« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

mardi 5 novembre 2019

#ChallengeAZ : D comme désaccord

Si Jean Avalon passe souvent chez le notaire pour acheter ou vendre des biens (400 fois au total, rappelons-le), on le trouve mentionné aussi lors de mises en demeure ou procès. Bref, quand on ne peut pas régler l’affaire à l’amiable, on passe à la vitesse supérieure !

Dans son inventaire après décès on recense ainsi plusieurs « liasses de procès » (26 pièces au total, malheureusement le notaire n’a pas jugé bon d’en décrire le contenu…), des « mises en instance », « appointements de condamnations », etc...*


Sacs à procès © AD31

Par exemple, en 1694, on trouve une mise en instance de Jean Avalon contre Marguerite Boissière et son époux Jean Burguiere, demandant la condamnation des héritiers de Jean Rayrolles parastre (beau-père) de ladite Boissière en raison des impayés dudit feu Rayrolles : Jean Avalon avait fait un « prêt d'argent, viande de boucherie denrées, pain, vin et autres choses » équivalent à un total de 340 livres (soit près de 6 500 euros).

A l’inverse, en 1679 c’est une protestation* à l’encontre de Jean Avalon portée par le second consul de la ville, Bernard Brunet, pour taille non payée : après un dernier délai accordé, et une taille toujours non payée, un chaudron est confisqué au boucher pour être vendu en place publique (j'ai raconté cette histoire ici).

Dans ses disputes « notario-judiciaires », le marchand boucher n’hésite pas à faire face aux consuls de la ville ou bien… aux membres de sa famille ! En effet, dans ses papiers, figure par exemple un appointement de condamnation de Jean Avalon contre Meyric Pervenquières (1694). Et ce dernier n’est autre que son beau-frère  (le frère de feue sa première épouse Jeanne, très exactement).

Ou encore à mes propres ancêtres : Pierre Mayrinhac (sosa 2148, génération XII) figure parmi les condamnés !

On notera au passage que l’épouse de Jean Avalon, Bonne Noël, n’hésite pas elle aussi à faire valoir ses droits : à plusieurs reprises les appointements de condamnation sont en sa faveur.

Les sommes en jeu ne sont pas toujours des tas d’or : l’un des appointement de condamnation est de 6 livres seulement (un peu moins de 130 euros). Mais on n’hésite pas à lancer une procédure tout de même.


* Le sens d’un mot vous échappe ? Rendez-vous sur la page Lexique de généalogie de ce blog pour le découvrir !


lundi 4 novembre 2019

#ChallengeAZ : C comme comte

Entraygues, autrefois vicomté, a été achetée par les comtes de Rodez au XIIIème siècle. Ceux-ci font construire un château, puis des remparts pour fortifier la ville qui se trouve aux confluents des routes d’Auvergne et du Lot. Au gré des guerres, le comté changera plusieurs fois de mains.

A l’époque de « notre » Jean Avalon, c’est le comte Henri II de Montvallat et son épouse la comtesse Blanche de Castrevielle qui règnent sur la ville. Le couple se marie en 1668 à Jaujac, fief d’où est native la future comtesse, situé à 200 km à l’Est (en Ardèche actuelle). 

La maison de Montvallat est originaire d’Auvergne. Le grand-père d’Henri II épousa une dame d’Entraygues et c’est ainsi qu’ils arrivèrent en Rouergue.

Les Castervielle (ou Castrevielhe, Castervieille, Chastrevieille) « sont venus, on ne sait en quelle circonstance, mais très anciennement, au château de Castrevieille. Ce château est situé à l’entrée du bourg de Jaujac. […] Après sept générations, la maison tomba en quenouille (sic), en la personne de Blanche de Castrevieille, héritière de tous les biens de sa famille [Castrevieille, Jaujac, Rocles, Saint Pierre de Malet, etc…] dont le fils, François Gaston, vendit tous ses biens du Vivarais ».*

Ils auront huit enfants, dont seul l’aîné semble naître à Jaujac. Après cela la famille s’installe vraisemblablement à Entraygues, s’enracinant dans le comté. Henri de Montvallat acquiert, en 1685, la seigneurie de Montpezat (Ardèche, à une quinzaine de kilomètres de Jaujac), étendant ainsi le domaine. Il était aussi capitaine-lieutenant de la compagnie des Chevaux-Légers de Monseigneur le Duc d'Orléans (en 1656) et portait le titre de seigneur de divers lieux, en plus du comté d’Entraygues : Neuve-Église (aujourd’hui La Chapelle Neuve Église en Aveyron), Cornette, Unies, Montpezat et Castrevielle.

Henri décède en 1690 et son fils François Gaston lui succède en tant que comte. La comtesse douairière survit quelques années à son défunt époux : elle meurt en 1703.

Le nouveau comte d’Entraygues, François Gaston porte également les titres de seigneur de Montpezat et Castreveille (jusqu’à la vente de ce dernier tout au moins). Il fut page du roi dans la grande écurie avec son frère puîné Hyacinthe en 1685. Il servit ensuite chez les mousquetaires. Il porta successivement les titre d’enseigne, sous-lieutenant, lieutenant puis enfin capitaine dans le régiment des gardes françaises en 1700. Il quitta le service en 1704 (suite au décès de sa mère et de la vacance du comté ?). Entre temps il s’était marié en 1700 avec Marguerite de Pleure (en la paroisse de St Jean de Grève à Paris), fille d’un chevalier et seigneur de Romilly et divers autres lieux.

