« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

vendredi 19 septembre 2014

Marions-nous ! épisode n°4

Depuis 1215 et le IVème Concile de Latran, le mariage est un sacrement : il s'effectue en présence d'un prêtre. Avant la Révolution, la distinction entre mariage civil et religieux n’existait pas puisque le mariage civil est une invention républicaine. Après 1792, la cérémonie du mariage religieux n'est pas exclue, mais elle n'est plus obligatoire et elle doit intervenir après le mariage civil.

Aujourd'hui ce sont les articles 143 et suivants du Code civil qui régissent le mariage civil. Depuis 1999, il existe aussi les statuts du concubinage et du pacte civil de solidarité (PACS).

Un acte de mariage est un acte juridique de l'état civil : c'est un acte authentique établi par un officier d'état civil qui fait la preuve juridique de la situation maritale des époux.
Il comporte les mentions obligatoires d'un acte d'état civil (année, jour et heure d'émission, prénoms et noms de l'officier de l'état civil), mais également :
  • les prénoms, noms, dates et lieux de naissance des époux, ainsi que leur domicile et profession ;
  • les prénoms, noms, professions et domiciles des pères et mères ;
  • la déclaration des contractants de se prendre pour époux, et le prononcé de leur union par l'officier de l'état civil ;
  • les prénoms, noms, professions, domiciles des témoins et leur qualité de majeurs.
S'il y a lieu, doivent également y figurer :
  • le consentement des pères et mères, aïeuls ou aïeules, et celui du conseil de famille, notamment en cas de minorité d'un ou des deux époux ;
Exemple : consentement des parents Astié pour le mariage de leur fils :

Consentement au mariage Astié/Rols 1874 (AD49)
6 juillet 1874          Consentement à mariage 
Devant Me Antoine-Henri Panassié
Notaire à Décazeville, Aveyron
Présents les témoins soussignés
Ont comparu Monsieur Astié Pierre Jean
Garde-mine et Geneviève Mas san profession, mariés,
demeurant ensemble à Peyrolles commune de Decazeville,
la femme assistée et authorisée du mari,
Lesquels ont déclaré consentir au mariage
que Monsieur Augustin pierre-jean Astié
leur fils majeur, âgé de vingt-deux ans demeurant
à Angers, Maine-et-Loire, se propose de
contracter avec Mademoiselle xxxxx 1 Rols
fille mineure de Monsieur Alexandre Rols xxx 2
Négociant et de dame anne Marie Puissant son épouse,
demeurant tous trois à Angers, Maine-et-Loire
Donnant tout pourvoir [...] de réitérer
le présent consentement devant qui de droit.
Dont acte, lu aux comparants
Fait et passé à Decazeville en l'étude le
six juillet mil huit cent soixante-quatorze en
présence de Messieurs jean Pavaron Négociant
et Antoine Deleaume employé, demeurant en
cette ville, soussigné avec Astié et Nous Notaire,
la dite Geneviève mas requise de signer a déclaré
ne savoir le faire
[suivent les signatures]
[notes en marge :]
Cécile
?
nul approuvés
 Vu par nous officier de l'Etat civil
et le futur, soussignés.
Mairie d'Angers le 9 janvier
1875
[signatures]

Mais aussi :
  • les prénoms et nom du précédent conjoint de chacun des époux ;
  • la date du contrat de mariage, et les noms et lieu de résidence du notaire qui l'aura reçu ;
  • la déclaration qu'il a été fait un acte de désignation de la loi applicable conformément à la convention sur la loi applicable aux régimes matrimoniaux, la date et le lieu de signature de cet acte et, le cas échéant, le nom et la qualité de la personne qui l'a établi.

