« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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vendredi 23 janvier 2015

La généalogie est un yo-yo

Si la généalogie était un jeu d'adresse, ce serait un yo-yo. Parce que la généalogie c'est :
  • Le désespoir
Alors que tu crois que c'est bouché, que non, définitivement non, tu ne trouveras jamais l'acte de mariage de Mathurin Soulard et Perrine Grimaud (au XVIIIème siècle).
  • L'espoir
Bon, certaines généalogies sur le Net indiquent bien un hypothétique contrat de mariage, mais que tu ne trouves pas non plus.
  • L'attente
Bon, t'as bien demandé au Fil d'Ariane d'aller voir si ce contrat existe vraiment...
  •  Le scepticisme
... Mais, même s'il est trouvé, rien ne garantit qu'on puisse progresser.
  • La joie
Et puis, voilà, un jour le contrat de mariage arrive.
  • La re-joie (sic)
Chouette, les parents du marié sont cités. 
  • La déception
Zut, je ne les trouve pas sur les généalogies déjà en ligne. 
  • La re-déception (re-sic)
Zut, les parents de la mariée ne sont pas cités. 
  • L'allégresse
Chouette, tous ses frères et sœurs le sont et je les trouve en ligne. 
  • L'ébullition
Par recoupement je trouve les parents. Et donc leur paroisse. 
  • La jubilation
Et donc l'acte de mariage tant recherché (à 50 km de là où je le cherchais : je ne risquais pas de le trouver !).

C'est vraiment le yoyo des émotions !


Yo-yo, Photopin

Et chaque trouvaille soulève son lot de découvertes annexes. Ce n'est pas seulement une génération supplémentaire : c'est un nouveau lieu, un nouveau métier [ 1 ], de nouvelles personnes... Et de nouvelles questions. Si on continue avec cet exemple, pourquoi Boniface Grimaud, le père de Perrine, est successivement dit dans les différents documents où il est cité :
  • tailleur d'habits (en 1693)
  • "Maître" (en 1698)
  • laboureur (en 1699)
  • cabanier (fermier donc, en 1701/1705)
  • fermier (en 1710/1712)
  • "monsieur" (en 1716 et 1719)
Quel curieux parcours ! Si le métier de tailleur d'habit lui vaut ce titre de "maître" (ce qui est probable), le voilà simple laboureur l'année suivante : non seulement c'est un changement professionnel radical, mais c'est aussi un métier plutôt en bas de l'échelle parmi tous les métiers agricoles. Ce métier terrien ne l'empêche pas d'être à nouveau (et à plusieurs reprises) distingué, cette fois par le titre de "monsieur".
De même, si le futur marié est jardinier puis laboureur, la future est dite "Dame". Et les cousins et témoins cités dans le contrat et l'acte de mariage sont archer de mairie, huissier, praticien, maître orfèvre, notaire royal, "escuyer" et chevalier.
Quel drôle de mélange social.

  • Étonnement
  • Tracas
  • Confusion
  • Interrogation
  • Effervescence  
  • Espoir
  • ...
Un yo-yo, je vous dis.


[ 1 ] Le cabanier, en l'occurrence, qui est un fermier.



6 commentaires:

  1. Tellement vrai et tellement riche! :) Bizarre que le métier change autant...

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  2. -Les laboureurs pouvaient être aisés,sinon riches.
    -Rappelons nous le" riche laboureur" de Jean de La Fontaine....
    -M@g.

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  3. Il faut savoir que souvent le métier de tailleur d'habits était exercé l'hiver quand il n'y avait rien à faire dans les champs, c'était en campagne profonde un métier secondaire pour nos ancêtres cultivateurs ...

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  4. Merci pour cette façon très amusante et réaliste de raconter toutes les émotions que vivent les généalogistes à la recherche d'un acte !

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  5. Outre votre narration drôle et pertinente, votre page m'a particulièrement intéressé car elle y mentionne un couple que j'ai aussi parmi mes ancêtres. Nous sommes donc cousins (par les Jadaud de St-Amand). Et c'est un couple sur lequel je bloquais aussi. Mais je n'avais pas vraiment approfondi mes recherches, pensant qu'il serait très difficile de remonter plus loin car la commune du décès de Mathurin n'a pas de registre paroissial antérieur à 1737.
    Merci de me prouver que j'avais tort ! Vos données sur Geneanet me seront précieuses et peut-être trouverai-je d'autres ancêtres communs avec les vôtres !
    Stéphane L.

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  6. Merci d'avoir mis en mots de si belle manière ce que beaucoup d'entre nous vivent ou ont déjà vécu ;

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