Dans les archives notariales concernant Jean Avalon, on voit régulièrement apparaître la Dame comtesse, en particulier après le décès de son époux. Je n’y ai pas rencontré son fils, qui devait alors se trouver en région parisienne.

Le château comtal est situé à l’extrémité de la ville, à la confluence des deux rivières qui entourent la cité (le Lot et la Truyère). La bâtisse médiévale fut pillée et dévastée en 1587, puis reconstruite par le grand-père d’Henri II de Montvallat. Des vestiges du XIIIème siècle il ne reste que la cage d'escalier, la salle voûtée gauche du rez-de-chaussée et les deux tours carrées. Le corps de logis a été édifié au XVIIème siècle. Il restera dans la famille de Montvallat jusqu’à la Révolution où il fut vendu comme bien national. Par la suite il changea plusieurs fois de propriétaire. Il appartient aujourd’hui à une communauté religieuse qui y a fondé une école.


 Château d'Entraygues aujourd'hui © Wikipédia

* (source : Revue historique, archéologique, littéraire et pittoresque du Vivarais illustrée)


samedi 2 novembre 2019

#ChallenAZ : B comme boucher

Jean Avalon est dit boucher et, plus souvent encore, marchand boucher. Le boucher était autrefois le marchand qui vendait principalement de la viande de bœuf ou de mouton.

Boucher © Wikipedia

En 1678 Jean afferme une boucherie, pour une durée de deux ans et un loyer de 2 livres par an. La boutique est située « dans la place publique de ladite ville » (il s’agit sans doute de la place Mage – aujourd’hui A. Castanié – la place principale de la forteresse). Ce n’est pas son seul établissement puisqu’il dispose aussi d’une petite boucherie située rue Droite près du portail de la ville. Cette dernière est sans doute celle dont il a hérité de son père.

D’après son inventaire après décès, elle comprenait des balances et leurs poids, des couteaux de boucherie, un grand quartier et un petit de viande de « pourceau » (lard ? jambon séché ?), un pressoir pour le suif, un coffre, un tour de fer à tourner la broche, etc…

On a vu dans la lettre A que Jean avait remporté le marché de fourniture de viande, avec son frère, auprès des consuls de la ville. Par contrat, ils sont tenus de « fournir ladite ville et habitants dicelle de la viande necessaire pour la subsistance diceux. […] A condition neanmoins quils soient surs quils puissent debiter et tenir boucherie dans ladite ville et fauxbourg dicelle sur le prix quils seront convenus [les] dites parties. » La viande vendue doit être de la viande de bœuf ou de veau et les prix en sont fixés à l’avance, de façon fort précise (15 deniers la livre de Pâques à la St Michel puis 1 sol la livre de la St Michel jusqu’au carême suivant). « La chair de motton », de veau de lait, de pourceau et de brebis sont réglementées de la même façon. Le contrat est signé pour une durée d’un an, commençant à partir de Pâques 1679. J’ignore s’il a été renouvelé ou non.

A travers les documents notariés, on voit régulièrement Jean vendre ou acheter des animaux :
- 2 vaches poil rouge l'une avec son suivant mâle et l'autre pleine, d'environ 6 et 4 ans (1680).
- une paire de bœufs de 3 ans (1693, 1694).
- une vache à poil rouge de 5 ans avec son suivant femelle de 3 semaines aussi poil rouge (1695).
- une paire de taureaux (1695).
Ces animaux sont sans doute destinés à son commerce. Plus rare, en 1695 il achète un cheval poil gris âgé de 3 ans. Je ne sais pas si à cette époque on mangeait de la viande de cheval, mais Jean possède aussi beaucoup de terre, qu’il faut travailler : le cheval est peut-être réservé à cet usage ?

On le voit aussi faire crédit à ses clients (devant notaire bien sûr), comme en 1694 où il fait crédit « pour viande de boucherie, pain et argent » pour une somme de 80 livres. Ses clients sont parfois prestigieux : la comtesse d’Entraygues elle-même lui doit 8 livres 16 sols « pour la viande de boucherie prise à la boutique ».

Grâce à ces documents notariés, nous avons un aperçu du quotidien d’un boucher au XVIIème siècle.


vendredi 1 novembre 2019

#ChallengeAZ : A comme Avalon

Jean Avalon est né sans doute au début des années 1640 (mais comme il n’y a pas de registre antérieur à 1662 dans sa ville d'Entraygues je n’en sais pas plus) de Guillaume Avalon et Izabeau Bosque. Ceux-ci demeurent rue Droite à Entraygues (la rue principale de la ville). Le père est boucher. Le couple aura deux autres enfants : Gabrielle et Louis.

Jean se marie une première fois avec Jeanne Pervenquieres. La date n’est pas connue, disons dans les années 1660. Des trois enfants de leur union (nés en 1669, 1672 et … ?), Eymeric et Anne sont décédés en bas âge; le sort de leur sœur Gabrielle reste incertain (décès pas trouvé mais elle n'est pas mentionnée dans le testament de son père en 1700).

En 1669 Jean achète une maison sise rue Esquerre (aujourd'hui rue du Collège), composée de deux étages et un « chay » (cave) ; elle est couverte de tuiles. Son prix est de 160 livres, payés en pistoles d’Espagne, louis d’or et d’argent (payable en plusieurs fois).