Dans les périodes les plus récentes, les actes sont pré-imprimés afin de faciliter le travail de l'officier de l'état civil.
Exemple d'acte de mariage :

 Acte de mariage de Assumel Lurdin Jules et Gros Marie, 1910, Martignat (AD 01)

N°4 MARIAGE de Assumel -Lurdin Jules-Joseph-Eugène
et Gros Marie-Felicie


L'an mil neuf cent dix et le vingt-six du mois de novembre à onze heures du matin par devant nous Pinard Nicéphore remplissant en qualité de Maire, les fonctions d'Officier de l'état civil de la commune de Martignat canton d'Oyonnax département de l'Ain, sont comparus en la Maison commune M. Assumel-Lurdin Jules-Joseph veuf en secondes noces de Durafour Marie-Joséphine professions de garde-forestier demeurant à Martignat canton d'Oyonnax département de l'Ain âgé de trente-quatre ans, né au Poizat le quinze février mil huit cent soixante-seize fls majeur de défunt Assumel-Lurdin François profession de cultivateur de son vivant demeurant au Poizat et de Berrod Zélia Marie-Antoinette profession de cultivatrice demeurant au Poizat procédant de sa propre autorité comme majeur et avec  l'assistance de sa mère ici-présente d'une part
Et Demoiselle Gros Marie-Félicie profession de cultivatrice demeurant à Martignat canton d'Oyonnax département de l'Ain âgée de vingt-neuf ans, née à Martignat le sept avril mil huit cent quatre-vingt-un fille majeure de défunt Gros Elie-Frédéric profession de cultivateur de son vivant demeurant à Martignat et de Prost Marie-Philomène profession de cultivatrice demeurant à Martignat procédant comme majeure et avec l'assistance de sa mère ici-présente et consentante d'autre part;
Lesquels, après nous avoir fait remise, savoir, le futur époux de son acte de naissance et de l'acte de décès de sa femme et la future épouse de son acte de naissance et de l'acte de décès de son père, vus dans les registres de cette commune
nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications et affiches ont été faites à Martignat le treize novembre de la présente année conformément aux articles 63 et 64 du Code civil, sans qu'aucune opposition à ce mariage nous ait été signifiée. Sur quoi nous avons interpellés les futurs époux ainsi que les personnes autorisant le mariage et présentes à l'acte, d'avoir à déclarer s'il a été fait un contrat de mariage; à quoi il nous a été répondu affirmativement suivant certificat délivré le vingt et quatre novembre mil neuf cent dix par maître Corgie notaire en résidence à Oyonnax.
Puis faisant droit à leur réquisition, après avoir fait lecture aux parties et aux témoins ci-après nommés de toutes les pièces ci-dessus mentionnées, et du chapitre 6, titre 5, du Code civil, intitulé Du Mariage, nous avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme; et chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, nous déclarons Au nom de la Loi que Assumel-Lurdin Jules Joseph-Eugène et Gris Marie-Félicie sont unis par le mariage.
Et sur-le-champ nous avons dressé acte de mariage célébré publiquement et en présence de 1° Gros Joseph âgé de trente six ans, profession de cultivateur demeurant à Martignat frère de l'époux [ 1 ]; 2° Pey Camille âgé de vingt-six ans, profession de ébéniste demeurant à Nantua, beau-frère de l'épouse; 3° Assumel-Lurdin Joseph âgé de vingt-huit ans, profession de cultivateur demeurant au Poizat frère de l'époux; 4° Jacquet Augustin âgé de trente-quatre ans, profession de peignier demeurant à Oyonnax ami de l'époux.
Duquel acte, inscrit sur les deux registres tenus à cet effet, nous avons fait lecture aux témoins et aux parties contractantes qui ont signé avec nous.
[suivent les signature]

Avant la Révolution, alors qu'il n'y a pas d'acte pré-rempli, les rédacteurs des actes de mariages ne sont pas tous aussi scrupuleux. Et plus on remonte dans le temps, plus la couche d'information est mince.

Exemple :
Acte de mariage de Barré Noel et Laisné Noelle, 1644, La Coulouche (AD 61)
le vingt cinq jour d'avril mil six centz quarante
quatre noel barre et noelle laisne furent
espouzes en leglise de la coulonche
Enfin c'est fait ! Que de chemin parcouru depuis ce jour où, près de la fontaine publique, on a aperçu ces jolis yeux bleus qui nous ont fait rêvé...

Il ne reste plus qu'à prendre une photo de la noce.

