« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. C’était après un orage, dans cette odeur de terre et de pierres mouillées qui réveille si bien en nous un écho oublié, venu du fond des âges. Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression – la conviction ? – qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

— Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

vendredi 17 avril 2015

Des enfants exposés

Le berceau de mes ancêtres éponymes se situe à Conques en Rouergue (aujourd'hui département de l'Aveyron). En feuilletant les registres, j'ai rencontré un phénomène inédit (pour moi en tout cas) : la présence d'enfants exposés.

Ces enfants sont abandonnés à proximité de l’hôpital. De pères et de mères inconnus, on leur trouve des parrains/marraines et ils sont alors baptisés. Ces actes se ressemblent beaucoup en général, mais on peut distinguer quelques variantes : en voici quelques exemples, sur une décennie prise au hasard (1771/1782).

 Abandon d'enfant, © Geneancetre

Lieu de dépôt de l'enfant : le plus souvent c'est l'hôpital de Conques
  • "a été trouvé exposé devant la porte de l'hôpital un enfant de père et mère inconnus" 
  • "a été trouvée exposée dans la rue de l'hôpital une fille à père et mère inconnus"
  • "a été trouvé exposé devant la porte de l'église un enfant à père et mère inconnus"
  • "a été trouvée devant la porte de l'hôpital une fille à laquelle nous avons donné le baptême"
  • "a été baptisé sous condition un enfant trouvé à nous présenté par l'hôpital" (cf. plus bas)
  • "a été baptisé un enfant trouvé de père et mère inconnus à nous présenté par l'hôpital de Conques" 
  • "trouvée devant la porte de l'hôpital de Conques"

Parfois les enfants sont trouvés plus loin :
  • "un enfant à père et mère inconnus qui a été trouvé exposé devant la porte de l'église"
  • "a été trouvé exposé dans la rue"
  • "fille trouvée au delà du pont de Conques"
  • "a été trouvée exposée au fond du faubourg une fille à père et mère inconnus"
  • "a été trouvée exposée au delà du pont de Dourdou une fille à père et mère inconnus"
  • "fille a père et mère inconnus exposée à la porte de monsieur le curé de Saint Marcel [paroisse voisine] dans la nuit du vingt et un au vingt deux [...] et a été remise et portée à l'hôpital de cette ville ledit vingt deux"
  • "fille a père et mère inconnus exposée à Calviguière [ ? ] paroisse de Saint Marcel [...] remise à l'hôpital de Conques"

Les parrains et marraines ont souvent des liens avec l'hôpital :
  • ce sont des pauvres dudit hôpital : Jeanne Chauri, Anne Gaillac, Joseph Calmel, etc...
  • des filles de l'hôpital ou "fille associée audit hôpital" : Marie Vidal, Marie Albespy
  • une femme veuve demeurant à l'hôpital [marraine non nommée]
  • des servantes audit hôpital : Marie Anne Garric, Anne Morisset
  • des marraines dites "restantes à l'hôpital de Conques" : Marie Jeanne Vidal, Jeanne Delagnes

Plus rarement, parrains et marraines n'ont aucun lien avec ledit hôpital :
  • Louis Carles, "de la présente paroisse"
  • Delphine Doumergue, "du faubourg"
  • Catherine Fraysse, "de la paroisse de Grandvabre"
  • et d'autres dont les liens ne sont pas précisés : Jean Teissonier, Marie Anne Planhol, Pierre Fabre...

Certains sont parrains ou marraines plusieurs fois :
  • Joseph Salesse et Jean Costes "pauvres de l'hôpital" - quatre fois
  • Pierre Chatelie "garçon à l'hôpital" (1774), "pauvre de l'hôpital" (en 1776 et 1777 : il n'est plus signalé comme tel les années suivantes) - cinq fois
  • Elisabeth Marc et Marguerite Garric, "servantes", puis "filles restantes audit l'hôpital" - trois fois
  • Catherine Selves "servante audit hôpital" - deux fois
  • Joseph Delagnes "demeurant audit l'hôpital" - trois fois
  • Catherine Landes "de la paroisse de Grandvabre" - deux fois

Lorsque l'enfant est une fille elle n'a pas de parrain, et inversement lorsque c'est un garçon il n'a pas de marraine.

Dans deux cas, les marraines sont elles-mêmes d'anciennes filles exposées, habitantes dudit hôpital.

Une seule fois, il est fait mention d'une lettre accompagnant l'enfant... mais comportant bien peu d'informations (sinon l'essentielle) : "avec un billet portant quelle n'était point baptisée".

En général deux témoins complètent l'assemblée; ce sont souvent Pierre Chatelie (lorsqu'il n'est pas lui-même parrain) et Antoine Lagarrigue. Ce dernier est cordonnier. Tous les deux signent les actes.

Trois enfants sont "baptisés sous condition". Le baptême efface le pêché originel. Un enfant mort sans baptême est condamné à errer éternellement dans les limbes. C’est pourquoi il faut le baptiser au plus vite (en général le jour même) : quelque soit le temps, il faut se rendre à l'église la plus proche. Un enfant mort-né ou en danger de mort à la naissance est "ondoyé" par la sage femme ; acte qui lui ouvre le ciel en cas de décès (c’est l’une des raisons pour lesquelles la sage-femme était nommée par le curé et prêtait serment). Ensuite, le prêtre baptise le nouveau né "sous condition" : il suffit que les témoins attestent qu’ils ont aperçu un mouvement du cœur, un semblant de respiration, le tressaillement d’un doigt, un souffle L’enfant mort, retrouve la vie quelques instants, le temps de recevoir le baptême. [ 1 ]

On ignore l'âge de la plupart de ces enfants exposés. Seuls deux actes précisent que l'enfant est "âgé d'environ trois ou quatre mois" et "d'environ un an". Ils n'ont sans doute en général guère plus de quelques jours car, lorsqu'ils décèdent, on compte à partir dudit baptême considérant qu'ils viennent de naître.

Exceptionnellement, ce sont des jumeaux qui ont été trouvés : ainsi "le 14 octobre 1777 ont été trouvés deux garçons de père et mère inconnus". Deux "pauvres dudit hôpital" leur ont été attribués comme parrains.

Entre 1771 et 1782 ces enfants exposés représentent 46 des 243 baptêmes enregistrés sur les registres, soit près de 19 % [ 2 ]; ce qui est tout de même assez conséquent.

Quel aura été l'avenir de ces enfants ? Difficile de le dire. On sait néanmoins que les enfants jumeaux exposés en 1777 "ont été donnés à l'hôpital".
L'un d'entre ne survivra pas, puisqu'à la date du 18 octobre de la même année il est signalé le décès "à l'hôpital d'un enfant [...] âgé de deux ou trois jours".
Sans doute les autres ont-ils suivis le même chemin, car, sur ces 46 enfants, sur la même période, 18 ont été retrouvés et signalés "décédés à l'hôpital"; ce qui nous laisse supposer que ces enfants y sont élevés. Une seule enfant est signalée "décédée au village de Camaly sur la présente paroisse"; âgée de deux mois et demi, était-elle placée en nourrice ?