Le père de Jean est décédé avant 1669 et sa mère en 1670. Il reprend alors probablement la boucherie familiale avec son frère, lui aussi boucher (ensemble ils obtiennent le marché de la fourniture de la viande pour la cité d’Entraygues, contrat passé auprès des consuls de la ville pour l’année 1679, par exemple).

Le décès de Jeanne Pervenquières, épouse Avalon, se situe entre 1672 (naissance de sa fille Gabrielle) et 1675 ou début 1676. En juin 1676 en effet Jean fait rédiger un contrat de mariage pour lui-même et une dénommée Bonne Noël. Elle est aussi originaire d’Entraygues. Son père, Bernard, est déjà décédé, mais sa mère Bonne Soulié est encore vivante. Ce couple a eu 11 enfants, dont deux prénommées Bonne, deux Suzanne et un Durand.

J’espère que vous suivez toujours.

Le mariage de Jean Avalon et Bonne Noël doit probablement suivre de peu le contrat de mariage, mais là encore des lacunes m’ont empêché de le trouver. Ils auront eux aussi trois enfants (nés entre 1678 et peut-être 1687 ?) : Louis, Bonne l’Aînée et Bonne la Jeune. Mon ancêtre directe est Bonne l’Aînée.


 Arbre Jean Avalon via Généatique

Ce qui, au passage, nous fait 2 Gabrielle, 2 Louis, 2 Suzanne et 5 Bonne ! Une belle pelote à démêler…

La maison de la rue l’Esquerre est revendue en 1679, au prix de 253 livres, faisant là une belle opération immobilière.

L’épouse de Jean, Bonne Noël, décède le 28 janvier 1700, ab intestat, c'est-à-dire sans avoir eu le temps de faire un testament. Ce que ne fera pas Jean – et c’est pour cela que nous sommes là ! – faisant rédiger son testament le 27 décembre 1700. Il est alors « alite de certaine maladie corporelle [mais] toute fois en son bon sens entendement et parfaite mémoire ». Cependant « de laquelle maladie il croit mourir et afin quapres son deces il ny ait discussion parmy ses enfants bas nommes et autres ses heritiers » il a fait part de ses dernières volontés. Comme on l'a vu plus haut sa fille aînée Gabrielle n’y est pas mentionnée, ce qui peut laisser supposer qu’elle est déjà décédée, même si l’acte n’a pas été trouvé. Il ne resterait donc plus aucun des trois enfants de son premier lit.

Il donne a chacun de ses trois enfants du second lit 4 000 livres, « payables audit louys et bonne plus jeune la moity en biens fonciers [ ?] et lautre moytie en obligations quand ils marieront ou auront ateint laage de vingt cinq ans ». Louis et Bonne la jeune devront être logés et nourris jusqu'à ce qu'ils aient 25 ans ou qu'ils se marient. En échange ils devront participer aux travaux de la maison. Il « institue son heritier general universel le sieur simon mommaton son beau fils » (l’époux de Bonne l’Aînée).

Et finalement il aura bien fait de rédiger son testament car il décède 13 jour plus tard, le 9 janvier 1701. Il a probablement 60 ans ou environ. Son acte de décès est le seul document type BMS (baptême/mariage/sépulture : les « 3 actes de la vie ») que j’ai retrouvé le concernant directement. Un seul acte.

A la demande de Simon Mommaton, l’héritier désigné, un inventaire des biens laissés par le couple défunt est souhaité ; ce qui sera fait du 3 au 12 février 1701. Un conseil de famille a suivi début avril (pas trouvé), sans doute pour évoquer la situation des deux enfants orphelins mineurs. Puis finalement un partage des biens, qui a lieu le 20 avril 1701.

Et c’est à partir de ces trois documents (testament, inventaire et partage) que j’ai découvert… un total de 400 actes notariés concernant Jean Avalon !


vendredi 25 octobre 2019

#ChallengeAZ 2019 : Présentation

C'est la sixième année que je participe au #ChallengeAZ; d'ailleurs c'est la première édition qui m'a donné envie de créer ce blog. Pour mémoire, le but est de publier un article par jour (sauf le dimanche) pendant un mois, en suivant les lettres de l'alphabet, tout en ayant un rapport avec la généalogie, bien sûr.



En 2014, première participation, j'ai papillonné au hasard de ma généalogie.
En 2015 j'ai suivi un fil rouge : celui de mon arrière-grand-père parti de l'Ain pour se bouturer avec la branche angevine de mon arbre.
En 2016 je me suis intéressée aux dictons ayant un rapport avec des mots généalogiques.
En 2017 j'ai fait un challenge photographique.
En 2018, j'ai rendu hommage à un autre de mes arrières-grands-pères, Poilu de la Guerre 14-18.

Cette année 2019 le ChallengeAZ aura pour fil conducteur l'un de mes ancêtres... un peu particulier (sur une idée de Sophie alias @gazetteancetres bien sûr !).

La branche aveyronnaise - et paternelle - de mon arbre part de Conques. Mais plus on remonte le temps, plus elle se déporte légèrement à l’Est. C’est ainsi que je suis arrivée dans la ville d’Entraygues, à moins d’une trentaine de kilomètres de Conques. Ville située à la confluence de deux rivière, le Lot et la Truyère, elle comptait sans doute un peu plus d'un millier d'habitants au XVIIème siècle.