Noces Astié Augustin et Lejard Louise Joséphine, Angers, 1912, coll. personnelle


Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants...  [ 2 ]



[ 1 ] Erreur du rédacteur : c'est bien sûr le frère de l'épouse.
[ 2 ] Heureux je ne sais pas, mais ensemble c'est sûr : je n'ai encore trouvé aucun divorce dans ma généalogie. Et beaucoup d'enfants aussi : les couples à 8, 10 ou 13 enfants sont très courants.

vendredi 12 septembre 2014

Marions-nous ! épisode n°3

Après avoir trouvé son/sa fiancé(e), il faut s'assurer de différentes éléments avant de se marier véritablement.

Avant tout, il convient de ne pas épouser un trop proche parent. Cela ne se fait pas. Malgré tout il arrive que des cousins tombent amoureux. Mais il y a "cousin" et "cousin". Si l'idée de s'épouser entre cousins germains est peu fréquente, cela se complique avec des parents de la troisième ou quatrième génération. En effet, en particulier dans les campagnes où les bassins de population sont restreints et où il y a peu de brassage, on finit toujours par tomber sur un membre de sa famille, plus ou moins lointaine. Et l’Église réprouve le mariage entre trop proches parents. Elle peut néanmoins faire des exceptions et accorder des autorisations spéciales : ce sont les dispenses de consanguinité.

Un dossier complet est alors nécessaire : 
  • par le biais du curé de la paroisse, les fiancés adresse une "supplique", comprenant leurs noms, prénoms, professions, domiciles et un tableau de cousinage où figurent les ascendants de la lignée menant à l'ancêtre commun.
  • l'enquête qui suit et comporte les témoignages des futurs époux, de deux témoins de la famille et de deux témoins pris en dehors de la famille.
  • et enfin l’accord de l’Église.
Le droit canon compte les générations en nombre de degrés jusqu'à l'ancêtre commun, comme suit :
  • des parents au deuxième degré de consanguinité sont cousins germains (enfants d'un frère et d'une sœur).
  • des parents au troisième degré de consanguinité sont cousins issus de germains (petits-enfants d'un frère et d'une sœur).
  • des parents au quatrième degré de consanguinité sont enfants de cousins issus de germains (enfants des petits-enfants d'un frère et d'une sœur).
Les fiancés peuvent aussi être parents au troisième et quatrième degré de consanguinité (donc avec une génération de décalage), c'est-à-dire  que l'arrière grand-père de l'un aurait été le frère de la grand-mère de l'autre (par exemple).
La dispense de consanguinité est nécessaire jusqu'au quatrième degré inclus. Elle est attribuée par l'évêque pour les troisième et quatrième degrés, mais par le Pape uniquement pour le deuxième degré.

Dans les papiers hérités des recherches généalogiques effectués par les membres de ma famille [ * ], j'ai retrouvé cet extrait, qui est de toute évidence le tableau de cousinage des suppliants :


Extrait de dossier de consanguinité, AD 01 
  
François robin
Joseph robin              1        claude robin
François robin                2        antoinette robin
Claude joseph robin     3       benoiste cochet
Marie françoise robin       4       jean françois prost
Supliante                                             supliant


Sur ces dispositions il nous a paru, quil y a entre eux un empechement de consanguinite au quatrieme egal degre de tout quoy Nous avons dresse le present proces verbal pour ycelluy être renvoye a monseigneur leveque de saint claude pour être ordonne ce quil apartiendrat fait a martignat les jour et an que dessus en foy de quoy nous avons signe avec les temoins
J Fornier commis


J'ai bien retrouvé cette même filiation, en effet :


Extrait arbre Robin/Prost

Marie Françoise Robin a bien épousé Jean François Prost le 5 juillet 1768 à Martignat (01). Comme le précise (systématiquement dans ce genre de cas) l'acte de mariage, le curé a donné "la bénédiction nuptialle [les fiancés]  ayant obtenu dispense du quatrieme égal degré de consanguinité [...] signée par monseigneur l'eveque".

Toujours pour lutter contre les unions consanguines, on fait publier les bans. Il n'est alors plus possible de convoler dans la clandestinité.

La publication des bans de mariage n'est pas une invention républicaine. Elle existait bien avant l'instauration du mariage civil, déjà dans la tradition chrétienne, où elle remonte aux conciles de Latran (en 1215) et de Trente (en 1563) qui ont fait obligation de la publication des bans avant la cérémonie. 

