontre une de ces mentions insolites, je l’enregistre dans un dossier dédié.

C’est ainsi que je peux aujourd’hui facilement ressortir celle-ci (parmi d'autres). Il s’agit d’une note d'un curé, nommé Récamier, en poste à Villes (Ain) dans les années 1730. La note commence sur l'avant dernier feuillet du registre BMS de la paroisse, à peu près au milieu d'une page (celle-ci débutant comme il se doit par les mentions de baptêmes et de décès, avant de laisser place audit commentaire). Sur le feuillet suivant, le début de la page concerne un acte de baptême, finalement rayé avec cette note dans la marge « il est écrit dans le registre suivant ». Tout le reste de la page est occupé par la fin de la fameuse note du curé. Ce qui suppose qu'elle a été écrite à postériori, là où il y avait de la place. Cette note est une véritable diatribe, au ton plutôt vif. Car, inutile de le cacher plus longtemps, M. le Curé est – de toute évidence – très en colère.
Un conflit l’oppose à l’un de ses paroissiens… pour une question d’argent.

Mais notre curé colérique ne manque pas d’ironie, commençant son texte par cette formule savoureuse « J’aurais laissé dans un entier oubli ce qui suit ». Il explique comment Pierre Bernard, orphelin de père, avait été placé en apprentissage chez un marchand toilier durant six ans. Le curé pense qu’il y a simplement « perdu son temps ». De retour chez sa mère et ses sœurs, il porte des accusations contre le curé, sans toutefois lui en parler directement mais en répandant des commérages « dans ce vilage ». Il prétend en effet « que ses parents avaient contribué aux réparations de l’église » ; « quoy que cela est très faux » rétorque le curé, insistant sur la « sotte vanité » dont fait preuve son paroissien. Il précise même que le père, feu Claude Bernard, « n’a jamais fourny ny un sol ny la valleur dicelluy pour la batisse en réparation de notre église ». Contrairement à « tous les autres habitants [qui y ont] contribué », chacun selon leurs capacités : « les uns en naydant à creuser les fondations », les autres en fournissant « les matériaux comme sable et pierre », voire en « faisant un four à chaux ». Et tous ces travaux ont été réalisés les jours de fêtes (normalement chômés), grâce à une autorisation spéciale de l’évêque. En lisant cette note, on perçoit la tension du curé crisser sous sa plume, à tel point que, tellement énervé contre son paroissien, il se refuse même à écrire de nouveau son nom, disant simplement « de l’autre part nommé ». On sent sous cette mention que des insultes, bien peu chrétiennes, auraient pu se libérer d’un coup. Quand à l’argent fourni, car il y a bien eu des dons en argent, « le curé soussigné […] en remercie Dieu de luy en avoir donné la pensé [= de s’en être rappelé ?] […] il est vray que il y a eu environ 130 livres qui ne sont pas de mon bien mais que je ne déclare pas non [plus] quelles proviennent d’aucune restitution mais elles sont venue d’une bourse dont le propriétaire n’en a pas scu l’employer, pieux et legitime. »

Non mais !

Diatribe à Villes, registre paroissial de Villes, 1734 © AD01

[première page] « J’aurais laissé dans un entier oubli ce qui suit mais
la sotte vanité de Pierre fils de feu Claude Bernard et
qui appres avoir perdu son temps  chez un marchand
toilier où il avait été mis pendant six ans par ses
parents pour y apprendre ce negoce, s’est venu revivre
dans sa maison a villes avec sa mere et ses sœurs , disoit
dans ce vilage, que ses parents avaient contribué aux
réparations de l’église de ce lieu quoy que cela est très
faux, je déclare que claude bernard enfant de feu Pierre
Bernard et qui socupoit à faire valoir son moulin
n’a jamais fourny ny un sol ny la valleur dicelluy
pour la batisse en réparation de notre église quoy que
tous les autres habitants y ayant contribué chacun [?]