C'est là que j’ai notamment rencontré la famille Avalon : d’abord la fille, prénommée Bonne, puis les parents, Jean et Bonne, et les grands-parents, Guillaume et Izabeau.

Au fur et à mesure des recherches, j’ai étoffé un peu ce rameau : fratrie, premières noces, enfants du premier lit, belle famille… Peu à peu tout ce petit monde s’est organisé autour de Jean Avalon (ca 1640/1701), marchand boucher de la ville d'Entraygues, mon ancêtre à XIIème génération.

Faute d'actes paroissiaux (largement lacunaires pour cette période) pour me renseigner sur sa vie, je me suis tournée vers les archives notariées. J’ai commencé par trouver son testament, puis son inventaire après décès et enfin le partage de ses biens entre ses héritiers.

Et là, surprise, ces trois pièces m'apprennent que Jean avait en sa possession plusieurs centaines de documents notariés, soigneusement conservés et référencés !

 Archives © debaecque.fr

Et c’est ainsi que l’aventure a commencé. Petit à petit j’ai retracé son parcours et sa vie grâce à ces archives notariales. J'en ai beaucoup appris sur lui-même mais aussi sur le "fonctionnement" au quotidien d'un homme du XVIIème siècle dans une ville de province. Entre les lignes j'ai découvert son "pays" - la ville et les paroisses alentours - ses contemporains (environs 300 protagonistes) et les liens tissés entre eux.

Je dépouille et classe ces archives depuis le début de l'année. Pendant l'été, j'ai officiellement stoppé le décompte de ces pièces à 400 documents. Depuis, j'en ai trouvé quelques autres, mais ayant déjà rédigé plusieurs articles et réalisés les infographies correspondantes, je ne les ai pas inclues dans ces statistiques. Je pense que si je faisais un dépouillement systématique de tous les registres notariés de la ville, j'en trouverai d'autres. Mais pour l'instant je vais me contenter de cette masse de sources à traiter...


Et merci aux archives départementales de l'Aveyron dont le site internet est la mine que j'ai pu explorer et y trouver toutes ces pépites.


A noter : la modération des commentaires sera levée pour le ChallengeAZ, ainsi pour pourrez mettre un mot facilement quand vous le souhaitez...



samedi 19 octobre 2019

#RDVAncestral : Le gobelet de Salonique

J’arrivai à la fin du jour : le coucher de soleil était magnifique, le ciel immense se parant de couleurs rougeoyantes de toute beauté. Hélas, le fracas des canons et les tirs incessants des mitraillettes brisaient le charme de cette scène. Je me faufilai jusqu’à l’infirmerie : une intense activité y régnait. On y déposait à la hâte des blessés, avant d’aller en chercher une nouvelle fournée, les médecins examinaient des plaies béantes pour lesquels ils n’avaient plus de médicament et les infirmières avaient tout juste un peu d’eau à distribuer à ceux qui étaient encore conscients. Au milieu de ce capharnaüm teinté de râles, de bourdonnements d’insectes et d’odeur de sang je pensai bien passer inaperçue.

- Et vous là !
Raté.
- Euh ? moi ?
- Ben oui : qui d’autre ? Mais vous n’avez pas mis votre uniforme ?
Je cherchai quelque chose d’approprié à répondre quand je reçu dans les bras un tas de chiffons… qui s’avéra être un uniforme d’infirmière.
- Allez ! Ne restez pas à rêver comme ça ! Vous croyez qu’il n’y a pas assez de travail comme ça ? Ah ! Et pendant que vous y êtes : allez me rattraper le caporal Astié. Il a encore quitté son lit en douce pour aller retrouver ses camarades dans les tranchées.

Je restai interdite une seconde en entendant ce nom qui est le mien aujourd’hui. Mince, je pensai le trouver (assez) facilement au fond d’un lit tout fiévreux. Encore raté. Je restai là, immobile, me disant que je n’avais pas du tout envie d’aller visiter les tranchées. L’infirmerie passe encore mais je ne tenais pas tant que ça à m’approcher plus près du front. L’infirmière en chef me regardait bizarrement : elle devait penser que j’étais stupide. Ou encore endormie. Ou les deux.
- Allez ! me pressa-t-elle.
Elle me montra un paravent derrière lequel j’enfilai prestement la tenue d’infirmière qu’elle m’avait lancée. J’avais de la chance : elle était à peu près propre. Y avait pire dans la pile visiblement. Puis je sorti rapidement de là avant qu’on ne me récupère pour aller assister un médecin faisant une amputation à vif sur un pauvre homme faute d’anesthésiant !