Qu'est-ce qui fait qu'il y a tant d'enfants exposés à Conques ? Est-ce le fait que c'est un lieu réputé de pèlerinage ? Est-ce une histoire de climat rigoureux ou de disette particulièrement sévère à cet endroit, à cette époque ?
L'histoire ne le dit pas. Puissent certains d'entre eux avoir survécu et avoir eu une vie plus belle qu'elle n'avait commencé.


[ 1 ] Source : le blog de Geneanet.
[ 2 ] Ce chiffre ne prend en compte que les enfants exposés; les enfants illégitimes nés de pères inconnus ont été comptabilisés avec les naissances "normales".

vendredi 10 avril 2015

Maison, broussailles et bois sapin

Les Archives de Haute-Savoie ont récemment mis en ligne les mappes sardes.

Ce sont des plans parcellaires réalisés entre 1728 et 1738, sur ordre du roi Victor-Amédée II de Piémont-Sardaigne (rappelons que la Haute-Savoie n'est rattachée à la France qu'en 1860 suite au traité de Turin), désireux de réformer et moderniser le système fiscal de son royaume. Il s'agissait d'établir une mesure fiable, sinon équitable, des biens fonciers, par catégorie et par parcelle, afin de mieux lever l'impôt foncier, la taille.

Après de longs travaux de repérage, bornage et cartographie sur le terrain par des équipes de géomètres, calculateurs et estimateurs, les plans définitifs furent tracés sur papier aquarellé, et plus tard monté sur tissu. Leur taille est très variable : de quelques m² à 66 m² pour le plus grand.

Les mappes constituent donc un des plus anciens cadastres d'Europe puisqu'il remonte au premier tiers du XVIIIe siècle. Les plans sont accompagnés de différents registres cadastraux :
  • Les livres de géométrie : ils énumèrent les parcelles dans l'ordre des numéros portés sur la mappe; c'est pourquoi on les nomme également livres des numéros suivis.
  • Les livres d'estime : rédigés avec l'aide des estimateurs, ils reprennent la description des parcelles par numéros suivis en les classant par "mas" (lieux-dits), en les affectant d'un "degré de bonté" (productivité) et en précisant la nature des cultures et le rendement annuel.
  • Les tabelles préparatoires : appelés également cadastres minute, ces livres représentent un état plus élaboré car refondant les données des livres d'estime, ils leur adjoignent les contenances des parcelles en mesures de Piémont et de Savoie Propre, mais ils les classent cette fois par ordre alphabétique des propriétaires.
  • Les tabelles alphabétiques : ces livres sont constitués par un ou plusieurs forts registres oblongs, solidement reliés en parchemin et formés de feuilles du cadastre imprimées, très soigneusement et clairement calligraphiées.
  • Les cottets à griefs : cahiers contenant les réclamations formulées par les intéressés lors de l'affichage dans la communauté, du cadastre préparatoire. Ils sont généralement annexés aux livres d'estime ou aux tabelles préparatoires.

Ces documents fournissent des informations sur le nom et statut des propriétaires, la superficie des parcelles et leur degré de bonté, la nature des cultures, etc... Certains volumes ont disparu, mais un grand nombre subsistent.
L’administration sarde se heurta très vite à la difficulté de tenir à jour les mutations foncières. Les mappes restent néanmoins l'instrument de référence jusqu'à la mise en œuvre des cadastres français dans les années 1860.

Le statut du propriétaire est classé en cinq catégories : Noble, Ecclésiastique, Bourgeois, Communier, Forain.
Le degré de bonté de la parcelle en comporte trois : 0 pour une terre de nul produit, 1 pour une excellente parcelle, 2 pour une moins bonne, 3 pour une parcelle médiocre.
L'estime précise la nature des cultures : vin, froment, blache [ 1 ], fève, cavalin [ 2 ], foin de bœuf [ 3 ], foins de cheval [ 3 ], etc...

C'est ainsi que j'ai découvert que mon ancêtre Tabrelet Pierre, demeurant en la paroisse de Morzine, possédait :
  • 3 maisons, pour un total de 470 m², à Culet, Le Grand Mas et La Combe au Jean
  • 14 champs (fèves, cavalin, foin de bœuf), pour un total de 18 314 m², à Culet, Le Grand Mas, Le Nant de l'Isle, Chantarel, Les Grangettes
  • 1 pré marais, 218 m², à Culet
  • 6 pâturages (foin de bœuf essentiellement), pour un total de 8 034 m², à Culet, Le Grand Mas, Chantarel, Les Grangettes
  • 1 murgier [ 4 ], 101 m², à Culet
  • 4 prés (fèves, cavalin), pour un total de 11 017 m², à Culet, La Combe au Jean, Le Ravaret
  • 2 jardins, 195 m², à Culet, La Combe au Jean
  • 1 pré verger, 202 m², au Grand Mas
  • 2 bois sapin, 7 857 m², à Picarron, Le Ravaret
  • 1 place et grenier, 101 m², La Combe au Jean
  • 2 granges, 138 m², aux Grangettes, Le Ravaret
  • 1 place, 72 m², aux Grangettes
  • 1 broussaille, 243 m², aux Grangettes
  • 2 marais, 6 261 m², aux Grangettes
Total : 41 parcelles, 53 223 m².

Informations précises et précieuses car le testament de Pierre ne m'a signalé aucune de ces possessions.

Aujourd'hui les deux premières maisons de Pierre ont été remplacées par un vaste club de tennis (une dizaine de courts). A l'emplacement de la troisième il y a bien une maison, mais la parcelle semble avoir évolué et le bâti doit être plus récent. Le grenier attenant a, quant à lui, disparu.

Exemple de localisation d'une de ses maisons sur la carte moderne et la mappe :


Pachon Claude François est un peu moins possessionné : 28 parcelles, pour un total de 20 116 m².

Avec Baud Claude, j'ai eu moins de chance. Le moteur de recherche m'indique en effet plusieurs Claude : 
  • Claude fils de feu Claude dit Parvay, 
  • Claude et Jean fils de feu Claude, 
  • Claude fils de feu Claude et ses frères. 
Moi-même, dans ma généalogie, je compte déjà deux Baud Claude, fils de Claude (le premier ayant aussi un frère prénommé Claude !). Il m'est donc impossible de déterminer si les résultats de la requête correspondent à un ou plusieurs de mes ancêtres.

Les plus de cette mise en ligne :
- Les registres recensant les propriétaires et renseignements divers (numéros de parcelles, surfaces, occupations) accompagnent les plans. Les autres services d'archives se contentant de mettre en ligne les plans, sans les matrices, ce qui ne sert à rien : si on ne peut pas identifier les propriétaires des parcelles, inutile de les voir.
- Un état précis des possessions de nos ancêtres.
- La comparaison entre l'état ancien et l'occupation du sol actuelle.