[seconde page] comme il a pû les uns en naydant à creuser les
fondations les autres a fournir les matériaux comme
sable et pierre et tous a lexclusion dudit [… ?] qui est
de lautre part nommé, en faisant un four à chaux 
et le tout les jours de fetes par la permission
accordée par le seigneur eveque et tout largent fourni
par le curé soussigné qui remercie Dieu de luy
en avoir donné la pensé et le pouvoir de leffectuer
Il est vray que il y a eu environ 130 livres qui ne sont
pas de mon bien mais que je ne déclare pas non quelles
proviennent d’aucune restitution mais elles sont
venue d’une bourse dont le propriétaire n’en a pas
scu l’employer pieux et legitime ny pu le scavoir
cest tout ce que jassure en me signant
Recamier curé »

mardi 31 janvier 2017

#Centenaire1418 : janvier 1917

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de janvier 1917 sont réunis ici.

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
___ 

1er janvier
Le chef de bataillon est rentré de permission et reprend le commandement du bataillon.

2 janvier
Un caporal de notre Cie est blessé en allumant une fusée éclairante : il a une brûlure au bras.

3 janvier
RAS

4 janvier
Démolition par une patrouille de la 9e d’une sape boche près de Lesseux. Activité plus grande de l’artillerie ennemie.
Reçu des renforts : 1 adjudant, 2 sergents, 4 caporaux, 30 chasseurs.

5 janvier
Légère activité de l’artillerie. Écoute du génie : faible activité de l’ennemi.

6 janvier
14h : une batterie tire une cinquantaine de coups sur Lesseux. 2 fusils brisés, 1 observatoire démoli, pas de blessé.

7 janvier
Une Cie en marche est signalée sur la route de Provenchères. Relève de la faction de chasseurs à cheval à la croupe de Lesseux.

8 janvier
De 11 à 12h 16 obus de 77 et 10 de 105 vers la ferme brûlée (NO de Lesseux).

Explosion © soldatsdelagrandeguerre.wordpress

9 janvier
Tir de destruction sur 607 : un seul blockhaus semble avoir été touché. Écoute du génie : travail actif à 9h dans la demi-lune de droite.

10 janvier
Les tirs de destruction prévus sont confirmés, entravés par le brouillard qui a gêné l’observation. Les boches ont riposté plus vigoureusement que la veille.

11 janvier
Continuation des tirs de destruction prévus sur 607. La riposte allemande n’est pas violente.

12 janvier
Écoute du génie : aucun bruit dans les deux demi-lunes.

13 janvier
Le matin à diverses reprises une quinzaine d’obus de gros calibre tombe sur le plateau de Lesseux.

14 janvier
Dans l’après-midi 3 avions allemands et 2 français survolent nos lignes.

Biplan allemand de reconnaissance © wintzenheim1418.free.fr

15 janvier
Une trentaine d’obus (105 et 77) tombent sur la croupe de Lesseux.
Écoute du génie : bruits irréguliers, variés (coups de masse, de mine, pistolets).

16 janvier
RAS

17 janvier
Faible activité de l’artillerie ennemie.

18 janvier
Assez grande activité d’artillerie. En réponse à notre artillerie, les boches envoient 10 obus de gros calibre sur Lesseux.

Obus allemand © militaria-14-18.fr

19 janvier
Comme la veille l’artillerie boche riposte tout au long de la journée. Écoute du génie : travail actif dans la demi-lune de droite.

20 janvier
De 11 à 13h une quarantaine d’obus tombent, faisant de faibles dégâts. Écoute du génie : de nombreux bruits indiquant un travail actif.

21 janvier
Relève de la section de cavaliers par la 9ème Compagnie.

22 janvier
En vue de la relève du bataillon qui doit s’effectuer le 24, le capitaine Bonnet vient en reconnaissance. Un avion boche survole nos lignes.

23 janvier
Légère activité d’artillerie de part et d’autre. Bruits de circulation assez intenses au cours de la nuit vers Provenchères.

24 janvier
Nuit et journée calme. Deux avions allemands survolent nos lignes. Relève des 3 Compagnies. Nous allons vers Couinches.

25 janvier
Étape de Couinches à Corcieux. Arrivée à 11h. Nous cantonnons à la caserne.

26 janvier
Nous allons enfin pouvoir profiter un peu de repos.

27 janvier
Lits, douches, repas chauds…

Corcieux, casernes © Delcampe

28 janvier
Aucune note pour ce jour.

29 janvier
Maman écrit : les pénuries de farine s’accentuent. Déjà que l'année dernière avait été une très mauvaise année de récoltes de céréales.