La nuit était tombée maintenant. La lune, pleine, et les étoiles brillaient de mille feux. Les bombardements s’étaient calmés. Le silence de la nuit n’était troublé que par quelques tirs sporadiques. Je demandai mon chemin plusieurs fois et fini par atteindre la tranchée qu’on m’avait indiquée. Je n’en menai pas large. Soudain un grand gars sortit le l’ombre et me jeta son manteau sur les épaules.
- Ma parole ! Vous cherchez la mort ou quoi ? Blanche comme vous êtes avec votre uniforme vous brillez sous la lune comme une chandelle dans l’obscurité.
C’est vrai que, côté discrétion, on pouvait faire mieux. Le type était déjà parti : je n’eus pas le temps de le remercier. Je m’enroulai dans la large capote sombre. Elle sentait assez mauvais et était toute tâchée de sang et de boue mêlée. Mais je ne fis pas la fine bouche, je me demandai seulement combien de gars l’avaient portée avant moi et si l’un d’entre eux (ou plusieurs) était mort dedans. Je n’eus pas vraiment le temps de philosopher sur ce point car un solide gaillard m’empoigna et se jeta à terre avec moi. J’en eu le souffle coupé. Alors que je tentai de me relever, j’entendis des tirs et au même moment un soldat déboula, comme tombé du ciel et vint s’écraser à l’endroit exacte où je me tenais une seconde avant. Sans le gaillard il m’aurait proprement aplatie !
Je le remerciai et l’aidai à relever le type qui venait tout droit du no man’s land, poursuivit par le feu nourri d’un ennemi invisible dans le noir de la nuit.
- Ben mon cochon ! C’était moins une !
Je ne sais pas s’il parlait de moi ou du tir.
- M’en parle pas ! Ces « reco » à force ça finira mal. Et je voudrai pas être le pauvre gars à qui ça arrivera. Bon c’est pas tout : il faut que j’aille faire mon rapport maintenant.
Tandis qu’il disparaissait je demandai au fameux gaillard s’il n’avait pas vu le caporal Astié.
- Ouais, j’l’ai vu passer y a pas longtemps. Il doit être un peu plus loin vers la cahute avec les gars de chez Bessonneau.
Bessonneau ? Le patron des usines d’Angers qui, selon la légende familiale avait emmené avec lui tous ses ouvriers « aux Dardanelles » pour contribuer à l'effort de guerre ? Les Dardanelles ! Elles devaient être vraiment très grandes ces Dardanelles, parce qu’on disait toujours ça, chez nous, pour parler de la guerre dans cette partie du monde : les Dardanelles. En fait mon arrière-grand-père avait connu plusieurs positions, comme Salonique par exemple, qui n’est pas précisément à côté des Dardanelles (500 km tout de même). Je m’apprêtai à demander si c’était vrai cette histoire du patron d’usine mais mon gaillard avait filé. Dommage, je ne saurai jamais le fin mot de l’histoire.

Je m’approchai des trois hommes qui discutaient à voix basse dans la tranchée. Parmi eux, je reconnu sans mal mon arrière-grand-père puisque j’avais hérité d’une photo de lui prise quelques mois plus tard et intitulée « retour de la guerre, 1919 ».
- Caporal !
Les autres s’esclaffèrent :
- On t’a retrouvé Astié ! tu y échapperas pas : va falloir retourner bien gentiment faire dodo.
Ils pouffèrent de nouveau.
- Pouvons-nous parler, caporal ?
Il me zieuta et me fit entrer dans la cahute derrière lui.
- ‘Tention la tête.
La porte était basse, la cahute faite de bric et de broc. Un bidon et une cagette renversée composaient l’essentiel du mobilier. Le caporal alluma une lampe sourde qui dispensa chichement sa lumière. Laissant ses yeux s’habituer à la pénombre, il me regardait fixement. Son hypermétropie [1] devait le gêner pour me reconnaître.
- Vous êtes nouvelle ? Vous n’étiez pas à l’infirmerie ce tantôt ?
- Non… Je rends visite aux soldats malades ou blessés.
Je ne sais pas si c’était plausible à cet endroit et à ce moment, mais aussitôt le caporal se détendit et respira mieux. C’était passé !
- D’ailleurs, je vous croyais au lit. On m’a dit que vous aviez fait une nouvelle crise de paludisme.
Comme à peu près 40% des personnes de l’aviation affectées en Orient, il avait d’abord attrapé cette satanée maladie qui le poursuivra toute sa vie durant, entraînant même une pension d’invalidité après-guerre.

Il se coinça un morceau de tabac dans la bouche et se mit à chiquer, mastiquant avec plaisir, expulsant de temps en temps à terre des jets de salive par de grands crachats, comme dans les films de cowboys. Habitude qu’il ne perdra pas en rentrant au pays. Le seul moment où il ne chiquait pas c’était pendant les repas : il mettait alors sa chique dans la doublure de sa casquette, ou sous la table, et la reprenait en partant, à la grande fureur de mon arrière-grand-mère !
Il sorti de sa besace une petite bouteille en argile et un gobelet en fer : il y versa une rasade généreuse d’un  liquide indéterminé.
- Vous en voulez ? C’est les gars qui la font en distillant de la patate. Ça vous rabote le gosier mais c’est pas mauvais. Attention quand même à ne pas en mettre sur vos vêtements, ça f’rait des trous.
- Euh… Non merci, ça ira.
Il avala donc la rasade qui m’était destinée et s’en servit une seconde pour ne pas laisser la première toute seule. Pour ma part, je regardais le gobelet, très légèrement cabossé dont il s’était servi. Remarquant mon intérêt, il l’admira lui aussi une seconde avant de me le tendre pour que je puisse le détailler de plus près.
- Pas trop moche, hein ? Je l’ai fait en 16, à Salonique. Tenez, c’est marqué dessus. Des fois le temps est long, surtout à l’infirmerie, alors j’ai fait ça pour m’occuper. J’aime bien travailler de mes mains. Je préfère le bois, mais ici…

Gobelet ciselé par Augustin Astié avec l’inscription « Souvenir de Salonique 1916 » © Coll. familiale