Les moins de cette mise en ligne :
- Comme pour l'état civil [ 5 ] les mappes numérisées ne couvrent pas la totalité du département : sur les quatre communes qui m’intéressent, trois ne sont pas numérisées.
- Un seul clic pour identifier les parcelles de votre ancêtre c'est bien, mais après il faut 5 heures pour les trouver sur la mappe ! En effet, l'option "localiser" renvoie à une Google map moderne, mais pas sur les plans originaux; qui sont souvent des documents vastes et donc assez long à ouvrir avec un niveau de zoom suffisant pour voir les numéros de parcelles.
- Le mode d'emploi qui les accompagne n'est pas complet. Un certain nombre de termes ne sont pas définis et restent obscurs.
- Le cartel qui s'ouvre sur la carte (moderne donc) associé à la parcelle comporte des informations qui restent elles aussi totalement mystérieuses : degré de bonté : 2, estime 1 : foin de bœuf, quantité 1 : 6. Il faut aller chercher ailleurs la traduction de ces précieuses informations.
- Une recherche facile et multicritères, mais en tapant un patronyme le moteur de recherche indique parfois "aucun résultat" : ne pas s'y arrêter car en cliquant sur "rechercher" on obtient tout de même des résultats.
- A chaque recherche, une fenêtre s'ouvre signalant que le script ne répond pas. Si on ne le débogue pas correctement, la localisation de la parcelle s'ouvre sur un emplacement situé en plein milieu de l'océan près d'Hawaï !

A mon sens, cette mise en ligne des mappes sardes est une très bonne initiative, mais la mise en œuvre reste un peu limitée, notamment au niveau des explications pour les profanes et quelques problèmes techniques



[ 1 ] Variété de roseaux qu'on utilise comme litière ou dans l'alimentation du bétail; Synonyme de blachère.
[ 2 ] Mélange de céréales.
[ 3 ] Fourrage.
[ 4 ] Tas de pierres provenant de l'épierrement du sol.
[ 5 ] Une annonce de la mise en ligne de tout l'état civil de l'arrondissement de Bonneville m'a mise en joie... avant la douche froide : par exemple deux tables de la fin du XIXème seulement sont en ligne pour la commune de Samoëns. Bien décevant.

vendredi 3 avril 2015

Mes arrière-grands-parents étaient lapidaires

Mon arrière-grand-père Jules Assumel-Lurdin et son épouse Marie Gros ont été (entre autres) lapidaires. Ouvriers lapidaires.
C'est l'occasion de faire un zoom sur ce métier.

L'ouvrier lapidaire est un tailleur de pierres précieuses (sauf le diamant : travail qui était réservé au diamantaire). Le mot lapidaire vient du latin "lapis" qui signifie pierre. On distingue les pierres précieuses (agate, diamant, émeraude, grenat, topaze, etc...) des pierres semi-précieuses (jade, onyx, etc...). De nombreuses croyances ou superstitions sont liées aux pierres et à leur (supposé) pouvoir. Elles peuvent protéger (de la maladie, de la mauvaise ivresse...) ou porter bonheur. Chaque pierre est associée à une période de l'année; ainsi un mari volage, lorsqu'il offrait un diamant à son épouse en avril, s'épargnait des scènes de ménage ! [ 1 ]

Les lapidaires étaient aussi parfois appelés cristalliers ou "perriers de pierres natureus". Ils aimaient à se distinguer des "perriers de verre" qui fabriquaient et travaillaient des pierres artificielles.

Cette tradition de taille de pierre se retrouve dans le Nord de l’Ain et le Haut Jura. Elle remonte à une époque où les horlogers catholiques genevois, fuyant la Suisse et le calvinisme à partir du XVIème siècle, s'installent par-delà la frontière. Ils s'étaient installés comme agriculteurs ou éleveurs et, comme pendant les mois d’hiver ils ne pouvaient travailler la terre, ils ont repris leur métier, la taille de pierres. A l'origine, ce métier était utile à la confection des mécanismes des montres. 

Ce "métier" étant un travail temporaire, saisonnier, c'est pourquoi on le trouve associé à d'autres métiers. Dans le cas de Jules Assumel-Lurdin, il est dit "lapidaire" en 1896 (lors d'un recensement) et la même année cultivateur (sur sa fiche militaire).

C’est donc une activité annexe au travail de la terre, un précieux complément de ressource, qui s’inscrit parfaitement dans la petite industrie de montagne que l’on pratiquait à domicile à l'époque. Ce métier ne nécessite pas d’outillage très important (on peut s’installer dans la cuisine par exemple), ni une grande force; c’est pourquoi les femmes exercent ce métier couramment. C'est le cas de Marie Gros, donc, en 1916. On utilise alors un simple établi avec une grande roue (mesurant de 40 à 50 cm) entraînée par une courroie une meule de bronze (pour la taille) ou de carborundum (pour le polissage). Avec sa main gauche, l’ouvrier fait tourner la grande roue qui entraîne la meule. 


Lapidaire, D. Chatry

Si la taille des pierres précieuses (émeraude, rubis, saphir, topaze) est assez bien rémunérée (environ 15 francs/jour), celle des pierres synthétiques (strass) l’est environ dix fois moins. L’une et l’autre de ces activités sont néanmoins vues comme pénibles, voire dangereuses pour la santé à cause des poussières dégagées par les meules.


En 1901 Jules est dit "patron" (dans les listes de recensement) et il semble employer - uniquement - son jeune frère, de six ans son cadet (bien que le prénom du patron ne soit pas cité, mais on ne retrouve pas d’autre employé l’ayant comme patron dans la commune). Cet accès au "patronat" ne signifie pas forcément qu’on soit passé à une échelle plus "industrielle" (utilisant une force hydraulique comme force motrice) : les "lapidaires en chambre" employaient parfois plusieurs personnes. 

Plus tard, Jules sera dit cultivateur (1896, 1902) et scieur (1905, 1906) avant de devenir, d'une façon plus durable, garde forestier (à partir de 1905). Mais ça, c'est une autre histoire...


[ 1 ] G. Boutet : La France en héritage, éd. Omnibus

mardi 31 mars 2015

#Centenaire1418 pas à pas : mars 1915

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois de mars 1915 sont réunis ici. 

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
___ 

1er mars
Les compagnies de tranchée s’organisent comme hier.
Maman m’a écrit : Joseph Jay est mort. Ça s’est passé le 24 février, mais je ne l’apprends que maintenant.
Dire qu’on a fait les 400 coups avec les jumeaux Jay, au pays.
Maintenant il n’y a plus qu’Alphonse et moi. Sans nouvelle de lui, j’espère qu’il est encore vivant.

2 mars
Compagnies de tranchées : la 6ème en 1ère ligne, une section de la 11ème et de la 5ème en 2ème ligne.

Ordre du Bataillon n°7 :

"Le Caporal Muletier Conducteur JF. Mus est cassé de son grade et remis chasseur de 2ème classe :

Il a toléré que les muletiers prennent pour leur usage personnel les couvertures affectées aux mulets du peloton.
Signé le chef du Bataillon Commandant le 23ème Bataillon de chasseurs, Fabry."

3 mars
Compagnies de tranchées : la 2ème en 1ère ligne, une section de la 5ème et de la 1ère en 2ème ligne.
Une forte reconnaissance est exécutée par la 5ème Compagnie sur Altenholen-Steinabrück.
Elle révèle l’existence d’avant-postes ennemis sur les pentes Sud-Ouest du Silhacker-Wasen.

4 mars
Compagnies de tranchées : la 3ème en 1ère ligne, une section de la 5ème et de la 1ère en 2ème ligne.
Le Bataillon est relevé aux avant-postes par le 6ème de Chasseurs et reçoit l’ordre d’attaquer le Sattel et le Reichackerkopf.
Préparation de l’attaque et repos pour le Bataillon.
Désiré dit qu’il s’est trouvé une nouvelle fiancée : elle s’appelle Rosalie et mesure 1,90 m !
C’est le petit nom qu’il a donné à son fusil Lebel coiffé de sa baïonnette.