30 janvier
Aucune note pour ce jour.

31 janvier
Départ pour Dounoux. Itinéraire : Socelles, Champ le Duc, Laval, Lepanges. Cantonnement à Docelles.

Carte Corcieux-Docelles



samedi 21 janvier 2017

#RDVAncestral : la colère de Jeanne

Jeanne marche d’un pas décidé, suivie d’Aubin Pineau, son beau-frère. Si rapide que j’ai du mal à les suivre. Les 2 kilomètres qui séparent la métairie du Tail du village de Saint-Aubin-de-Baubigné ne lui font pas peur : elle a l’habitude. La démarche pressée, les poings serrés, la bouche fermée, Jeanne est en colère. Et ce n’est pas le soleil de ce mois de juillet 1822 qui va lui rendre le sourire.

Jeanne s’apprêtait à épouser François Bénéteau, le fils aîné de l’ancien meunier de Changé à Nueil-sur-Argent. Aujourd’hui les deux parents du futur sont décédés et François est domestique. Cependant il apporte tout de même la valeur de 414 livres dans la corbeille du mariage. Après tout, elle, fille de métayers, placée aussi comme domestique, n’est guère plus riche et n’apporte que 271 livres. Et puis, son père est mort il y a déjà six ans et elle en a 22 maintenant : il faut qu’elle se marie. Ce François est un bon parti pour elle.

Jeanne m’a raconté la raison de sa colère : quand ils sont allés à la mairie pour déclarer leur intention de se marier, surprise, l’officier d’état civil leur a dit que ce n’était pas possible.
- Pas possible ? Et pourquoi donc ?
- Parce que vous n’existez pas ! lui a-t-on répondu !
- Et bien ça ! C’est trop fort : vous voyez bien que j’existe puisque je suis devant vous !
En fait l’officier d’état civil lui a expliqué qu’il ne trouvait pas son acte de naissance dans les registres (ou tout au moins ce qu’il en est resté après les combats violents qui ont ravagé la région à la fin du siècle dernier [*]) : sans ce document, pas d’existence légale. Pas de mariage.
- Mais alors, on ne peut pas se marier ?
- Ben, en fait si, il y a un moyen : il faut prouver que vous existez. Ça s’appelle un acte de notoriété : il faut que plusieurs témoins attestent de votre naissance. En général ce sont les parents qui font cette déclaration.

Jeanne est sortie de la mairie bien dépitée : son père est mort et sa mère est tellement malade qu’elle ne quitte plus son lit depuis plusieurs mois. Mais après un léger découragement, elle a repris espoir : deux témoins suffisent ; ils ne doivent pas obligatoirement être les parents.

C’est pour cela que nous marchons d’un pas vif vers la mairie : pour régulariser la situation de Jeanne et prouver qu’elle existe bien ! Arrivés devant la maison commune, nous retrouvons Pierre Sapin, tisserand à Rorthais. Nous entrons, Jeanne en tête bien sûr.

- Je viens déclarer que j’existe !
Elle est si décidée, que l’officier d’état civil ouvre son grand registre sans discuter ni perdre une minute. Et de sa fine écriture il écrit : « A comparu Jeanne le Beau laquelle nous a dit qu’elle ne se trouve pas portée sur les registres de l’état civil, à cause des troubles qui existaient lors de sa naissance ; qu’elle ne peut se faire représenter par sa mère à cause d’une maladie qui la retient au lit depuis près d’un an ; mais elle nous offre le témoignage de deux personnes dignes de confiance, notamment celui de Aubin Pineau son beau frère à cause de marie beau son épouse, et qui nous assure qu’elle est née le douze avril mil huit cent […] elle a déclaré ne savoir signer. » A leurs tours, Pierre Sapin et Aubin Pineau ont fait la même déclaration.

Acte civil reconstitué, Mauléon/St Aubin de Baubigné, 1822 @ AD79

Oui, maintenant Jeanne existe vraiment. Elle se détend un peu. Elle va pouvoir se marier. Le retour à la métairie est plus calme. Nous parlons à bâtons rompus, de ses rêves, de ses espoirs. Avec François ils comptent s’installer au Tail comme « cultivateurs » (comme on dit désormais). Elle espère avoir des enfants : trois ou cinq, elle ne sait pas encore ! Elle espère aussi que sa mère ira mieux et pourra se remettre.

