« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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vendredi 20 mars 2015

Dis-moi dix mots

Ce n'est peut-être pas très flagrant, mais du 14 au 22 mars 2015 (cette semaine, donc), c'est la semaine de la langue française et de la francophonie. La 20ème édition, tout de même. Elle permet de fêter la langue française en lui manifestant son attachement et en célébrant sa richesse et sa diversité. Je me suis donc inspirée de l'opération "dix mots..." pour rédiger ce billet. La thématique retenue cette année est centrée sur la capacité du français à intégrer dans son vocabulaire des mots issus d'autres langues. Ce qui, finalement, correspond bien à l'esprit du généalogiste, prêt à accueillir toutes ses découvertes (enfin, en principe... !). Les dix mots retenus cette année nous viennent donc de langues étrangères, avant d'avoir été adoptés par le français au fil du temps (pour en savoir plus sur cette opération, cliquer ici). Chacun de ces mots sont indiqués en gras et font l'objet d'une courte notice en bas de page.


 

Alors que je musardais sur le net, zappant de sites spécialisés en wiki [ 1 ], j’errais jusqu’au bord de la nuit, ne sachant où me poser enfin : quel type de recherche cibler [ 2 ] ? Se concentrer sur une seule branche généalogique ou sur une catégorie d’actes ? Une famille complète ou une l’histoire d’une paroisse ? Bon ! Inutile d’errer ainsi indéfiniment : je me décide, me fixe un objectif et concentre mes recherches. Un nom, un lieu, une date. Mais, une fois mon choix arrêté, je suis finalement rattrapée par la sérendipité [ 3 ] ! C’est toujours ce que l’on ne cherchait pas qui nous tombe sous les yeux en premier. L’acte est ancien. Usé. Taché. Mais il est là.

Je commence la besogne ardue de déchiffrage. Et là, rapidement, je dis bravo [ 4 ] au rédacteur de l’acte : je pense qu’il a fait une kermesse [ 5 ] avec les lettres. Ils les a toutes prises, mises dans un sac, et les a couchées au hasard sur le papier, créant un joyeux mélange, un défilé de mots n’ayant ni queue ni tête. Ou alors il écrit en inuit [6 ] ?! Pourtant je n’ai pas d’ancêtre sur les terres arctiques. Alors je remets l’ouvrage sur le métier, comme dit le poète :

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. [ 7 ]

Je compulse les ouvrages spécialisés, je réunis tous mes grigris [ 8 ], j’invoque les mânes de mes ancêtres, pour tenter de trouver un sens à cet acte incongru. Entre deux plongées dans ce monde inconnu, je pense décerner officiellement une médaille d’or à l’inventeur de cet amalgame [ 9 ] inextricable : un nouveau langage a été composé et je me sens dans la peau de cet aventurier entrevoyant une nouvelle espèce ignorée en forêt amazonienne. Je laisse un instant dériver mon imagination, m’offrant une pause comme une bulle de savon s’élevant dans l’air. Mais pendant cette respiration, mes yeux n’ont pas quitté le document. Peinant doucement sur cette tâche ardue, j’apprends la zénitude [ 10 ]. Je lève le nez, respire, attend une mystique inspiration. J’imagine différentes versions : qu’a-t-il bien voulu dire ? Quelles étaient ses intentions ? Je fais appel au corpus des expressions récurrentes dans ce genre d’écrits, acquis au fil d’une expérience qui s’enrichit chaque jour, tentant d’en déchiffrer (ou d’en inventer !) une. Je persévère toujours, poussée par l’envie de percer le mystère de cette archive définitivement kitsch [ 11 ]. Quand, tout d’un coup, je m’aperçois que le mot est limpide, la phrase déchiffrée, le sens enfin révélé. 

J’ai peut-être un peu souffert, mais j’ai voyagé, résolu une énigme, dépassé mes limites. Et j’ai progressé dans la connaissance de la vie de mes aïeux.
En un mot comme en cent : j’ai fait de la généalogie !


[ 1 ] DÉFINITION(S)
Wiki [wiki] n. m. – ÉTYM. 2003, mot anglais américain, abréviation de WikiWikiWeb, nom du site créé par W. Cunningham en 1995, de l’hawaïen wiki wiki « vite »
Site web collaboratif dont le contenu peut être librement modifié par les visiteurs autorisés. Le développement des wikis. APPOS. Site, encyclopédie wiki.
ORIGINE
Origine hawaïenne, terme emprunté par l’intermédiaire de l’anglais, lexicalisé en 2003

[ 2 ] DÉFINITION(S)
Cibler [sible] v. tr. (conjug. 1) – ÉTYM. v. 1970, de cible
I. Déterminer, circonscrire en tant que cible. Cibler la clientèle d’un produit, un marché. Chercher à faire correspondre (un produit) à une cible. P. p. adj. Produit mal ciblé. Campagne électorale ciblée. II. Prendre pour cible. Cibler une tumeur. Médicament qui cible une bactérie.
ORIGINE
Origine alémanique suisse, terme lexicalisé en 1970