5 mars
Voici ce fameux Reichackerkopf, au dessus de Metzeral, qu’on doit prendre.

Reichackerkopf, ansichtskartenversand.com
On vient d’apprendre que l’attaque est ajournée pour permettre une liaison plus efficace  avec l’artillerie et notamment l’artillerie lourde
Les tentatives faites à cet égard dans la journée du 4 mars ayant paru insuffisantes et les résultats obtenus incomplets.

6 mars
Le Bataillon a reçu pour l’attaque du Reichackerkopf l’ordre d’exécution définitif dans la nuit du 5 au 6 mars.
Entre 1h30 et 4h30 les compagnies occupent, pendant la nuit et sans éveiller l’attention de l’ennemi, les tranchées et boyaux de communication établis sur les pentes Est du Sattelkopf (positions de défense du 51ème BCA) face au col et à la position ennemie.
Vers 9h30, bombardements de la position ennemie par des pièces d’artillerie lourde et de 75 pendant une heure environ.
A 11h, tir d’efficacité d’une particulière violence, exécutée pendant 10 minutes, par la même artillerie.
Ce tir d’efficacité précède immédiatement l’attaque du Bataillon.
Le Bataillon doit attaquer successivement le petit et le grand Reichackerkopf.
Il doit en assurer la possession en cherchant à progresser sur les pentes Nord Est et Sud Est.
Le dispositif des forces au moment de déclenchement de l’attaque est indiqué dans le schéma ci-dessous :
Extrait JMO, 23ème BCA, Mémoire des hommes
La coopération de l’artillerie à l’attaque est réalisée, après l’exécution du tir d’efficacité.
1° par l’allongement du tir de l’artillerie lourde et de 75, sur les pentes NE et S du Reichackerkopf pour former barrage.
2° pendant la traversée même du col et le déclenchement par l’appui de 2 pièces de 65.
Elles ont été mises de nuit dans la tranchée même de départ de l’attaque à 500m environ de la position à attaquer.
3° par l’accompagnement de l’attaque proprement dite, dans une sorte de cadre de barrage exécuté par des pièces de 65.
Elles sont placées à Altmatten, Wida et Sägmatt et battent le terrain en avant et sur les flancs du Bataillon.
Exécution : les deux sections de mitrailleuses bu Bataillon établies dans les tranchées de départ arrosent les deux pitons pendant la traversée du col par les premières fractions d’infanterie.
La 6ème Cie bondit hors de ses tranchées avec la fin du tir d’efficacité (11h06), traverse le col par section et progresse à travers bois.
La suivante sort de ses abris en même temps et vient peu à peu se mettre à sa droite.
Avec un bel élan elles montent de concert les pentes N du Petit Reichackerkopf, malgré la fusillade et la canonnade ennemie.
La 4ème compagnie sort de ses abris ; elle doit assurer, par un dispositif échelonné, la protection du flanc droit de l’attaque.
Le feu ennemi se fait de plus en plus violent. Il se concentre sur le col, sans doute pour gêner l’intervention de nouvelles forces.
Notre compagnie, la 5ème, est poussée immédiatement au-delà du col, au pied des pentes du petit Reichackerkopf. Je suis séparé de Désiré.
- Ne bougez pas ! cria le Caporal, restez où vous êtes !
Je m’enterre autant que je peux, la tête protégée par mon sac. Je sens quelque chose de lourd sur mon dos. Un morceau de tronc ?
Quand le vacarme cesse, j’essaye de me relever. Difficile. Je roule sur le côté et réussit à me défaire de mon fardeau. J’ai la nausée.
Ce n’est pas un tronc, mais un homme qui est tombé sur moi. Ou plutôt les deux moitiés d’un homme, car il a été coupé en deux.
Continuant à avancer, je comprends que l’idée que je me suis faite de la guerre, de ses dangers, ne sont rien en comparaison de la réalité. [ 1 ]
La 3ème Compagnie reste en réserve à l’Ouest du col.
Le petit Reichackerkopf est enlevé en quelques minutes mais sur le grand Reichackerkopf la résistance ennemie se fait plus opiniâtre.
Malgré les obstacles (abatis, fils de fer), l’offensive énergique et rapide des chasseurs emporte le grand sommet.
Grâce à l’élan et l’entrain des troupes, les deux sommets du Reichackerkopf sont enlevés à l’ennemi dès 11h45.
Vers 12h nos troupes cherchant à progresser sur les pentes N et E sont arrêtées par le tir de notre propre artillerie.
Son allongement est insuffisant. Nos troupes ne peuvent continuer leur poussée en avant.
A ce moment se produit une violente contre attaque, dirigée contre le grand Reichackerkopf.
Les compagnies résistent malgré les difficultés d’un terrain très couvert et des attaques très violentes. Les baïonnettes sont utilisées.
Avec la 5ème Compagnie on vient combler l’intervalle entre les deux sommets et on s’y maintient énergiquement.
Face à la contre attaque de plus en plus violente, la 3ème, gardée primitivement en réserve, se joint aux troupes.
Des renforts de troupes, demandés par le commandant du Bataillon, franchissent le col vers 15h.
Le renforcement ainsi obtenu permet désormais de briser l’élan de toutes les contre-attaques ennemies.
Une rumeur gonfle et s’intensifie le long des boyaux de la tranchée : le Commandant de Bataillon Fabry est blessé 
Parce que tous l’aiment et le respectent, les cœurs se serrent, les poings se crispent, l’inquiétude se lit sur tous les visages.
Les dernières tentatives partielles de l’ennemi sont enrayées vers 18h.
Le Commandant Fabry a bien été blessé vers 16h par une balle de shrapnell au genou. Le Capitaine Vergez l’a remplacé à la tête des troupes.
De mon côté, je suis affligé : Désiré a disparu. Il était avec moi depuis septembre 14. A la vie à la mort.
J’ai essayé de le localiser dans le fracas des canonnades. J’ai appelé son nom. En vain.
Un grand vide. Pressé contre un arbre, je tente d’étouffer mes cris de douleur et de désespoir.
Nuit du 6 au 7 mars : plusieurs contre-attaques partielles sont tentées par l’ennemi sur les deux sommets.
Toutes enrayées, nos positions sont entièrement conservées.
Les Compagnies s’efforcent de se retrancher et de créer en avant de leurs positions des défenses accessoires (abatis, fils de fer…).
La nuit est employée à l’évacuation de nombreux blessés, dont la recherche est rendue très difficile par l’obscurité.
Lambert Eugène Suau a lui aussi disparu. Sans doute gît-il parmi les nombreux morts qui émaillent le champ de bataille. 
Encore un copain qui s’en va.