Je lui rendis le précieux objet et tentai d’en savoir plus sur ses activités :
- Mais que faites-vous dans les tranchées ? N’êtes-vous pas sensé vous trouver à l’arrière, sans même parler de l’infirmerie…
- Non d'une pipe de peau d'chien vert !!!
Oh mince ! J’avais provoqué son juron favori, signe d’un coup de sang et d’un grand mécontentement : j’avais intérêt à me tenir à carreau. Je changeai de sujet aussi rapidement que possible :
- Euh… C’était des hommes de l’usine Bessonneau avec vous ? Avez-vous tous été affectés au même groupe d’aviation ?
Sa colère retomba bien vite et après un jet de salive et de tabac mêlé, digne de figurer au Guinness des records, il me dit :
- Non ces deux-là  je les ai retrouvé par hasard. Les autres... y en a un paquet qui sont perdus…
Il n'en dit pas plus.
- Et que faites-vous alors ?
- Je fais partie des petites mains qui montent les hangars et font mille tâches dans la construction d'une base aérienne. Comme installer les tentes Bessonneau, qui protègent les aéroplanes ou d’autres qui servent d’hôpitaux militaires de campagne. 

Il me raconta un moment sa vie, aux Dardanelles (les vraies !) puis à Salonique : le froid extrême en hiver et les grosses chaleurs en été. Les marais, dernier endroit d’Europe où tu peux attraper le paludisme. Et les tranchées, comme partout ailleurs. Puis la conversation dévia sur sa femme…
- …et mon gosse, qu’est né en 13 et que j’ai presque pas vu. Y me r’connaîtra jamais quand j’vais revenir… Si je reviens un jour…
Il avait raison : le petit garçon s’est insurgé contre ce monsieur inconnu et qui, à peine arrivé, dormait dans le lit de sa maman. Cependant je taisais cette anecdote familiale et je le réconfortai sur son retour assuré.
- Vous êtes sûre ?
- Absolument.
Et pour cause. Mais je voyais qu’il commençait à montrer des signes de fatigue. Il avait beau faire le bravache, il se remettait (à peine) d’une de ces crises de paludisme qui vous terrasse un homme en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je lui proposais donc de le raccompagner à l’infirmerie. Cette fois il ne se mit pas en colère et accepta même mon soutien pour finir le voyage. Encore quelques mois sur le front, et d’autres encore après la signature de l’Armistice, puis la démobilisation, enfin, en mars 1919 et le retour à la maison...

Famille Astié, 1919 © Coll. personnelle



Merci à mon oncle Jean, dont le texte est émaillé de ses souvenirs d’enfance.

[1] Hypermétropie : Sans équipement optique, l'hypermétrope doit fournir un effort de mise au point, le réflexe d'accommodation, pour obtenir une vision nette. Cet effort visuel est nécessaire en vision de loin, mais plus encore en vision rapprochée, c'est pourquoi c'est en vision de près que la vision se trouble (guide-vue.fr).


jeudi 3 octobre 2019

Les livres de bébé

Les « livres de bébé » ne sont pas une invention récente : j’en ai déniché un de 1946 (celui de ma mère en l’occurrence). 

L'album de 1946

Puis je me suis demandé si ceux d’aujourd’hui étaient très différents de ceux d’hier ou pas. J’ai donc emprunté à ma sœur le livre de son fils (né en 2010) et de sa fille (née en 2013). 

Le livre de 2013 (détail)

Ne gardons pas le suspens plus longtemps : globalement on y retrouve les mêmes rubriques. Mais avec quelques différences tout de même. Voici un tour d’horizon des livres de bébé, de la grand-mère aux petits-enfants.

Les rubriques communes

L'identité du bébé. « Bébé 46 » est née en décembre à 8h30, pesait 1,850 kg et mesurait 48 cm. Il est précisé qu’elle est née à terme, mais on dit dans la famille qu’une boîte à chaussure aurait pu être son premier berceau tant elle était menue. Ses petits-enfants pesaient 3,460 kg (« bébé 2010 ») et 2,860 kg (« bébé 2013 ») pour 51 et 47 cm.

La généalogie du bébé, du nouveau-né jusqu’aux grands-parents. En 1946 cela reste un tableau écrit, dans les années 2010 ce sont plutôt des photos.

Les ressemblances du nouveau-né. Ressemblance de BB46 : front de son père ainsi que la bouche et le nez de son oncle maternel (qui n’a que 8 ans de plus). BB10 : « Maman trouve que je ressemble à papa et papa à papa ». BB13 : on ne sait pas trop à qui elle ressemble.

Les premiers jours. BB46 « a très peu d’appétit » mais « les digestions sont bonnes ».  BB10 se réveille toute les deux heures pour la tétée : « pas facile pour maman mais toi tu aimes ! ». BB13 est allaitée par sa mère jusqu’à ses trois mois ; elle prend peu à chaque fois, mais très souvent (« toute la journée »), pour compenser.

