« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

vendredi 11 février 2022

#52Ancestors - 6 - Jean-François Borrat-Michaud

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 6 : Cartographiez  

A l'occasion de cette sixième semaine du challenge #52Ancestors dont le thème est "cartographiez", je ressors le périple effectué par Jean-François Borrat-Michaud, soldat de la Première Guerre Mondiale, mon arrière-grand-père.

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Parti de Haute-Savoie, Jean-François Borrat-Michaud commence son périple par l’entraînement à la caserne, probablement celle de Chambéry. Lors de sa première affectation, avec le 23ème BCA, il est envoyé dans les Vosges. Il y connaîtra différents lieux, soit en premières lignes soit en cantonnements à l’arrière. Avec son nouveau bataillon, le 51ème, il rejoint la Somme, puis la Picardie, la Meuse, la Marne, les Ardennes. Ils sont finalement envoyés en Italie, avant de rentrer en France : Somme, Nord, Oise, Aisne et Somme à nouveau.

Les déplacements de courte distance, entre cantonnement et premières lignes, sont effectués à pied, parfois dans des conditions pénibles de froid et de neige (durant la période vosgienne par exemple). Parfois le transport se fait en automobiles ou en convois de camions. Et pour les trajets plus longs, des trains sont affrétés spécialement.

Il y a aussi d’autres types de déplacements : des missions de reconnaissances régulièrement effectuées.
Lors des périodes de « repos » sur les lignes arrières, les soldats ne restent pas inactifs et font de longues marches de manœuvre, avec barda complet sur le dos : ils vont d’un point à un autre ou marchent parfois en boucle, revenant à leur point de départ.
A tous ces déplacements il faudrait ajouter les permissions : en effet, en 4 ans de guerre, il est fort probable que Jean-François en ait eu ; malheureusement je n’ai pas d’indication quand aux dates et aux lieus de départ dont il aurait pu en bénéficier, si bien que je ne peux pas les prendre en compte.

L'année 1917 est particulièrement riche en déplacements : le bataillon va de cantonnements en cantonnements, monte parfois en première ligne, mais fait surtout de longues marches d'exercice. Vosges, Haute-Saône, Haut-Rhin, Marne, Oise, Seine et Marne, Marne, Meuse, Vosges, Marne se succèdent à un rythme effréné jusqu'au grand départ de novembre vers l'Italie.

Parfois les déplacements sont difficilement compréhensibles, comme cet aller-retour italien : étape Lonato-Cedegolo le 8 novembre 1917, poursuite vers Edolo le 9  et retour immédiat à Lonato (prévu le 13, mais reculé au 17 à cause d’un éboulement sur la voie), soit 240 km initialement prévus en 5 jours (et finalement réalisés en 9).

Si l’on ajoute tous les déplacements en 4 ans de conflits, d’après mes estimations, cela représente 13 037 km (hors les 5 mois de formation, les marches de manœuvres qui ne sont pas détaillées et les permissions dont je n’ai pas retrouvé les traces), soit environ 280 km par mois. L'étape la plus longue a lieu lors du retour d'Italie : de la Vénétie jusque dans la Somme, ce sont près de 1 400 km qui sont effectués en trois jours (par train principalement, terminés par une marche pénible sous la pluie et sur des routes défoncées).

Voici ce que cela donne sur une carte :


 Bref, en 4 ans de guerre, Jean-François en a fait du chemin !

 

vendredi 4 février 2022

#52Ancestors - 5 - Pierre de Sales

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 5 : Jusqu'où s'étend votre généalogie ?

Une infographie valant mieux qu'un long discours, voici une présentation des limites de ma généalogie.



vendredi 28 janvier 2022

#52Ancestors - 4 - François Dubois

 

- Challenge #52Ancestors : un article par semaine et par ancêtre -

Semaine 4 : Une curiosité de votre généalogie 

Le sixième jour de juillet 1728 François Dubois épouse Marie Dumoulin à Echemiré (Maine et Loire). Apparemment rien d’extraordinaire dans ce mariage : les bans ont été publiés par trois dimanches consécutifs en l’église de la paroisse (celle du jeune homme) et en celle de Cheviré, la paroisse de la jeune fille. Le curé ne mentionne aucun empêchement : on suppose qu’il n’y a pas eu d’obstacle à cette union.

Les fiançailles ont été faites le jour même : c’est peut-être la seule bizarrerie qui ressort de cet acte.


 

François est le fils d’un autre François Dubois et de défunte Jeanne Daviau. Marie est fille de défunt Pierre Dumoulin et de Michelle Allory. Les deux parents survivants sont présents et consentants à cette union.

Mais ce que ne dit pas cet acte de mariage c’est que François Dubois père et Michelle Allory sont… mariés !

Arbre François Dubois / Michelle Allory
(cliquez pour agrandir)


En effet François père avait épousé Jeanne Daviau en 1697 à Jarzé. De cette union sont nés au moins 9 enfants. 5 de ces enfants n’ont pas vécu plus de 13 mois. Deux sont mêmes mort-nés, dont le denier de la fratrie (qui se prénommait aussi François comme son père et son frère aîné). Malheureusement Jeanne n’a pas survécu à cette dernière naissance : elle est décédée de suites de couches trois jours plus tard, en avril 1711. François a alors 48 ans et père de trois enfants âgés de 10, 8 et 2 ans. Il est bêcheur, un ouvrier agricole sans terre.

 

Michelle Allory, de son côté, avait épousé Pierre Dumoulin en 1703. Lui aussi était bêcheur, à Clefs (à un peu moins de 20km de Jarzé). Ensemble ils ont eu deux filles, mais seule l’aînée, Marie, a survécu. Pierre est décédé en 1709. Que fait Michelle, veuve de 30 ans et mère d’une petite fille de près de 4 ans ? L’histoire ne le dit pas, mais ce qui est sûr c’est que 2 ans plus tard, en 1711, elle demeure à Echemiré, la paroisse voisine de Jarzé…

 

Quand se sont-ils rencontrés ? Où ? Je l’ignore. Mais moins de deux mois après le décès de Jeanne, François épouse Michelle ! François décroche d’ailleurs le record du veuvage le plus court de ma généalogie. 5 enfants viendront par la suite agrandir la fratrie recomposée.

 

C’est ainsi que la petite Marie, 6 ans, va faire la connaissance de François, 12 ans. Ils vont grandir côte à côte, apprenant à se connaître comme frère et sœur. Et puis leur relation va évoluer et en 1728 on les retrouve devant l’autel.

 

Deux ans plus tard, en 1730, lorsque naît leur premier-né (baptisé François évidemment), le vicaire de la paroisse aura davantage de mémoire que le curé en 1728. En effet, les parrain et marraine de l’enfant sont ses grands-parents, François Dubois et Michelle Allory « femme dudit Dubois ».