7 mars
On a été réveillé à 6h à cause d’une violente fusillade.
Suite à une communication téléphonique, nous devions prendre contact avec le 62ème Bataillon de Chasseurs.
A 7h le contact a été établi, mais on a appris que le 62ème et les autres compagnies étaient en train de se replier.
On apprend que nos pertes d’hier s’élèvent à 450 hommes environ, soit près de la moitié de l’effectif engagé.
Pendant toute la matinée, fusillades et bombardements intermittents de nos positions.
A 10h la canonnade ennemie devient extrêmement violente.
A 11h, une puissante contre-attaque ennemie est dirigée contre notre front, particulièrement  acharnée sur les pentes du Reichackerkopf.
Plusieurs fois enrayée et reprise, elle donne lieu à des actions remarquables dans lesquelles nos chasseurs luttent victorieusement.
Vers 16h la contre-attaque ennemie est définitivement repoussée sur le grand Reichackerkopf, après de grosses pertes ennemies.
Sur le petit Reichackerkopf, nous parvenons à reprendre la tranchée que les ennemis ont évacuée non sans opposer une résistance acharnée.
Vers 18h, reprise par l’ennemi du bombardement de nos positions et du col.
Nuit du 7 au 8 : fusillade intermittente sur tout le front.
Tentative d’attaque  sur le front du grand Reichackerkopf, facilement repoussée.
Bombardement intensif de nos tranchées au moyen de grenades à main.
L’évacuation de blessés et le ravitaillement des unités (vivres, munitions, outils) peuvent être assez facilement réalisés pendant la nuit.

8 mars
Fusillade intermittente sur tout le front et bombardement des positions pendant la journée (notamment vers 8h, 11h et 16h).
L’ennemi a tenté une seule contre-attaque, vers 8h30, sur les tranchées du grand Reichackerkopf.
Très localisée et extrêmement vigoureuse, appuyée par un violent feu de mitrailleuses, elle est néanmoins repoussée.
La relève des unités du Bataillon est commencée dans la nuit.
Les unités mélangées le 6 mars (impossible à réorganiser sous la pression ennemie), sont relevées par le 24ème BCA par groupes de tranchées.

9 mars
Repos et mise en train de la réorganisation du Bataillon.
Ordre de Bataillon n°9 – Félicitations :
Le Colonel Commandant la 4ème Brigade de chasseurs me charge de vous adresser ses félicitations pour le bel effort fourni par le 23ème BCA pendant les journées des 6, 7 et 8 mars.
Je vous les transmets avec joie et fierté.
Vous avez répondu admirablement à l’appel que vous faisait votre chef de Bataillon le 21 février 1915, au moment de notre arrivée sur ce coin d’Alsace, où vous venez d’illustrer une fois de plus et l’arme des chasseurs et le 23ème Bataillon auquel vous appartenez.
Le magnifique élan de votre assaut, la résistance opiniâtre que vous avez opposée, sur la position conquise, aux efforts puissants et sans cesse renouvelés de l’ennemi, sont des faits glorieux dont le Bataillon a le droit de s’enorgueillir.
Je  fais des vœux pour le rétablissement de tous ceux qui ont été blessés en faisant bravement leur devoir, en particulier de notre chef le Commandant Fabry, qui avait si habilement préparé cette action et qui, blessé, n’a pu assister à sa belle réussite.
Gardons pieusement à cœur, avec le désir de les venger, le souvenir de tous nos camarades tombés dans cette gloire.
N’oublions pas que demain exigera encore de nouveaux efforts et de nouveaux sacrifices ; que la victoire est faite non seulement des assauts brillamment emportés, mais de l’effort patient, rude, ininterrompu, pour surmonter les fatigues, les privations et les dangers journaliers, et qu’elle restera en définitive à celui qui aura tout supporté résolument avec le plus d’endurance, d’énergie et de cœur.
Au Gaschney le 9 mars 1915, le Capitaine Commandant provisoirement le Bataillon, signé : Vergez
Extrait d’une lettre du Commandant Fabry au Capitaine Vergez ;
J’ai le cœur brisé de vous quitter. Dites au Bataillon que je le chéris comme mon enfant, et qu’il a fait hier une chose merveilleuse. Dites à tous que je ne demande qu’une chose au 23ème Bataillon : ne jamais reculer. S’il ne le veut pas, personne ne saurait le faire reculer !
Ah ! Mes braves chasseurs ! Dites-leurs bien que je me sens sans eux comme un corps sans âmes ! …


Commandant Fabry
Le Capitaine Vergez nous fait lire cet extrait, de façon que nous sachions en quelle affection le Cdt Fabry nous tient.
Et combien nous lui devons aussi en réponse d’affection et de dévouement.

10 mars
Le Bataillon reste sur ses emplacements.
Corvées diverses dans la nuit pour du transport de matériel nécessaire à l’organisation défensive de la position du Reichackerkopf.
Ordre du Bataillon n°10 : citations à l’ordre du jour du Bataillon des soldats et officiers distingués des 6/9 mars.
Ce sont des blessés retournés au combat malgré la douleur, sans se plaindre. Des exemples de courage et de camaraderie, sauvant des blessés sous le feu ennemi.
Des chasseurs sortis des tranchées malgré les fusillades pour aller chercher des munitions.
Des volontaires pour aller au devant de lignes battues par les mitrailleuses ennemies.
47 chasseurs sont nommés et distingués.
Par suite des récentes pertes, des évacuations pour fatigues et gelures, l’effectif du service de tranchées ne comprend plus que 85 fusils.

11 mars
Les 1ère, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème Compagnies et sections de mitrailleuses occupent leurs emplacements de bivouac.
Corvées dans les mêmes conditions que pendant la nuit du 10 au 11 mars.
Ordre de Bataillon n°11 : nominations au grade supérieur de 90 chasseurs en remplacements de soldats morts, blessés ou évacués.

12 mars
Les 1ère, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème Compagnies et sections de mitrailleuses occupent leurs emplacements de bivouac.

13 mars
Des unités du Bataillon relèvent le 24ème BCA dans les tranchées du Reichackerkopf et du Sattel.
4 gars ont disparu, ensevelis sous des tranchées bombardées.

14 mars
Avec la 3ème Compagnie, nous (ceux de la 5ème) sommes affectés aux tranchées du Reichackerkopf.
Nous subissons fusillades et bombardements.
Les balles passent en sifflant au-dessus des têtes. Peu nombreuses d'abord. Puis la fusillade devient plus nourrie, plus ajustée.
Les hommes atteints tombent avec une grâce étrange. Dans les bois, l'ennemi est à peine visible.
En avant. Il faut le joindre, le forcer à se montrer : allons, baïonnette au canon ! en avant ! en avant !
Le clairon sonne la charge et les assauts se succèdent. Nous défendons nos positions avec la fureur du désespoir.
Les tranchées sont si bouleversées, à peine reconnaissables. Survivants, nous nous installons dans des trous creusés à la hâte.
Tantôt sous la pluie battante, tantôt figés par le froid, sans couverture ni abri, nous attendons la relève.

15 mars
Par suite du bombardement intensif de la veille sur certaines tranchées, …
… bouleversées et inutilisables, l’ennemi a réussi à glisser pendant la nuit quelques hommes dans un des boyaux abandonnés.
Une contre-attaque est exécutée vers 11h30. Elle nous permet de bousculer les éléments ennemis et de leur faire des prisonniers.
Notre Compagnie, ainsi que la 3ème, après l’alerte à 11h en vue de parer à toute éventualité, retournons à notre bivouac.
Les tranchées bouleversées suite aux bombardements intensifs.
Tranchée bouleversée Hartmannswillerkopf, 1915, Gallica
On a appris avec tristesse que le Commandant Fabry a été amputé de la jambe, suite à sa blessure du 6 mars au Reichackerkopf.
Le voici définitivement éloigné du champ de bataille.

