« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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lundi 3 octobre 2016

Les voies de la généalogie sont impénétrables

Mon frère m'a prêté les cinq premières saisons d'une série à succès (surnommée GOT pour les amateurs, mais cela n'a pas beaucoup d'importance pour le sujet qui nous occupe). Arrivée à la cinquième saison, je prends le coffret, composé d'une "enveloppe" plastique et du coffret contenant les DVD proprement dit. Et là, un objet s'échappe de ladite enveloppe : je jongle pour le récupérer sans lâcher pour autant enveloppe et coffret. C'est alors que je reste interdite un moment : dans ma main droite le coffret, dans ma main gauche une vieille photo :

"Café de la tante Louise", date non connue © coll. personnelle

Je la retourne : c'est une photo-carte postale comme on en faisait beaucoup au début du XXème siècle, à cinq sous pièce. Elle est un peu découpée, sans doute pour cadrer parfaitement le motif du recto. Au verso je reconnais l'écriture de feue ma grand-mère : "le café de la tante Louise Greff sœur du père d'André" (= son époux). Il s'agit donc de sa belle-tante; je ne sais pas si l'expression se dit mais enfin...
Mais enfin que fait la tante Louise sur le trône de fer ??? Je sais que les relations entre ma grand-mère et sa belle famille n'étaient pas au beau fixe, mais on ne peut tout de même pas les comparer avec celles de la série en question !
J'appelle mon frère : ça le fais bien rire mon histoire, mais il n'a aucune idée de comment cette photo est arrivée là. Échappée d'un carton lors du récent déménagement des affaires de ma grand-mère après son décès ? Impossible à dire.
Est-ce un signe de psychogénéalogie ? En tout cas, le virus est aussitôt attrapé : comment retrouver le café de la tante Louise ?
J'ai mis très longtemps à m'intéresser aux collatéraux de mon arbre : au début j'étais préoccupée par la seule recherche de mes ancêtres directs. Puis, une fois bloquée (en fin de branche par exemple), je me suis aperçue que de passer par les frères et sœurs pouvaient permettre de progresser là où la situation semblait dans une impasse (parents cités dans un acte de mariage par exemple...). Alors petit à petit j'ai aussi recensés les collatéraux.
Cette tante Louise est donc la tante de mon grand-père (et la sœur de Jean-François Borrat-Michaud, soldat de la Grande Guerre, mon arrière-grand-père que les adeptes de ce blog connaissent bien). Elle est née en 1892 à Samoëns (74) où habitait sa famille depuis plusieurs générations. Je la retrouve mariée à Joseph Greff en 1919 à Paris et décédée en 1976 à Levallois-Perret (92); grâce aux mentions marginales de son acte de naissance.
Sur la photo, peu d'indice à première vue. Un groupe de personnes, dont une femme marquée d'une croix : la probable tante Louise. Une moto. La devanture du café cadré très serré. Comme Louise a l'air d'avoir passé sa vie en région parisienne, je suppose que le café est à Paris. Au dessus de la porte une inscription, peu lisible. Sur la vitrine, d'autres inscriptions plus nettes : "déjeuners et dîners", "café et liqueurs", "salle au 1er" et surtout "téléphone 281 Lagny".
Une petite musique commence à trotter dans ma tête : "le 22 à Asnières". Je me demande si le 281 à Lagny peut ressembler au 22 à Asnières. Pour moi, Lagny ne signifie rien, au premier abord (et je me crois toujours à Paris, rappelons-le). Je n'ai pas eu beaucoup l'occasion de faire des recherches généalogiques à Paris. Je lance donc un message sur Twitter pour savoir si à partir d'un numéro de téléphone (visiblement ancien) on peut retrouver une adresse.


Grâce à de nombreux retweets les premières pistes se dessinent : tout de suite Sophie (@gazetteancetres) pense à Lagny sur Marne (en Seine et Marne, donc : adieu Paris !). La chaîne de Twitter se poursuit jusqu'à Claudie (@claudiegb) qui identifie très vite le café au 19 rue du Chemin de fer.

Café, 19 rue du Chemin de fer © Delcampe, via Claudie

Vue les coiffures des dames, on est ici à une époque plus ancienne. Les inscriptions en vitrine ont légèrement changé, mais la devanture est bien similaire.
Deux jours plus tard Claudie m'envoie un nouveau cliché et une précision : il s'agit de la rue du Pont de fer qui est le début de la rue du Chemin de fer - en partant de la gare / pont sur la Marne (ce qui met le restaurant à Thorigny sur Marne, commune limitrophe de Lagny).

Café Dingremont © via Claudie

Dingremont ! C'est le nom que je n'arrivais pas à déchiffrer au-dessus de la porte (mais quand on sait ce qu'on doit chercher c'est toujours plus facile à trouver). D'après Claudie c'est une famille connue à Lagny. Je ne l'ai pas trouvé sur le recensement de 1911 (dernier en ligne), mais il apparaît dans l'annuaire de 1923. Les investigations se poursuivent...

Aujourd'hui, il y a toujours un café au 19 rue du Chemin de fer, mais il a un peu changé...

Tabac © Google street view

Et voilà comment une série à succès et une photo littéralement tombée entre mes mains m'a menée sur une enquête passionnante. Peu d'indices au départ, mais une chaîne d'entraide très efficace.
Ce que j'aime la généalogie et les généalogistes !





3 commentaires:

  1. Quelle aventure ! Qui oserait imaginer le scénario improbable d’une carte, tombée fort à propos dans les mains d’une passionnée de généalogie qui aura tous les atouts pour retrouver l’adresse de la photo.
    Ce billet est génial !

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  2. -Bravo Mélanie.
    -Vous n'avez pas votre pareille pour investiguer...

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  3. Superbe histoire mais dont les circonstances de la découverte ne m'étonnent pas. ...après beaucoup d'années de recherches généalogiques. ..j'ai acquis une certitude. Celle que decrivait Paul Eluard en écrivant "il n'y a pas de hasard,n'existe que des rendez-vous ".

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