[ 3 ] DÉFINITION(S)
Sérendipité [seʀɑ̃dipite] n. fém. – ETYM. de l’anglais serendipity, créé d’après le titre d’un conte persan
Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité (scientifique, pratique).
ORIGINE
Origine anglaise, terme lexicalisé en 1953, noté comme anglicisme par le Petit Robert 2013

[ 4 ] DÉFINITION(S)
Bravo [bʀavo] interj. et n. m. – ÉTYM. 1738, mot italien « excellent »
I. Exclamation dont on se sert pour applaudir, pour approuver. Bravo ! c’est parfait. II. N. m. Applaudissement, marque d’approbation. Des bravos et des bis. La salle croule sous les bravos. Vivat.
ORIGINE
Origine italienne, terme lexicalisé en 1738

[ 5 ] DÉFINITION(S)
Kermesse [kɛʀmɛs] n. fém. – ÉTYM. 1391, flamand kerkmisse, « messe d’église »
I. Aux Pays-Bas, en Belgique, dans le nord de la France, fête patronale villageoise, foire annuelle célébrée avec de grandes réjouissances en plein air. Ducasse. « La Kermesse héroïque », film de J. Feyder. « la frénésie des bacchanales et des kermesses » (S. Lilar). II. (1832) COURANT Fête de bienfaisance, souvent en plein air. La kermesse de l’école. RÉGIONAL fancy-fair.
ORIGINE
Origine flamande, lexicalisé en 1391 et, au sens moderne, en 1832

[ 6 ] DÉFINITION(S)
Inuit, e [inɥit] n. et adj. – ÉTYM. 1893, les Inoïts, mot de la langue inuite « les hommes », pl. de Inuk « homme »
Esquimau. La langue inuite. Inuktitut. N. Les Inuits d’Alaska. Rem. Courant au Canada où l’emploi de « esquimau » est officiellement proscrit.
ORIGINE
Origine inuktitute, lexicalisé en 1893

[ 7 ] Citation de Nicolas Boileau.

[ 8 ] DÉFINITION(S)
Grigri [gʀigʀi] n. m. VAR. gris-gris – ÉTYM. grigri 1643; autre sens 1557, origine inconnue
I. Amulette (Afrique, Antilles). II. Petit objet magique, porte-bonheur (ou malheur). Des grigris, des gris-gris. « Cette pièce de bijouterie fantaisie s’ornait de toute une ribambelle de pendeloques et de grigris » (Liberati).
ORIGINE
Origine inconnue, terme utilisé en Afrique et dans les Antilles, lexicalisé en 1643

[ 9 ] DÉFINITION(S)
Amalgame [amalgam] n.m. – ÉTYM. 1431, latin des alchimistes amalgama, probablement d’origine arabe
I. Alliage du mercure et d’autres métaux (qu’il liquéfie). Amalgame de plomb. Amalgame d’argent-étain pour les obturations dentaires. ABSOLUMENT Carie obturée avec de l’amalgame. II. FIG. Mélange hétérogène de personnes ou de choses de nature différente. « Le plaisant et le tendre sont difficiles à allier; cet amalgame est le grand œuvre » (Voltaire). Assemblage,composé. MILIT. Fusion d’unités militaires de provenance et de formation différentes. III. Fait d’englober artificiellement, en exploitant un point commun, diverses formations politiques afin de les discréditer. Un député qui pratique l’amalgame. IV. LING. Fusion indissociable de plusieurs morphèmes (ex. du pour de le).
ORIGINE
Origine arabe

[ 10 ] DÉFINITION(S)
Zénitude [zenityd] n. fém. – ÉTYM. 2000, de zen
PLAIS. État de sérénité. « Place au yoga, à la zénitude et aux produits bio » (Le Figaro, 2009).
ORIGINE
De zen, origine japonaise, terme lexicalisé en 200

[ 11 ] DÉFINITION(S)
Kitsch ou Kitch [kitʃ] adj. inv. et n. m. inv. – ÉTYM. 1962, de l’allemand Kitsch (Bavière, v. 1870), de kitschen « rénover, revendre du vieux »
I. Se dit d’un style et d’une attitude esthétique caractérisés par l’usage hétéroclite d’éléments démodés ou populaires, considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l’économie industrielle. Une robe kitsch. « des objets kitsch venus d’un concours Lépine des années trente » (Perec). N. m. « Le kitsch a pu être considéré comme une dégénérescence menaçant toute forme d’art ou au contraire comme une forme nouvelle d’art du bonheur » (A. Moles). II. PAR EXTENSION D’un mauvais goût baroque et provocant. RÉGIONAL quétaine.
ORIGINE
Origine allemande, terme lexicalisé en 1962


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