16 mars
Par suite de la relève du 51ème BCA, notre Compagnie et la 4ème sommes appelées la défense du secteur du Sattel.
Seule la 3ème Compagnie reste disponible au bivouac.
Les conditions de la défense sont pénibles.
Tout le travail possible se borne à l’amélioration des tranchées et à la pose de quelques défenses accessoires.
Les communications sont presque impossibles par le Sattel, continuellement battu.
La neige et le froid ajoutent à ces difficultés. Beaucoup de chasseurs, victimes de leur ténacité, sont évacués pour gelures graves.

17 mars
Mêmes dispositions que le 16.
Violent bombardement par pièces de gros calibre du col du Sattel. La 4ème compagnie est très éprouvée.
Maman m’a écrit : les cours de la viande explosent. Les animaux ont presque tous été réquisitionnés (pour les soldats, le trait et le cuir).
J’ai déjà perdu plusieurs de mes camarades, dont les familles vont recevoir la terrible nouvelle.
Une idée m’obsède : j’imagine ma mère voyant le maire à sa porte, avec l’enveloppe maudite. J’entends son cri.
Et c’est beaucoup plus douloureux que la vie quotidienne, même sous le fracas des bombes. [ 1 ]
Par suite de la nécessité de renforcer son front quelques éléments restant disponibles à la 5ème sont portés en ligne le soir vers 18h.

18 mars
Nuit du 17 au 18 sans incident.
Mêmes dispositions que le 17.
Le Commandant de la 4ème Brigade de Chasseurs adresse par la voie de l’ordre ses félicitations au 23ème Bataillon de Chasseurs ...
pour la vigueur et l’entrain avec lesquels il a enlevé le 6 mars le Reichackerkopf
… pour la bravoure qu’il a déployée en résistant, pendant trois jours et un temps affreux, aux contre-attaques ennemies.
Malgré des pertes sérieuses, il est resté maître de la position enlevée.
D’autre part, le Général Commandant le D.A.V. et le Général Commandant la 47ème Division, font connaître, à la date du 15 mars, …
… qu’ils ont été très satisfaits de la contre-attaque de ce jour, faite par le 6ème et le 23ème Bataillon
… et leur envoient l’expression de leur satisfaction.
Le 15 mars 1915, le Colonel Commandant la 4ème Brigade de Chasseurs, signé : Roux.

19 mars
Mêmes dispositions pour les unités du Bataillon.
Dans la nuit du 18 au 19 le 62ème s’est positionné sur le Reichackerkopf en vue d’une attaque dans la matinée.
Le Capitaine Commandant provisoirement le 23ème Bataillon se porte de sa personne au poste de commandement du Reichackerkopf.
L’ennemi a riposté par un violent bombardement de la position. Le 62ème s’est maintenu.

20 mars
Nuit du 19 au 20 : fusillades intermittentes.
La 3ème compagnie relève les gars de la 2ème vers 5h du matin sans incidents.
Le Capitaine Vergez Commandant le 23ème Bataillon rentre au poste de Commandement du Sattel à 6h.
Le commandement de la position est assuré par le Capitaine Anneau.
Situation : 2ème compagnie au repos ; 4ème, 5ème et 6ème aux tranchées de 2ème ligne du Sattel ;
1ère et 2ème compagnies aux tranchées de 1ère ligne du Reichackerkopf.
Dans la matinée, bombardements intensifs de la position par des pièces de tous calibres notamment du grand Reichackerkopf et du col.
Vers 11h, violente fusillade sur tout le front.
Un officier nous dit que l’ennemi tire beaucoup, mais qu’il ne se montre pas et qu’il ne paraît pas vouloir attaquer.
Vers 11h45 on apprend que l’ennemi a réussi à prendre pied sur la position et commence à couronner le sommet du Reichackerkopf.
Des renforts sont demandés d’urgence au Sattel par planton, le téléphone étant coupé.
Une première offensive ennemie. Puis une seconde.
Après avoir continué le plus longtemps possible leur résistance, les hommes se replient vers le col du Sattel violemment bombardé.

21 mars
Bivouac : 2ème Compagnie, éléments restants de la 1ère et de la 3ème.
Tranchées : 4ème, 5ème et 6ème Compagnies.
Deux cents hommes de renforts sont arrivés dans la nuit.
Ordre de Bataillon n°13 : Le Général de Division Joffre, Commandant en chef le groupe des Armées de l’Est, prononce l’affectation suivante :
M. Rosset Edouard est désigné pour prendre le Commandement du 23ème Bataillon de Chasseurs à Pied.

22 mars
Bivouac : 2ème, 1ère et 3ème Compagnies.
Tranchées : 4ème, 5ème et 6ème Compagnies.
Le 23ème BCA a perdu, depuis son arrivée au Reichackerkopf,  la presque totalité de ses cadres…
… et 610 gradés ou chasseurs sont hors de combat. C'est-à-dire plus de la moitié de ses effectifs engagés.

23 mars
Bivouac : 1ère, 2ème, 3ème et 4ème Compagnies.
Tranchées : 5ème et 6ème Compagnies.
Lors de nos classes, on ne nous a pas parlé du fracas des arbres brisés par les éclats, de la plainte sèche des troncs hachés.
De l’orage d’acier qui s’abat sur les soldats allongés, face contre terre. [ 1 ]
Les Compagnies regagnent leurs bivouacs à la nuit.
83 hommes de renforts venus de Grasse.

24 mars
Bivouac : 1ère, 2ème, 3ème et 4ème Compagnies.
Tranchées : 5ème et 6ème Compagnies.

La vieille vient, la vieille va…
la vieille eût pu s’arrêter là…

Elle a roulé toute la nuit
folle de sang, saoule de bruit…

Baisé des bouches ci et là…
(la vieille vient, la vieille va)

Tapis derrière un pare-éclat
nous étions trois serrés en tas.

(La vieille eût pu s’arrêter là)
Elle est allée jusque…là-bas;
elle a tué d’autres soldats!…

Dans le boyau le plus profond
maintenant s’est couchée en rond.

(Pendant ce temps nous dormirons)
La vieille ronfle… un soldat mort
entre les bras (fait froid dehors…)

Guetteur au créneau,
officier qui veilles,
n’aie pas peur-la vieille
dort le cul dans l’eau!

Grince un fil de fer…
une souris pince
dans un sac ouvert
une tranche mince
de fromage (à vers)…

La vieille dort… les hommes rêvent,
tout le ciel crève
en pluie et suie
sur leur ennui…

Dormez! la vieille
trop tôt s’éveille…
dormez! la Mort
éreintée, dort!

Des fusées paraphent
lumineusement
le ciel de bourrasques
et la pluie d’argent…

Dormez les morts
entre les lignes…
L’Homme se signe,
la vieille dort!

Dans le boyau le plus profond
s’éveille et frotte son œil rond.

Guetteur au créneau,
officier qui veilles,
prends garde…S’éveille
la vieille au cœur chaud,

frotte son œil louche
-trop froid est le Mort
pour chauffer sa couche
(fait trop froid dehors)-

Étire ses membres
et grince des dents…
Les os des vivants
-fait froid en décembre…-
claquent dans le vent.