Les bans sont une annonce publique, triple en principe, d'un mariage futur au prône dominical, par voie d'affiche à la porte de l'église, afin que toute personne connaissant un empêchement au mariage le fasse savoir.
 
Le droit civil français a aussi rendu la publication des bans obligatoire. La publication est affichée sur un panneau officiel dans chacun des lieux où résident les futurs époux. Elle doit l'être au moins dix jours précédant la date du mariage pour que la cérémonie puisse être célébrée.

On trouve ainsi dans certains registres paroissiaux ou d'état civil ces publications qui annoncent le mariage.


Extrait registre d'Angers (paroisse Saint Martin) de 1627, AD 49

Fiançailles :
Le vingt et deuziesme jour de juin juillet mil  six cens vingt & sept furent fiancés Jehan De la Lande fils de deffunt pierre de la Lande et de mathurine poitevain paroissiens de la paroisse de brain sur lauthion et jacquine Pinot de cette paroisse

Bans : 
Le premier ban public le dimanche vingt & cinquiesme ledit mois & an Le secont et troiziesme les dimanches premier & huictiesme aout en suivant 

Mariage : 
Et le vingt & uniesme jour de septembre mil six cent vingt & sept avec le certificat de noces [ ?] le vicaire de ladite paroisse de brain du troiziesme aout mil seix cent vingt et et sept signe berthelot jay administré le Saint sacrement du mariage auxdits de la Lande & pinot present honorables hommes jehan Coulleau marchand & jehan [] michel & urban buaud chirurgien

Avec un peu d'attention, on remarquera que les deux époux ont signé l'acte de mariage.

En résumé, le/la fiancé(e) est trouvé(e), la dot est négociée et constituée, les papiers nécessaires réunis et publiés... il ne reste plus qu'à se marier !


[ * ] Merci Bernadette !
 

vendredi 5 septembre 2014

Marions-nous ! épisode n°2

Suite de notre épopée sur le mariage (cliquez ici pour voir l'épisode n°1).

Les  familles ne s'opposent pas au mariage. C'est déjà une bonne chose. Mais cela ne signifie pas qu'on est déjà marié : plusieurs étapes sont encore nécessaires. 

Et la première étape est la négociation de la dot. En effet, même si ce n'est pas obligatoire ni systématique, il est néanmoins "de coutume" de "constituer dotte et mariage aux marys affin que les charges et facultés d’icelluy se puissent plus commodement et facilement supporter". 

Si les négociations restent secrètes et obscures, le résultat en est tout à fait officiel, légitimé devant notaire et témoins. Ce contrat est rédigé dans l'étude du notaire ou à défaut dans la maison du futur beau-père.

 Photopin

Cela se fait la plupart du temps avant la noce, mais on connaît quelques exceptions; comme François Jannay et Andréanne Buffard qui font rédiger leur contrat de mariage en juin 1710 à Lalleyriat (01) alors qu'ils sont mariés depuis le mois de janvier.

La dot peut se composer de biens et/ou d'argent, parfois de terres. 

A travers la dot on devine le niveau social des protagonistes. Ainsi, si on prend en compte les sommes d'argent :
  • Louise Marie Levrat ne reçoit que 30 livres lors de son mariage avec Jean Claude Simon en 1720 à Saint Germain de Joux (01).
  • A l'inverse le couple  Joseph Anthoine et Jeanne Françoise Denarie, mariés en 1731 à Morillon (74), reçoivent au total 1 350 livres. Dans ce total sont compris les 100 livres que le futur donne à sa fiancée "offert par marque d'amour", comme il est précisé dans le contrat de mariage.

Souvent du bétail est donné : un vache, une chèvre, une brebis (parfois accompagnée de son ou ses agneaux).

S'y ajoute, le "trossel" : le linge et vêtements donné à la jeune fille. Souvent on voit au moins un habit de drap. Parfois des chemises ou chemisettes. Selon les contrats de mariage on a plus ou moins de détails sur la nature des tissus : ainsi j'ai rencontré des chemisettes de ratine rouge (étoffe de laine ou drap croisé dont le poil est tiré en dehors et frisé de manière à former comme de petits grains), de ritte (toile fine de chanvre), un cotillon de sarge (tissu de laine). En général l'un de ces habits neufs tient lieu de robe nuptiale. Les vêtements sont souvent complété par du linge : quelques aunes de toiles, serviettes, linceuls (draps) et couvertes (couvertures). Et très souvent "un tour de lict de toisle [plus ou moins] ouvragé avec ses franges".

