« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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dimanche 15 février 2026

Bilan généalogique

    31 noms. Sur l’arbre confié par mon grand-père avant son décès en 2001 – un bel arbre dessiné et calligraphié avec le soin particulier qu’il accordait aux belles choses – il y avait 31 noms. On peut y lire ceux de ses ascendants directs jusqu’en 1740 et ceux de son épouse remontant à 1660. La première branche est originaire de Conques en Aveyron – c’est le berceau de nos ancêtres éponymes – la seconde des hauts plateaux de l’Ain.

Arbre originel © D. Astié


    Est-ce que c’était parce que j'ai trouvé l’arbre beau ? Était-ce parce que c’était mon grand-père parti trop tôt ? Était-ce le goût de l’histoire, de la recherche, du mystère ? Petit à petit je me suis plongée gans la généalogie. Avec gourmandise. Je ne l’ai jamais regretté. J’y ai découvert un monde silencieux, oublié, fait de petites gens « sans importance » mais qui, chacun à leur tour, ont tissé leur(s) histoire(s). J’ai patiemment suivi le fil ténu de leur vie, reconstitué l’entrelacs de leurs existences, tendu l’oreille pour écouter soigneusement le murmure de mes ancêtres.

 

    Aujourd’hui ils sont 13 317, répartis sur 31 générations.

 

Bilan généalogique 2026


    Le plus ancien des ancêtres identifiés de mon arbre a vécu à la charnière de l’An Mil. Je suis l'une des descendantes de la famille de Saint François de Sales (par Gaspard, son cousin germain). A travers eux, mon arbre plonge ses racines parmi les maisons nobles de Savoie, notamment la famille de Faucigny dont les origines « se perdent dans la nuit des temps ». Au moment de l'affaiblissement des rois burgondes, les Faucigny étaient les seigneurs les plus importants dans la province de ce nom. Aimerard de Faucigny (ca 985/ca 1048) est généralement admis maintenant comme ayant été l'un des premiers seigneurs connus du Faucigny. Les générations antérieures restent à prendre au conditionnel, tant il y a d’homonymes qui s'enchevêtrent. Et c’est pourquoi j’ai stoppé cette branche de mon arbre à cet Aimerard. Je porte naturellement le n° sosa 1 de mon arbre et lui le n° 1 724 389 376.

 

    Toutes ces années de généalogie m'ont permis de rencontrer des destins singuliers, d'où émergent quelques records. Ainsi, mon ancêtre ayant vécu le plus longtemps aurait atteint l’âge vénérable de 104 ans ! Mathurine Le Floc est décédée à Loudéac (22) le 8 janvier 1677. Son acte de naissance a peut-être été trouvé (un acte en latin figurant sur le site des archives départementales, un document très large mais dont la définition de numérisation est insuffisante pour le lire correctement, rendant l’hypothèse difficile à confirmer). Bon, si ce document était le bon, elle aurait eu ses enfants à 48, 50 et 54 ans, donc ça laisse peu d'espoir… (lire ici l'histoire que j'ai imaginée à l'occasion de son décès).


    Au cours de mes recherches, ce n’est pas la seule rencontre inattendue que j’ai faite : j’ai découvert l’engagement de certains de mes ancêtres pendant les Guerres de Vendée ou, au contraire, un insoumis qui refusa de se présenter au service militaire. Du soldat du Roi (Louis XIV) aux vaillants combattants de la Première Guerre Mondiale, j’ai suivi un certain nombre de militaires sur les champs de bataille et leurs proches attendant de leurs nouvelles, dans l'angoisse.


    Une constellation de sources peuvent être exploitées pour mettre en valeur sa généalogie, et mettre en relief des éléments de la vie professionnelle, sociale, judiciaire ou intime de nos ancêtres. Je ne me suis pas privée d'y plonger, découvrant de gentils vauriens, un enfant pupille de la Nation ou le champion du monde des actes notariés, Jean Avalon, boucher aveyronnais conservant par devers lui plusieurs centaines d'actes le concernant.