Allez, la gueuse!
saute, putain…
vieille amoureuse
de bon matin-

Le désir rôde
les reins tordus,
la bouche chaude
(l’heure du jus!)

Allez! c’est l’heure
en mal d’amour.
La chair meilleure
au petit jour…

Maintenant la pluie
se fond en lumière
sale, sur la terre
encore endormie…

Et de chaque trou il monte une plainte
et de chaque cœur il tremble une crainte.

C’est un bruit de pierres…
un corps qu’on descend
sans linceul, ni bière
dans un trou de sang…

C’est un bruit de larmes…
« Ah! m… » ou « maman, »
des mains tombent l’arme,
la pipe des dents…

C’est elle
la vieille
qui râle
qui court…
s’affale
d’amour!

Maintenant le jour
se dissout en pluie
sur des yeux de nuit…
À chacun son tour!

Dans la tranchée, par Noël Garnier.
Extrait de Le don de ma mère, Flammarion, 1920 (via dormirajamais.org) [ 2 ]

25 mars
Le Bataillon est relevé de ses emplacements par le 64ème Bataillon de Chasseurs.
Il doit passer la Schlucht dans la nuit.
Départ des bivouacs à 17h30.
La marche de nuit va être très pénible à cause du mauvais état des chemins, abîmés par de la pluie d’abord et la neige ensuite.
Au col de la Schlucht, le Bataillon sera piloté vers Cornimont, la Bresse. Étape : 35 kilomètres.
Arrivée prévue à Not Dessus où le Bataillon cantonnera pour la nuit vers 3h du matin.

26 mars
Départ de Not Dessus à 11 h. Étape : 7 kilomètres.
Le campement, sous la direction du Capitaine Anneau de la 1ère Compagnie, est parti à 10h.
Arrivée à la Bresse à 13h.
Carte trajet Le Gaschney - La Bresse
Ordre de Bataillon n°14 : félicitations.
Le chef de Bataillon a été particulièrement heureux de voir avec quelle endurance vous avez fait la pénible étape de Gaschney à la Bresse.
Malgré les durs moments que viennent de passer les unités aussi bien sur la ligne de feu que dans les abris de bivouac à peine ébauchés…
… tout le monde a encore rivalisé d’entrain.
Après les éloges qu’il a entendu de toutes parts sur le 23ème Alpins, le Commandant n’a pas été autrement surpris de cet excellent esprit.
Il en adresse néanmoins à tous ses félicitations les plus sincères et les plus cordiales.
Il n’en est que plus fier de se trouver à la tête de ce beau Bataillon.
La Bresse, 26 mars 1915, signé : Rosset, Chef de Bataillon Commandant le 23ème Bataillon de chasseurs.

27 mars
Séjour à la Bresse. Réorganisation du Bataillon. Revues d’armes. Nettoyage des effets et des hommes.
Drôle d’impression d’avoir presque oublié ce qu’était une douche…
Un détachement de 75 hommes de renforts venus de Grasse sous la conduite du Sergent-Major Lenoir est affecté aux Compagnies.

28 mars
Séjour à la Bresse.
Matin : travaux de nettoyage et d’inspection. Soir : exercices à rangs serrés, déploiements.
Ordre de bataillon n°15 et 16 : mutations et nomination de 33 officiers et soldats, …
… dont le retour du Capitaine Vergez au Commandement de la 6ème Compagnie.

29 mars
Séjour à la Bresse.
Matin : revues diverses. Soir : exercices sur le tir, rang serré.
Calme étrange après tous ces jours de fracas.
Maman m’a écrit : On ne trouve plus de journaliers et domestiques des fermes. Comment va-t-on faire les travaux des champs cette année ?

30 mars
Séjour à la Bresse.
Matin : travaux de propreté. Soir : exercices de tir, école de section.
Ordre de Bataillon n°17 : le caporal Lacaze, 2ème Compagnie, est rétrogradé au rang de chasseur de 2ème classe.
Motif : « maque de caractère et d’énergie dans le commandement d’un poste d’écoute au cours du combat du 19 mars. »
Dans chaque unité cette punition est commentée par un officier immédiatement après sa lecture, au rassemblement quotidien.

31 mars
Séjour à la Bresse.
Matin : revues, douches. Soir : les 1ère, 2ème et 3ème Compagnies exécutent une courte  marche sur route dans les environs.
Le Général de Division devant venir décorer l’Adjudant Britt, notre Compagnie et la 4ème se rassemblons à 14h45 dans un pré près du village.
A 15h, le Général passe en revue les troupes. Sitôt après nous rentrons dans notre cantonnement.
Ordre de Bataillon n°18 : citations à l’ordre de la Division. Sont distingués 30 officiers et chasseurs pour leur belle attitude au feu.




[ 1 ] Inspiré de « Ils rêvaient des dimanches » de Ch. Signol
[ 2 ] Texte complet paru sur la page Facebook de Murmures d'Ancêtres
 

vendredi 20 mars 2015

Dis-moi dix mots

Ce n'est peut-être pas très flagrant, mais du 14 au 22 mars 2015 (cette semaine, donc), c'est la semaine de la langue française et de la francophonie. La 20ème édition, tout de même. Elle permet de fêter la langue française en lui manifestant son attachement et en célébrant sa richesse et sa diversité. Je me suis donc inspirée de l'opération "dix mots..." pour rédiger ce billet. La thématique retenue cette année est centrée sur la capacité du français à intégrer dans son vocabulaire des mots issus d'autres langues. Ce qui, finalement, correspond bien à l'esprit du généalogiste, prêt à accueillir toutes ses découvertes (enfin, en principe... !). Les dix mots retenus cette année nous viennent donc de langues étrangères, avant d'avoir été adoptés par le français au fil du temps (pour en savoir plus sur cette opération, cliquer ici). Chacun de ces mots sont indiqués en gras et font l'objet d'une courte notice en bas de page.


 

Alors que je musardais sur le net, zappant de sites spécialisés en wiki [ 1 ], j’errais jusqu’au bord de la nuit, ne sachant où me poser enfin : quel type de recherche cibler [ 2 ] ? Se concentrer sur une seule branche généalogique ou sur une catégorie d’actes ? Une famille complète ou une l’histoire d’une paroisse ? Bon ! Inutile d’errer ainsi indéfiniment : je me décide, me fixe un objectif et concentre mes recherches. Un nom, un lieu, une date. Mais, une fois mon choix arrêté, je suis finalement rattrapée par la sérendipité [ 3 ] ! C’est toujours ce que l’on ne cherchait pas qui nous tombe sous les yeux en premier. L’acte est ancien. Usé. Taché. Mais il est là.