Je lui dis que ses rêves se réaliserons sans doute parce que, vu son caractère bien affirmé, elle ne laissera sans doute personne se mettre en travers de son chemin. Il m’est difficile de lui raconter le futur et de lui dire que sa mère va se rétablir et vivre encore jusqu’en 1836. Qu’elle aura trois enfants (ou cinq, selon quelques généalogistes, mais personnellement, je n’ai pas réussi à prouver leurs liens de parenté…). Hélas, elle perdra une petite fille, âgée de trois mois seulement. Elle et François feront fructifier leurs terres : de la mère de Jeanne ils hériterons de 160 livres, mais lègueront à leurs propres enfants, 20 plus tard, 850 livres. Après le décès de François en 1859, c’est Jeanne qui tiendra les rênes de la borderie du Tail; le recenseur l’inscrivant même comme « chef de ménage ». J’aurais bien aimé lui demander où et quand elle va mourir à son tour, car je pers sa trace après le mariage d’un de ses fils en 1866, mais elle ne le sait pas elle-même : inutile de lui poser la question.

En tout cas, oui, à coup sûr Jeanne ne se laissera pas marcher sur les pieds et elle existera pour de bon cette fois !



[*] Il s’agit sans doute des suites des guerres dites « de Vendée », qui ont ravagé la région à l’époque post-révolutionnaire (au moment de la levée en masse, en 1793, la révolte ou rébellion vendéenne, s'est déclenchée, dans un premier temps comme une jacquerie paysanne classique, avant de prendre la forme d'un mouvement contre-révolutionnaire). Elles se sont étendues aux Deux-Sèvres ; Saint-Aubin-de-Baubigné se trouvant à dizaine de kilomètres de la « frontière » vendéenne. Beaucoup de registres de cette époque sont lacunaires ou totalement manquants. Quelques actes ont été reconstitués plusieurs années plus tard ; comme c’est le cas pour Jeanne ici.


samedi 14 janvier 2017

#Généathème : paléographie mon amour

Je suis autodidacte en paléographie : jamais formée officiellement, j’ai appris sur le tas. Au début grâce au déchiffrage des actes d’état civil ou paroissiaux. Ce ne fut pas très compliqué : textes courts, formules toujours quasi identiques. Quelques nouveaux patronymes m’ont parfois fait trébucher. Puis j’ai étendu mes recherches généalogiques à d’autres sources :
  •  Recensements,
  • Listes électorales,
  • Registres de succession,
  • Cahiers de doléances,
  • Registres militaires…
Les premiers ne sont qu’une liste de noms. Parfois quelques métiers viennent s’ajouter, certains restants obscurs. Les derniers sont un peu détaillés et un peu mystérieux (ah les abréviations militaires !).
Et puis je suis tombée dans les registres notariaux :
  • Contrats de mariage,
  • Testaments,
  • Inventaire après décès,
  • Ventes,
  • Quittances,
  • Affermages,
  • etc…
C’est à cause de ma grande-cousine Bernadette qui m’a prêté les copies des actes qu’elle avait photographié. Au début j’ai bien galéré : les photos n’étaient pas toujours de bonne qualité (question de flous ou bien simplement de reliures trop serrées…). J’ai parfois essayé de redemander des photos des originaux aux archives départementales, mais entre temps, les registres n’étaient plus consultables. Alors j’ai fait avec. Mes premières armes ont commencé dans les tranchées !
La paléographie c’est comme une langue étrangère : tu perds très vite si tu ne pratiques pas. Au début, mes transcriptions étaient pleines de trous : en plus de l’écriture propre à chaque notaire (et à laquelle il faut se réhabituer à chaque fois), il y avait de nouvelles formules que je ne connaissais pas. J’ai aussi compris l’importance des règles d’orthographe : les césures entre les mots, l’écriture phonétique, les lettres qui existaient autrefois dans les mots (disparues au fil du temps…). Et puis il y a les mots régionaux, que tu ne connais pas parce que tu n’habites pas la région en question ou même parce qu’ils ne sont plus utilisés aujourd’hui. Cela m’a d’ailleurs inspiré un article sur le blog, qui a beaucoup de succès : le Bescherelle de la généalogie.
Puis, petit à petit, d’un acte à l’autre, d’un notaire à l’autre, le brouillard a commencé à se dissiper. Je ne dis pas que je suis devenue une pro, mais globalement je comprends assez bien le sens de ce que je lis. Et il faut bien l’avouer : c’est nettement plus enrichissant d’explorer ces sources que les simples actes d’état civil. Cela donne du corps, de la chaire à la vie de nos ancêtres. Pauvres ou riches, citadins ou campagnards, on découvre leurs cadres de vie, leurs us et coutumes. Leur existence quoi. Maintenant que j’ai acquis une certaine expérience, je me dis que je devrais reprendre un à un les premiers actes difficilement déchiffrés parce que je serai sans doute capable de les transcrire beaucoup mieux aujourd’hui. Mais je n’ai jamais eu le courage (sans compter qu’au fur et à mesure des mises en ligne, le tas de documents en attente de transcription s’est largement étoffé).
Ce généathème est l’occasion de me replonger dans ces premiers documents.