En Haute-Savoie les vêtements et linges sont souvent minutieusement décrits : on admire ainsi le trossel de Louise Françoise Vulliez (1755 à Samöens - 74) composé de "une demy douzaine de drapts de toile meslée de trois aulnes piece, une douzaine et demy de chemise de femme de toile de ritte presque nouvel six tabliers dindienne, et douzaine dautres tabliers de toile de ritte, une douzaine de mouchoirs tant de soÿe que de mousseline, trois douzaines de Coëffes tant dans la toile fine que de ritte, trois habits neufs complets de droguet dangleterre, cinq corps bas de drapt de couleur avec leur juppes a tiers usés, une paire de manche de ratine minime presque neuve, un tour a filer et un coffre bois de sapin fermant a clef dans lequel sont renfermés tous les autre menus linges et habits quotidiens".

Extrait contrat de mariage Moccand / Vulliez, 1755, AD74

La plupart du temps vêtements et linges sont en effet sont réunis dans un "coffre de bois sappin fermant à clef" (parfois en tilleul ou noyer). Certain de ces coffres étaient de véritables objets d'art, sculptés de différents motifs (soleils, rosaces...) et portaient souvent la date et les initiales de l'épousée. 

Plus rarement il y a des éléments de vaisselle ou de mobilier : chaudron de cuivre, pot d'étain, poêle à frire. Personnellement je n'en ai pas encore rencontré. Par contre j'ai plusieurs tours à filer.

De temps en temps, il y a des "joyaux". Louise Françoise Vulliez (toujours elle) reçoit "une croix dor avec une bague dor a pierres fines". Marie Landreau reçoit des bagues, joyeux et ornements estimés à 40 livres (1756 aux Epesses - 85).

Dans deux cas seulement il est question d'immeubles ou de terres :
  • il "a été convenu que lesdits pierre soullard et marie landreau, entreront en communauté de [] biens meubles et immeubles" que forment déjà Mathurin Landreau et Perrine Grimaud, les parents du futur, et son frère également prénommé Mathurin; Lesdits parents Soullard et Grimaud pour une moitié entière a eux deux, ledit Mathurin Soullard fils pour un quart, le dernier quart au nouveau couple Soullard/Landreau.
  • les parents de Jeanne Antoinette Vuagnat donnent au couple un grangeage [ * ] en toute propriété et tous les droits et titres présents et à venir (1716 à Samoëns - 74).  Le futur couple Vuagnat/Guilliot est par ailleurs institué héritier universel des parents de Jeanne Antoinette à condition qu'ils règlent leurs frais funéraires aux décès desdits parents, qu'ils dotent les sœurs de Jeanne, et qu'ils payent à Claude son frère la somme de 200 florins (monnaie de Savoie; soit 150 livres tournois) après le décès de leur père, attendu que Claude "n'a pas assisté ny secouru ledit nicolas vuagnat son père ayant toujours resté dans les païs estrangers [...] moyennant quoy il dejette sondit fils de tous ses biens quelconques". Enfin, le couple Guilliot/Vuagnat sera "aussy obligé d'entretenir honnestement et raisonnablement lesdits maries vuagnat et simond pendant leur vie et les serviront comme est de devoir en semblable fait avec obeissance respect et affection".

Enfin, les échéances du règlement sont définies scrupuleusement : tant au jour des noces, tant, six mois après, un an après, à la Toussaint prochaine, au décès des parents... Parfois, il est précisé que si l'épouse meurt sans enfant, la somme promise ira aux enfants du premier lit de l'époux (contrat de Pierre Monet et Catherine Poncet, en 1715 à Martignat - 01) ou à l'époux survivant (contrat de Nicolas Guilliot et Jeanne Antoinette Vuagnat en 1716 à Samoëns - 74).

Bref, bien peu de choses sont laissées au hasard. Mais maintenant que tout cela est réglé, on peu passer à l'étape suivante...



[ * ] Manière de donner une terre à bail, en prenant pour la rente moitié des fruits. Synonyme de métayage.