Je commence la besogne ardue de déchiffrage. Et là, rapidement, je dis bravo [ 4 ] au rédacteur de l’acte : je pense qu’il a fait une kermesse [ 5 ] avec les lettres. Ils les a toutes prises, mises dans un sac, et les a couchées au hasard sur le papier, créant un joyeux mélange, un défilé de mots n’ayant ni queue ni tête. Ou alors il écrit en inuit [6 ] ?! Pourtant je n’ai pas d’ancêtre sur les terres arctiques. Alors je remets l’ouvrage sur le métier, comme dit le poète :

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. [ 7 ]

Je compulse les ouvrages spécialisés, je réunis tous mes grigris [ 8 ], j’invoque les mânes de mes ancêtres, pour tenter de trouver un sens à cet acte incongru. Entre deux plongées dans ce monde inconnu, je pense décerner officiellement une médaille d’or à l’inventeur de cet amalgame [ 9 ] inextricable : un nouveau langage a été composé et je me sens dans la peau de cet aventurier entrevoyant une nouvelle espèce ignorée en forêt amazonienne. Je laisse un instant dériver mon imagination, m’offrant une pause comme une bulle de savon s’élevant dans l’air. Mais pendant cette respiration, mes yeux n’ont pas quitté le document. Peinant doucement sur cette tâche ardue, j’apprends la zénitude [ 10 ]. Je lève le nez, respire, attend une mystique inspiration. J’imagine différentes versions : qu’a-t-il bien voulu dire ? Quelles étaient ses intentions ? Je fais appel au corpus des expressions récurrentes dans ce genre d’écrits, acquis au fil d’une expérience qui s’enrichit chaque jour, tentant d’en déchiffrer (ou d’en inventer !) une. Je persévère toujours, poussée par l’envie de percer le mystère de cette archive définitivement kitsch [ 11 ]. Quand, tout d’un coup, je m’aperçois que le mot est limpide, la phrase déchiffrée, le sens enfin révélé. 

J’ai peut-être un peu souffert, mais j’ai voyagé, résolu une énigme, dépassé mes limites. Et j’ai progressé dans la connaissance de la vie de mes aïeux.
En un mot comme en cent : j’ai fait de la généalogie !


[ 1 ] DÉFINITION(S)
Wiki [wiki] n. m. – ÉTYM. 2003, mot anglais américain, abréviation de WikiWikiWeb, nom du site créé par W. Cunningham en 1995, de l’hawaïen wiki wiki « vite »
Site web collaboratif dont le contenu peut être librement modifié par les visiteurs autorisés. Le développement des wikis. APPOS. Site, encyclopédie wiki.
ORIGINE
Origine hawaïenne, terme emprunté par l’intermédiaire de l’anglais, lexicalisé en 2003

[ 2 ] DÉFINITION(S)
Cibler [sible] v. tr. (conjug. 1) – ÉTYM. v. 1970, de cible
I. Déterminer, circonscrire en tant que cible. Cibler la clientèle d’un produit, un marché. Chercher à faire correspondre (un produit) à une cible. P. p. adj. Produit mal ciblé. Campagne électorale ciblée. II. Prendre pour cible. Cibler une tumeur. Médicament qui cible une bactérie.
ORIGINE
Origine alémanique suisse, terme lexicalisé en 1970

[ 3 ] DÉFINITION(S)
Sérendipité [seʀɑ̃dipite] n. fém. – ETYM. de l’anglais serendipity, créé d’après le titre d’un conte persan
Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité (scientifique, pratique).
ORIGINE
Origine anglaise, terme lexicalisé en 1953, noté comme anglicisme par le Petit Robert 2013

[ 4 ] DÉFINITION(S)
Bravo [bʀavo] interj. et n. m. – ÉTYM. 1738, mot italien « excellent »
I. Exclamation dont on se sert pour applaudir, pour approuver. Bravo ! c’est parfait. II. N. m. Applaudissement, marque d’approbation. Des bravos et des bis. La salle croule sous les bravos. Vivat.
ORIGINE
Origine italienne, terme lexicalisé en 1738

[ 5 ] DÉFINITION(S)
Kermesse [kɛʀmɛs] n. fém. – ÉTYM. 1391, flamand kerkmisse, « messe d’église »
I. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans le nord de la France, fête patronale villageoise, foire annuelle célébrée avec de grandes réjouissances en plein air. Ducasse. « La Kermesse héroïque », film de J. Feyder. « la frénésie des bacchanales et des kermesses » (S. Lilar). II. (1832) COURANT Fête de bienfaisance, souvent en plein air. La kermesse de l’école. RÉGIONAL fancy-fair.
ORIGINE
Origine flamande, lexicalisé en 1391 et, au sens moderne, en 1832

[ 6 ] DÉFINITION(S)
Inuit, e [inɥit] n. et adj. – ÉTYM. 1893, les Inoïts, mot de la langue inuite « les hommes », pl. de Inuk « homme »
Esquimau. La langue inuite. Inuktitut. N. Les Inuits d’Alaska. Rem. Courant au Canada où l’emploi de « esquimau » est officiellement proscrit.
ORIGINE
Origine inuktitute, lexicalisé en 1893

[ 7 ] Citation de Nicolas Boileau.

[ 8 ] DÉFINITION(S)
Grigri [gʀigʀi] n. m. VAR. gris-gris – ÉTYM. grigri 1643; autre sens 1557, origine inconnue
I. Amulette (Afrique, Antilles). II. Petit objet magique, porte-bonheur (ou malheur). Des grigris, des gris-gris. « Cette pièce de bijouterie fantaisie s’ornait de toute une ribambelle de pendeloques et de grigris » (Liberati).
ORIGINE
Origine inconnue, terme utilisé en Afrique et dans les Antilles, lexicalisé en 1643

[ 9 ] DÉFINITION(S)
Amalgame [amalgam] n.m. – ÉTYM. 1431, latin des alchimistes amalgama, probablement d’origine arabe
I. Alliage du mercure et d’autres métaux (qu’il liquéfie). Amalgame de plomb. Amalgame d’argent-étain pour les obturations dentaires. ABSOLUMENT Carie obturée avec de l’amalgame. II. FIG. Mélange hétérogène de personnes ou de choses de nature différente. « Le plaisant et le tendre sont difficiles à allier; cet amalgame est le grand œuvre » (Voltaire). Assemblage,composé. MILIT. Fusion d’unités militaires de provenance et de formation différentes. III. Fait d’englober artificiellement, en exploitant un point commun, diverses formations politiques afin de les discréditer. Un député qui pratique l’amalgame. IV. LING. Fusion indissociable de plusieurs morphèmes (ex. du pour de le).
ORIGINE
Origine arabe

[ 10 ] DÉFINITION(S)
Zénitude [zenityd] n. fém. – ÉTYM. 2000, de zen
PLAIS. État de sérénité. « Place au yoga, à la zénitude et aux produits bio » (Le Figaro, 2009).
ORIGINE
De zen, origine japonaise, terme lexicalisé en 200

[ 11 ] DÉFINITION(S)
Kitsch ou Kitch [kitʃ] adj. inv. et n. m. inv. – ÉTYM. 1962, de l’allemand Kitsch (Bavière, v. 1870), de kitschen « rénover, revendre du vieux »
I. Se dit d’un style et d’une attitude esthétique caractérisés par l’usage hétéroclite d’éléments démodés ou populaires, considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l’économie industrielle. Une robe kitsch. « des objets kitsch venus d’un concours Lépine des années trente » (Perec). N. m. « Le kitsch a pu être considéré comme une dégénérescence menaçant toute forme d’art ou au contraire comme une forme nouvelle d’art du bonheur » (A. Moles). II. PAR EXTENSION D’un mauvais goût baroque et provocant. RÉGIONAL quétaine.
ORIGINE
Origine allemande, terme lexicalisé en 1962