    Grâce au cadastre j’ai pu explorer les propriétés de mes ancêtres à Conques ou en Anjou. Un tuto-cadastre est disponible sur le blog avec un exemple dans l'Ain. Une carte de Cassini de l’Orne m'a donné un petit frisson tandis que les mappes sardes m'ont servies pour les propriétés familiales de Savoie avant son rattachement à la France.

    Les listes nominatives de recensement m'ont bien souvent apportées plus de questions que de réponses, mais ont parfois permis d'obtenir des photographies à l'instant T d'une famille et de faire un point bien utile.

 

    Au cours de mes recherches, un enfant surprise a montré le bout de son nez, un grenadier a disparu et un instituteur a été en délicatesse avec sa commune de rattachement.

    J’ai résolu quelques petits mystères : celui de la médaille inconnue, de ce couple marié deux fois ou, mieux encore, de cette femme décédée qui donne naissance à deux enfants supplémentaires ! Mais certaines épines continuent toutefois toujours à m'échapper et je regrette de n’avoir pas pu trouver « le chaînon manquant » de mon ancêtre Gabard, celui dont les registres détruits pendant la Révolution ne permettent pas de remonter l’ascendance avec certitude. Et bien sûr les difficultés à remonter ma branche généalogique suisse, moi qui suis Française.

    Des questions insolites ont émergé : le lit tenait une place centrale dans le mobilier familial. Mais au fait comment étaient les lits de nos ancêtres ? Plus sérieusement, je me suis demandé quels éléments, sociaux et familiaux, présidaient au choix des prénoms des nouveaux-nés.

 

    Côté célébrité, je n’ai pas été trop gâtée, mais peu importe ! Marie Louise Jay, bien qu’un peu éloignée dans mon arbre, m’a fait découvrir le monde des grands magasins du XIXème siècle, de la Légion d’Honneur qui lui a été attribuée et des petites mesquineries assorties.

    Gaspard et son cousin germain Saint François de Sales ont été l’occasion d’imaginer une jolie scène entre ces enfants dont l'un aura un destin peu ordinaire.

 

    Au cours de toutes ces recherches, je me suis bien sûr heurtée à des incompréhensions, notamment au niveau du vocabulaire : j'ai patiemment élaboré mon dictionnaire personnel avec des définitions aussi variées que les différentes sortes de tissus, de monnaies, de termes techniques ou locaux, des abréviations administratives : je vous invite à mettre la page lexique de ce blog dans vos favoris, ça peut toujours servir... 

 

    Aimant manier les mots et raconter des histoires, je me suis lancée dans les défis généalogiques, comme les #Généathèmes (un thème par mois) ou le #52Ancestors (un article par semaine/thème/ancêtre). Je me prise au jeu du #RDVAncestral : et si moi aussi j’y étais ? C’est ainsi que j’ai rencontré mes ancêtres dans une quarantaine de scènes, basées sur des faits réels, du bureau de placement à la colère de Jeanne, de l’arbre des générations au notaire infatigable, du gobelet de Salonique au volume doré de Pontivy

     Et bien sûr, il y a les #ChallengeAZ, défis qui m'ont donné envie d'ouvrir ce blog : un article par jour pendant tout un mois.  Depuis que j'ai ouvert le blog, je n'ai pas manqué une édition ! Mais s'il n'en fallait retenir que quelques-unes, je mettrais en avant le Polar généalogique de 2020, la procédure savoyarde de 2024 et la vie silencieuse de Cécile de 2025.    

 

    Au total, ce sont 691 articles qui ont été publiés depuis l'ouverture de ce blog en novembre 2013En plus de l'écriture, je me suis amusée à mettre certains de ces articles en podcasts ou librement téléchargeables pour les emporter partout avec vous et à écouter/lire quand vous le souhaitez.

     

    Quel plaisir j'ai pris grâce à la généalogie ! Des découvertes inattendues, des mystères à résoudre, de l'émotion à partager. Alors, pour finir, je vous conseille aussi de vous plonger dans vos recherches, de vous amuser et rappelez-vous : en généalogie il n'y a pas de règles, juste du plaisir !