« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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  • #RDVAncestral

vendredi 31 août 2018

#Centenaire1418 pas à pas : août 1918

Suite du parcours de Jean François Borrat-Michaud : tous les tweets du mois d'août 1918 sont réunis ici.

Ne disposant, comme unique source directe, que de sa fiche matricule militaire, j'ai dû trouver d'autres sources pour raconter sa vie. Ne pouvant citer ces sources sur Twitter, elles sont ici précisées. Les photos sont là pour illustrer le propos; elles ne concernent pas forcément directement Jean François.

Les éléments détaillant son activité au front sont tirés des Journaux des Marches et Opérations qui détaillent le quotidien des troupes, trouvés sur le site Mémoire des hommes.

Toutes les personnes nommées dans les tweets ont réellement existé.
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1er août
[JMO Ière armée] Journée et nuit calme. Tirs de harcèlements habituels. La Ière armée est positionnée dans le secteur de Montgérain/Angivillers au Sud de Montdidier (Somme).
Carte Montdidier

2 août
[JMO Ière armée] Journée et nuit calme.

3 août
[JMO Ière armée] Nos patrouilles sont arrivées aux abords de Mesnil saint Georges. Les Allemands abandonnent leurs 1ères lignes après avoir fait sauter leurs abris ainsi que la plupart des ponts sur l’Avre.

4 août
[JMO Ière armée] Nous progressons toujours et occupons une partie de la rive gauche de l’Avre. Nous avons pris plusieurs localités mais les Allemands continuent de résister à l’Ouest de Montdidier.

5 août
[JMO Ière armée] Journée assez calme. La rive droite de l’Avre paraît fortement tenue. Le plan est de flanquer la gauche des Britanniques entre l’Avre et la route d’Amiens, reprendre Montdidier et faire tomber la ligne de l’Avre.

6 août
[JMO Ière armée] Journée calme. En arrivant sur l’Avre nous sommes accueillis par des rafales de mitrailleuses, mais l’activité de l’artillerie ennemie est faible.

7 août
[JMO Ière armée] Journée et nuit calme. Quelques tirs de harcèlement.

8 août
[JMO Ière armée] La Ière Armée française attaque, en liaison avec la IVème Armée britannique. En face de nous la IIème et XVIIIème Armée allemande. Avec la 47ème DI nous sommes dans le secteur de Berny sur Noyé. Les attaques françaises et britanniques sont coordonnées à la même heure (4h20) : artillerie pour nous, tanks pour les Britanniques. Les combats font rage toute la journée. La 3e bataille de Picardie a commencé.
Carte Berny sur Noyé

9 août
[JMO Ière armée] Les combats se poursuivent. A deux reprises (12h et 15h30) l’ennemi contre attaque. Il a amené dans ce but deux nouvelles divisions. Vers 16h ils paraissent faiblir. A 18h30 nous sommes maîtres d’Arvillers.
Carte Arvillers

10 août
[JMO Ière armée] La Ière Armée reprend l’attaque à 4h20, épaulée par la IIIème sur sa gauche. Au début la progression est assez facile, mais la résistance ennemie devient de plus en plus forte à mesure que nous avançons. Andechy tombe entre nos mains à 12h15. La résistance ennemie s’effrite peu à peu. Nos avancées sont importantes.
Carte Andéchy

11 août
[JMO Ière armée] Nous recevons l’ordre de poursuivre notre avancée. L’ennemi résiste énergiquement ; son artillerie est plus active. Notre progression dans le secteur de Roye est très difficile. Nous prenons le bois en Z à 6h15 mais une violente réaction ennemie nous fait reculer et la position nous est enlevée à 8h.
Carte Roye

12 août
[JMO Ière armée] Les Allemands ont conservé leurs anciennes positions à l’Ouest de Roye : en vue de reprendre ce secteur, notre artillerie est mobilisée. Finalement on apprend que l’attaque prévue demain n’aura lieu que le 15. Des relèves d’effectifs sont organisées.

13 août
[JMO Ière armée] Dans la nuit l’artillerie allemande bombarde violemment nos 1ères lignes. Nous ripostons par des tires d’artillerie, destructions d’ouvrages, brèches dans les fils de fer. La réaction ennemie ne se fait pas attendre.

14 août
[JMO Ière armée] Continuation des destructions de l’artillerie. L’ennemi répond par des tirs assez violents, notamment avec des obus toxiques. L’attaque prévue du 15 est reportée au 16. Depuis le début de la bataille (8 août) nous avons fait 8500 prisonniers, 200 canons, 2600 mitrailleuses. Nos pertes : 2575 hommes et 256 officiers.

15 août
[JMO Ière armée] Notre infanterie, devant laquelle la résistance ennemie semble moins vigoureuse, fait des progrès notables. Le bois de Damery est pris, en liaison avec le corps canadien.  Sous un bombardement violent le 54e attaque le bois en Z et l’enlève à l’ennemi.