L’alimentation : BB46 a été nourri au sein de sa mère pendant un mois, avec 6 tétées par jours, toutes les trois heures. Il est précisé que « le bébé ne prenant pas assez les tétées eurent lieu toutes les deux heures. Très petit appétit ». Il s’avère que le bébé a failli mourir parce que la mère n’avait plus de lait mais ne s’en est pas aperçue ! La semaine suivante une consommation mixte a été tentée : 3 tétées au sein alternées avec trois biberons. Il est précisé « lait maternel insuffisant, complété par du lait concentré ». Une ligne est réservée à la marque du lait concentré. Celui-ci a été pris de janvier à octobre, « date à laquelle le bébé prit du lait ordinaire, le lait concentré ne lui convenant plus ».
Elle a pris ses premières bouillies à 5 mois. Elles étaient composées de farine lactée Nestlé. « Au début une bouillie lactée le midi puis un mois après une bouillie au bouillon de légumes en plus le soir avant le dernier biberon, prise à la cuillère ». BB13 a goûté des aliments solides à partir de mars 2014 (de la purée de carotte). Au début elle aimait « tout », puis quelques temps plus tard : « rien ».

La première sortie. BB46 : « très fragile, ne pas la sortir avant un mois, surveiller très attentivement ». La prescription a été suivie, puisque celle-ci est ensuite décrite : elle a eu lieu 6 semaines après la naissance du bébé, elle a duré une heure, dans sa voiture (landau). Le trajet est décrit rue après rue. BB13 a fait sa première sortie au parc dès sa sortie de la maternité.

Les dodos de bébé. Le sommeil est de BB46 est « très bon », elle « n’a pleuré qu’une nuit et jamais après ». BB10 a fait sa première nuit à 2 mois et trois semaines, puis maman a rayé et a corrigé : « Erreur ! Une semaine plus tard c’était terminé ! ». Il a fallu attendre que bébé trouve son pouce (à trois mois) pour s’endormir seul et… dans son lit : avant il n’acceptait que le cosy ou le lit de ses parents.

Les cadeaux faits à bébé. En 1946 on reste dans la tradition des incontournables couverts en argent (assiette, cuillère et timbale) ou des cadeaux utilitaires (robes, manteaux, capuchon…). Passé les années 2000 on trouve des peluches et doudous à la pelle (« à peine née tu as déjà plein de peluches ; il n’y a d’ailleurs plus de place dans ton berceau. »). Les hochets ont traversé le temps et les générations.

La silhouette du pied et de la main de BB46 ont été tracés lors de ses 18 mois, mais on a du s’y reprendre plusieurs fois pour celle de la main : la mère a ajouté une parenthèse précisant « elle a bougé ». Pour BB10 ce sont deux photos d’empreintes (mains et pieds) laissées dans le sable qui remplacent les silhouettes faites au stylo à bille.

Les jouets de bébé : en mars 1647, BB46 joue à cuire les aliments; en avril 1948, elle joue à la balle. Ses jouets préférés : à 2,5 ans elle préfère les boîtes. Des gros boutons lui représentent des perles, de l’argent ou des billes. C’est le seul jeu, avec ses cartes et ses boîtes, qui plaisent. Celui de BB10 est Sophie la Girafe.

La croissance du bébé : pour BB46 chaque semaine son poids est noté, depuis la naissance (1,850 kg) à la 13ème semaine (4,400 kg). En trois mois le bébé a pris 9 cm ; puis de la 14ème à la 26ème semaine (6,150 kg et 62 cm) ; de la 27ème à la 39ème semaine (7,200 kg et 66 cm) ; et enfin de la 40ème à 52ème semaine (8,500 kg et 70 cm). Pour BB13 taille et poids sont indiqués de la naissance à 12 mois (2,860 kg et 47 cm) à (7,900 kg et 69 cm).

Le diagramme de la courbe de poids du bébé : en 1946 la courbe en rouge indique le poids « normal », en bleu celui du bébé, qui se situe toujours à 1 kg en dessous de la précédente. En 2010 il n’y a pas de courbe « normale », mais seulement les indications parentales : d’un peu plus de 3 kg à la naissance jusqu’à 13 kg à 27 mois. Sa taille est notée sur un tableau : de 60 cm à 3 mois jusqu’à 87 cm à 2 ans.

Le développement physique de bébé (rebaptisé « mes premières fois » en 2010) :
- le bébé a tenu sa tête droite à 5,5 mois
- s’est tenu assis à 8 mois
- s’est traîné à 9 mois
- s’est tenu debout à 10 mois (BB46), 7 mois (BB10)
- a fait ses premiers pas à 1 an
- a marché seul à 16 mois

Habileté manuelle : BB46
- a commencé à se servir de ses mains pour saisir un objet à 6 mois (BB46), 3 mois (BB10)
- s’est servi seul d’une cuillère à 15 mois et d’une fourchette à 22 mois
- a été mis à table pour la première fois à 2 ans

Éveil de l’intelligence :
- a prêté attention au son à 3 mois
- a souri à 1 mois (BB46), 2 semaines (BB10)
- a tendu les bras le jour de son baptême
- a dit maman à 1 an
- a tenu son biberon seul à 6 mois (BB10) et à 1 an pour BB13

Le langage :
Parole : BB46 dit tout ce qu’on lui fait dire, à 27 mois, mais très mal ; pas de grandes phrases encore. Les premiers mots de BB46, après papa et maman furent : cola, ateau (gâteau), aisin (raisin), ayer (ça y est), que c’est ça, qu’est là-haut. Vers 15 mois : non et popo, susucre ; appelle Nicole [sa sœur cadette] « aco » puis « quicole ». A 2,5 ans parle à peu près couramment.
BB10 disait « ça tique » (ça pique) ou « Batelot » (pour matelot).
BB13 a commencé par dire un truc ressemblant à « au revoir » le soir au coucher. Mais longtemps elle est restée « tout juste muette. Ça ne t’intéresse pas beaucoup de parler » [et dire que maintenant elle est si bavarde !]. Son premier maman a été dit à 19 mois et papa à 20.

