« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

  • #Généathème
  • #RDVAncestral

mardi 9 juin 2015

#ChallengeAZ : H comme hiver au Sylans

Je ne sais pas si vous le savez, et si vous ne le savez pas je vais vous le dire, mais dans ma famille il existe plusieurs légendes qui se transmettent de génération en génération.

C’est un de mes défis, en tant que généalogiste amateur, de confirmer – ou non – cette tradition orale.

L’une de ces histoires m’est ainsi parvenue en ces termes : « Le Poizat : l’air y est très pur ; bien des vacanciers aiment y faire des séjours. Le lac du Sylans : il était gelé l’hiver. Jules Assumel allait casser la glace qui devait être envoyée à Paris à des grands restaurants. »

Le lac de Sylans est un lac naturel situé dans le département de l'Ain. La formation du lac est le résultat de l'effondrement d'une portion de la falaise Nord de la vallée il y a plusieurs siècles. Il est long de deux kilomètres et large de 250 mètres, pour une profondeur de vingt deux mètres.

Les glacières sont nées en 1865 sur une idée de Mr. Joachim Moinat qui eut l'idée d'utiliser pour son café la glace très pure qui recouvrait chaque hiver le lac de Sylans. En effet, cette pureté permettait la production d'une glace limpide prête à la consommation. Pour stocker la glace, il y fit construire une première maisonnette en bois. Puis en 1875, un second bâtiment en bois est édifié : il est constitué de murs à double paroi comblée par un mètre de sciure pour assurer une meilleure isolation.

Récolte de la glace au Lac du Sylans © AD01

En 1885, il vend son affaire à la société des glacières de Paris. Il y eut la construction de bâtiments en bois puis en pierres entre 1890 et 1910, qui servaient de logements, de bureaux, de cantine, d'écurie à chevaux et d'ateliers de réparation.
Puis, plus tard, lors de la création de la voie ferrée La Cluse - Bellegarde, ce sont 20 à 30 wagons de 10 tonnes partant tous les jours pour Paris, Lyon, Marseille, Toulon et même Alger. Chaque wagon transportait 10 tonnes de glace. Ceux-ci étaient recouverts d'une toile de jute, de paille, et d'une bâche pour l'isolation. Ainsi les pertes n'étaient pas tellement importantes, puisqu'on estime sur 10 tonnes expédiées, 8 arrivaient à Paris.

La fabrication de la glace artificielle en 1900, des hivers moins rigoureux de 1911 à 1913 et la Première Guerre mondiale vont mettre un terme à cette exploitation en 1917 (cessation définitive en 1925).
Aujourd'hui ne subsiste que des vestiges de ce qui constituait l'un des plus importants chantiers de glace du XXème siècle. Des restaurations sont en cours et ont déjà permis de redécouvrir ce que pouvait être les entrepôts.

On notera que cette activité liée aux glacières n’est jamais mentionnée officiellement dans les documents qui concernent Jules. On la voit pourtant apparaître dans les recensements du Poizat (on trouve un « contremaître aux Glacières de Sylans » dans le recensement de 1901 par exemple). Alors : Jules a-t-il travaillé aux Glacières « entre deux sources » ? Ou peut-être d’une façon temporaire et trop courte pour que cette activité paraisse dans les documents officiels ? Ou est-ce tout simplement une légende ? Pour l’instant, je ne peux pas encore confirmer ni infirmer cette histoire de manière formelle et absolument certaine (mais je ne désespère pas: sait-on jamais ?...).


Merci à la tradition orale, aux Archives Départementales de l'Ain et au web en général pour ces trouvailles.
Sources : tradition orale familiale, carte postale ancienne (AD01), nature-extreme.forumactif.com, Wikipedia.


2 commentaires:

  1. Ce post me rappelle ces énormes pains de glace livrés par camions chez les commerçants à Alger. Quand nous avions une fête familiale, mes oncles allaient en chercher pour rafraîchir les boissons et garder les plats frais. Là, ce n'était pas de la glace naturelle. En plein Alger, une usine la fabriquait...

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  2. J'apprécie la rigueur de cet article (et celle de l’hiver). Cela montre comment il faut être prudent et mener l'enquête patiemment à propos des légendes familiales qui sont une belle piste de recherches;

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