Brève explication de transcription personnelle :
  • j’ai laissé l’orthographe d'origine
  • quand je ne suis pas sûre d’un mot je le fais suivre d’un [ ?]
  • quand je n’arrive pas à déchiffrer un mot (ou une suite de mots) je mets un [… ?]
J’ai choisi ici un document au hasard : nous sommes dans l’Ain en 1710. Il s’agit d’un contrat de mariage. Petite originalité : il a été rédigé six mois après le mariage ! Pour les courageux qui ont envie de voyager avec moi, je remets la photo du document, la transcription originale (2013) et les corrections apportées aujourd’hui :
  •  un mot rayé suivi d’un autre en gras est signe d’une seconde lecture corrigée aujourd’hui,
  • un [ ?] ou un [… ?] rayés : de même.
A noter :
  • les « griffonnages » (sic) dans la marge n’ont pas été transcrits !
  • avant ce contrat de mariage, les protagonistes étaient connus comme François Jannay et Andréanne (ou Andrianne, Andréaz, Andriaz) Buffard. Dans l’Ain les surnoms sont courants, d’où celui donné au père d’Andréanne « Bon garçon ».
  • j’ai parfois ajouté un espace pour une meilleure compréhension du texte, symbolisé par un tiret bas _.
  • à la relecture, je me suis aperçue que j’avais sauté une ligne (deux fois) et donc oublié une portion de phrase : texte retranscrit en gras.
CM Jannay François, 1710 © AD01



1          Mariage entre françois fils d’aymé
Jehannay de la laverhne d’une part et
Andreaz fillie de feu_jean buffard dit bon
garçon des gallanchon d’autre