16 août
[JMO Ière armée] Fléchissement dans les défenses allemandes : une série d’attaque vigoureusement menées nous permettent de progresser à l’Ouest de Roye. Nous occupons Goyencourt, défendu avec acharnement par l’ennemi qui a reçu l’ordre de tenir le village coûte que coûte. Nous essuyons des tirs d’obus toxiques et nombre de nos camarades sont intoxiqués.
Carte Goyencourt

17 août
[JMO Ière armée] Nuit très agitée avec une artillerie ennemie très active. Pendant la journée, notre progression a continué. Une citation à l’ordre de la Ière Armée récompense nos « héroïques efforts » pendant les combats de ces derniers jours. Nous faisons 200 prisonniers.

18 août
[JMO Ière armée] Nuit relativement calme. La lutte, très vive, reprends le reste de la journée. Nous progressons, mais à la nuit tombante l’ennemi déclenche de violentes contre attaques qui nous rejettent hors du bois de Bracquemont. Nous faisons 400 prisonniers.


19 août
[JMO Ière armée] Nous prenons connaissance de la lettre du Général Graig, commandant l’armée britannique, lors de son départ après la victoire sur Amiens, nous faisans part de son plaisir d’avoir été à la tête des nos armées pendant cette bataille. Il nous adresse ses félicitations pour les âpres combats que nous avons menés. L’artillerie ennemie, violente pendant la nuit, se calme pendant la journée. Mais son artillerie résiste avec énergie. Par ordre du Maréchal commandant en Chef les Armées Alliées, la Ière Armée relèvera les troupes britanniques sur le front actuel du Corps canadien.

20 août
[JMO Ière armée] Nuit calme. Les combats font rage autour de Roye. Là encore l’infanterie ennemie se défend très vigoureusement, soutenue par son artillerie. Ordre n°88 : « la bataille est gagnée. A côté de nos alliés britanniques vous avez rompu le front ennemi et dégagé Amiens […]. Vous avez pris Montdidier. […] 16 divisions allemandes ont laissés entre nos mains 10 000 prisonniers, 220 canons. […] Saluons en une pieuse émotion nos braves camarades tombés. […] » Signé Général Debeney
Carte Amiens-Montdidier

21 août
[JMO Ière armée] Pendant la nuit tirs de harcèlement par obus toxique et explosifs. Toute la région est ypéritée. Journée calme. Faible activité de l’artillerie ennemie, mais nous constatons que partout l’infanterie ennemie reste vigilante.

22 août
[JMO Ière armée] Pendant la nuit l’artillerie ennemie est assez active. L’ennemi résiste vigoureusement à Crapeaumesnil.

23 août
[JMO Ière armée] Nuit calme. Pendant la journée l’activité de l’artillerie reprend avec vigueur.

24 août
[JMO Ière armée] L’activité de l’artillerie ennemie se poursuit. Après les Vosges et l’Italie me revoici sous le feu violent de l’ennemi.
Bois, trou d'obus, Somme, 1916 © Gallica

25 août
[JMO Ière armée] Pendant la nuit l’ennemi a tenté plusieurs coups, dont un important au NO de Roye. Ils ont tous été repoussés avec des pertes sérieuses pour eux. Nous récupérons 26 prisonniers et une mitrailleuse. Pendant la journée grande activité des deux artilleries.

26 août
[JMO Ière armée] Au cours de la nuit tirs de harcèlement de l’artillerie ennemie. Pendant la journée nos troupes connaissent différents succès et avancent dans plusieurs secteurs.  Nous faisons 1100 prisonniers, de très nombreuses mitraillettes et un matériel important.

27 août
[JMO Ière armée] A la suite de ses échecs de la veille l’ennemi se replie. Le bataillon, dont le capitaine adjudant-major Herbette a pris le commandement, reçoit l’ordre d’avancer. Roye tombe à 10h. La poursuite continue toute la journée, l’ennemi n’offrant qu’une faible résistance. Nous nous emparons du Bois de l’Abbaye, puis traversons sous le feu de l’ennemi la voie ferrée de Roye à Nesles. En fin de journée nous cantonnons entre Gruny et Carrépuis.
Carte Roye-Gruny

28 août
[JMO Ière armée] La progression reprend sur tout le front dès le lever du jour. L’ennemi continue à se replier, mais offre une résistance de plus en plus forte à mesure qu’on se rapproche de la Somme et du Canal du Nord. Roiglise tombe, puis Balatre, Rethonvillers. Nous sommes arrêtés à Languevoisin où l’ennemi offre une assez vive résistance ; mais à 17h30 le village est pris.
Carte Roye-Langueville

29 août
[JMO Ière armée] Réaction vive de l’artillerie ennemie au cours de la nuit. Pendant la journée l’ennemi fait front sur la ligne de la Somme et du Canal. Nous continuons néanmoins à progresser. Moyencourt est enlevé après une lutte acharnée pied à pied. Malgré une grande résistance, Breuil est pris à 17h.
Carte Moyencourt-Breuil

30 août
[JMO Ière armée] Durant la nuit l’ennemi exécute des tirs de harcèlement assez sérieux. Pendant la journée il continue à offrir une résistance vigoureuse : les bois et l’ouest de la Somme et du Canal sont disputés avec acharnement.

31 août
[JMO Ière armée] Pendant une partie de la nuit, les Allemands bombardent à obus toxiques la région de Languevoisin. La lutte est acharnée toute la journée. Malgré quelques incursions, nous ne sommes pas maîtres du secteur au-delà du Canal.



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