La marche : après avoir marché 4 mois le long des murs, BB46 s’est lancée à travers la cuisine à 16 mois ; n’a bien marché qu’à 17 mois (coqueluche).
A un an BB13 marchait en se tenant aux murs.

Les dents de bébé : un croquis d’une bouche est dessiné, chacune des dents se voyant attribué un numéro. A côté les numéros sont reportés dans un tableau et la place est laissée pour y mettre la date d’apparition de chaque dent. Pour BB46, la première dent, une incisive de la mâchoire inférieure, est apparue à l’âge de 7 mois, la dernière a poussé en mars 1949. La maman précise que « les dents sont sorties par 2 ou 3 la même semaine, toujours accompagnées de bronchites dentaires, un peu de fièvre, une perte d’appétit [déjà qu’elle n’en n’avait pas !] et par là même de poids. Mais elles n’ont pas causées de grandes douleurs. » BB13 a eu sa première dent en avril 2014 (une incisive inférieure). Les dents ont poussé sans douleur. Une enveloppe collée en bas de page contient la première dent de lait tombée en mai 2019.

La vaccination du bébé. La vaccination antituberculeuse n’a pas été faite, l’antivariolique en octobre 1947 et a entraîné une forte fièvre (« presque 40 »). Une feuille volante de petit format est glissée à cette page : c’est un certificat de la sage-femme de la « Maison d’accouchement de Mme Antoine » certifiant que le bébé a été vacciné « avec succès » 11 mois après sa naissance (il correspond au vaccin antivariolique, bien que ce ne soit pas précisé).

Les maladies infantiles : du premier rhume de BB46 à 3 mois et demi jusqu’à la rougeole à 18 mois. En dehors des maladies classiques, on soulignera « une grande anémie » à 10 mois. BB13 a eu la varicelle en juin 2014 et il a fallu « 4 médecins pour la diagnostiquer et un passage aux urgences pédiatriques ».

La mèche de cheveux :
BB46 coupée le 12 avril 1949
BB10 (non datée)
BB13 coupée à 2 ans et un mois


Les mèches de cheveux de bébés

Les inédits de 1946

L’extrait de naissance du bébé.

Le baptême de bébé nous renseigne sur sa date, le lieu, le parrain (oncle paternel par alliance) et marraine (tante maternelle) et les personnes présentes.

Les habitudes de bébé
Les bonnes habitudes :
- propre le jour à 15 mois
- marche seule à 16 mois
- se relève quand elle tombe à 17 mois
Les mauvaises habitudes :
- suce son pouce à 2,5 mois
- va bouder dans un coin à la moindre contrariété à 20 mois

Le caractère à différents âges :
- un an : coquette, coléreuse, pas méchante, jalouse mais bon cœur.
- à 18 mois : elle se vexe et boude.
- à 2 ans : elle est très complaisante, cherchant toujours quel objet peut manquer pour l’apporter aussitôt et a très bon cœur ; adore sa petite sœur qui le lui rend bien ; mais elle est capricieuse, entêtée.


Les inédits des années 2010

- Avant moi : comment mes parents se sont rencontrés, les conditions d’annonce de la grossesse, comment se passe-t-elle, les échographies.

- Le jour de mon arrivée. On y décrit la météo, des extraits de journaux racontent l’actualité. Ce qu’on entend à la radio et voit au cinéma, le signe astrologique.

- Le choix des prénoms. Quels étaient les envies de la future maman et ceux du futur papa et le choix final (des prénoms doubles qui reprennent les deux souhaits des parents).

- La maternité : les bracelets de naissance de la maternité, les premiers mots dits au bébé, les photos à la maternité.

- L'arivée à la maison : la chambre, le faire-part de naissance, les doudous, le premier bain : donné par maman à BB13 qui a semblé ne pas trop apprécier cette nouvelle expérience, les premières bêtises. « Pas de bêtise dit maman, tu es très sage !!! » BB10.

- Les photos d’anniversaires et autres (première sortie, vacances, Noël, etc…).

- Les premiers dessins.


Globalement on retrouve donc des rubriques identiques, même si elles ne sont pas libellées exactement de la même manière. Chaque livre de bébé est le reflet de son époque, tant au niveau de la morale que du visuel.

Ainsi celui de 1946 est assez moraliste (« Ainsi vous aurez rendu service à ce petit être, chair de votre chair, et aurez étendu sur lui […] la tendre protection que l’oisillon demande aux ailes de sa maman. »). Il est édité par Nestlé donc il est légèrement orienté (« Combien précieux alors seront […] tant de renseignement sur l’alimentation... »). Mais passé 2010 on est dans une ère beaucoup plus visuelle : les albums sont donc plus ludiques, plus décorés et laissent une grande place à l’image. Si, dans l’album de 1946 il y a bien des pages réservées aux photos, elles sont presque toujours vides (il n’y a qu’une seule photo).

Le livre de bébé de 1946 adopte un ton descriptif (« a marché à tel âge ») tandis que ceux des années 2010 sont adressés directement à l’enfant (« tu adorais ça »).

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Enfin je souhaite faire une dédicace personnelle à BB13... née un 3 octobre...