5          Comme ainsy soit que mariage aye esté cy devant Traitté
en face de nottre mere Saincte Eglise et du depuis [ ?] consommé
entre françois fils d’aymé Jehannay demeurant la grange de la
[Laverhne en interligne] paroisse de_lalleyriaz d’une part et andreaz fillie de feu jean
Buffard dit bon garçon, et de bernardine Jacquiod cary du lieu
10        des gallanchon paroisse d’ardon d’autre, Les conventions
duquel les parties nont encor faict redigées par escrit pour
ne s’estre [… ?] Trouvés en commoditté de ce faire, dans laquelle
estants [… ?] a_presant elles ont desires exiger faire rediger leurs dittes
convention par[… ?]  escrit aux fins qu’il en soit mémoire,
15        Pour ce est il qui le que ce jourd’huy neufiesme juin mil sept cent
et dix apres midy, par devant le nore [notaire] royal soubsigné, et
presents les_temoins bas nommés fut presente lad[ite] bernardine
Jacquinod cary [deux mots rayés] veuve dudit jean buffard, la mere
delad[ite] andreaz buffard Laquelle ayant le present_mariage
20        pour agreable et se rejoüyssance d’icelluy, a_donné et
constitué comme par ces presentes [… ?] elle donne constitue * a lad[ite]
andreaz buffard sa fillie, et pour elle audit jehannay son
mary icy presant et occupant icelle buffard procedant
de_l’authorité dud[it] françois jehannay sond[it] mary qui precede procède
25        aussy de celle dudit aymé jahannay son père de mesme icy přt [present]
a_scavoir La_somme de quatre vingt Livres, un couvert pour couverture
moitie laine, et moitie fillet [ ?], et un coffre bois noyer_fermant
a_clef, payables laditte constitution par les héritiers de laditte jacquinod
une année apres son décès avec interests passé le terme icy
30        par aupres [ ?] lequels [ ?] au dossier [ ?] vingt du consement [ ?] des parties
[mot rayé] [… ?] tenan [ ?] lad[ite] constitution pour tous droit maternels
quel [… ?] que_lad[ite] andreaz buffard pourroit avoir esperer, et_pretendre
aux biens de sad[ite] mere en quoy quils constituent en [ ?] et puissant [ ?] puissent
connaitre constitue mesme endroit de largument [ ?] l’augment de ladite Jacquinod cary
35        a tous [… ?]  lesquels droits icelle andreaz buffard de l’authorité dud[it]
françois Jehannay son mary qui procede toujours de celle dud[it]
aymé Jehannay son père elle a renoncé, et renoncera purement
et simplement en faveur de sad[ite] mere se [… ?] recognue puissant [ ?] tant [ ?] bien
[… ?] portionne en et plus que legitime saufs a loyalle [… ?] eschautte [ ?]
40        quand du de droit elles luy arrivera, sest [… ?] establye
laditte andreaz buffard, laquelle sest constitue en faisant faveur
des [… ?] du cy presant mariage elle, et tout, et uns chascuns ses biens
qui consistent en la somme de cent livres, une vache, une
chevre, une brebis, un habit de bon drapt, vingt aulnes de toille
45        de menage, et trois aulnes de [… ?] mentil le tout a elle legue
par feu jean buffard son ayeul, et la et Honnette Thomasset son
ayeule par un testament mutuel reçu ledit jedit nore [notaire]  le
quatorzieme quatriesme may mil sept cent quattre [… ?] biens, en et hoiries
desquels au moyen dudit legat et dudit argument [ ?] augment d’icelluy aux
50        termes portés par led[it] testament quelle andreaz buffard de
lauthorite quelle procede a renonce, et renonce, par le presant
aussy bien quai droit de largument laugment de lad[ite] thomasset en faveur
de claude, et françois buffard dit bon garçon ses freres sauf
toujours sa loyalle estiennette eschautte [ ?], laquelle constitué, en et legat
55        cy dessus lesd[it] jehannay père et fils promoteur promettent assignes [… ?]
le suffisants biens chose [ ?] quil auront le tout reçu au proffit
de laditte andreaz buffard, car de laugment suivant la
coustume de ce pays, en la qualité des parties mesme [… ?] lesd[its] chacuns
père de nourrie [ ?] nourrir, celeste [ ?] et tous et entretenir dans sa communion [ ?] led[it] françois
60        jehannay son fils dans sa ferme et sa famille [ ?] en y
[… ?] travaillant de tous leur possible le tout ny [… ?] sy sont este ainsy
faict [… ?] connu et accordé entre lesd[ites] parties lesquelles ont 
promis d’avoir a gre, et respectivement observe tout le
contenu au present contrat sans jamais y contravenir [ ?] contrevenir
65        directement ny indirectement, a_peyne [ ?] de tous depens,
dommages et interests, [… ?] soub obligation de tous leurs biens dottant dottaux et
paraphe [ ?] un a un de lad[ite] Jacquinod cary, constitutions, soubmissions,
renonciations, et clause requises, faict et passé a chatillon
jour des foires dessus les galleries de la maison [… ?] a
[... ?]  present louis moyen dit bechar de monsieur demeurant [… ?],
70        [... ?]  de chatillon, et claude fils de louis moyen
dit bechar de cheysery [… ?] a [… ?]
temoins requis qui n’ont ny les parties signés pour ne
scavoir de ce enquis * en dot et mariage
75        Perrin notaire royal


Bon, il reste quelques trous, mais j'ai progressé tout de même. Maintenant il me reste 31 autres documents trouvés aux archives de l'Ain (mes premiers) à reprendre... Si j'en ai le courage !