« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leu accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

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vendredi 6 novembre 2015

"L'ancêtre Corse" : début de l'enquête

"On a un ancêtre Corse" disait-on dans ma famille, du temps où notre généalogie n'avait pas été vraiment explorée. J'ai mené l'enquête, bien sûr...

Tout commence avec une mention sur un acte de naissance, celui d'Augustin Astié  (mon AAGP, sosa n°16), en juin 1851 à Conques (12) : c'est l'oncle maternel qui déclare la naissance de l'enfant car son père est "gendarme à pied à la résidence d'Ajaccio (Corse)".

Les parents, Pierre Jean Astié et Geneviève Mas, se sont mariés en août de l'année précédente. Pierre Jean est issus d'une longue lignée de Astié vivant et demeurant à Conques, dont la plupart étaient vignerons. Lui-même était cultivateur l'année de son mariage. Avec cette mention de 1851, c'est la première fois que l'on voit un Astié quitter Conques. Et que commence la légende du Corse.
Ensuite je perds la trace du couple : sans doute Geneviève a-t-elle rejoint son mari sur l'île de beauté. D'après les premières recherches généalogiques de mon grand-père, je sais néanmoins que Pierre Jean est revenu prendre sa retraite à Conque où il a fini ses jours.

Grâce aux CD-Rom d'état civil (autre temps, autres mœurs...) de l'Aveyron, je retrouve en effet les actes de décès de Pierre Jean et Geneviève, non pas à Conques comme l'avait dit mon grand-père mais non loin de là : à Aubin près de Decazeville - respectivement en 1883 et 1897.

C'est alors que je suis contactée par un lointain cousin, Jean-Pierre, qui m'apprend la naissance de quatre enfants du couple, en Corse : Adrien, Jean François, Louis et Antoine, tous nés à Appietto entre 1853 et 1859. Jean-Pierre est le descendant du deuxième de ces enfants. Régulièrement, nous allons correspondre pour tenter de retracer le parcours de la famille "Corse". Car bien sûr il s'agit d'eux. De mon côté je peux donc dire que je n'ai point d'ancêtre Corse; du côté de Jean-Pierre... mais sans doute n'a-t-il pas la même légende familiale !

C'est la fin du suspens corse, mais le début d'une enquête au long cours.


  • Pierre Jean disparaît
J'ai fait là un résumé des recherches qui durèrent plusieurs mois, voire plusieurs années. Car nous avons un "trou" de plus d'une décennie que nous cherchons à combler : où est passé la famille entre 1859 (naissance de leur dernier enfant connu en Corse) et 1875 (mariage de leur fils Augustin qui confirme la résidence des parents à Aubin). Soit un manque de 16 ans. Nous pistons les enfants à la recherche du moindre indice. Pour cela nous explorons l'état civil de plusieurs départements, les recensements, les archives militaires (d'ailleurs merci à Jean-Pierre de passer ses vacances aux archives pour pallier des mises en ligne aveyronnaises assez pauvres). Les déplacements, voire même les allers-retours, des enfants Astié dans différentes régions ne facilitent pas les recherches (19 adresses connues pour Augustin !).

  • Louis, cet inconnu
Mais chaque découverte soulève des questions sans réponse. Par exemple en 1881 Pierre Jean et Geneviève (dont les patronymes sont orthographiés de façon plus ou moins fantaisiste) résident à Aubin avec un petit garçon de 4 ans dont le patronyme est Astié, prénommé Louis et qui est dit "fils". Mais s'ils ont bien un fils appelé Louis, il est alors âgé de 24 ans et il est caporal moniteur d'escrime au 9ème RI, probablement basé à Bourges (pas de recensement en 1881 dans la capitale du Cher pour le confirmer). Et un petit-fils qui a bien 4 ans, mais dont les parents vivent en Anjou (prouvé par deux actes de décès de jeunes enfants en 1881). Est-ce une erreur de saisie sur l'âge ? sur la parenté ? Qui est ce petit Louis ? Pour le moment nous pensons qu'il s'agit plutôt du petit-fils, mais pourquoi est-il sans ses parents ?

  • Les surprises du recensement
Plusieurs fois les recensements (quand ils existent : nous faisons face à plusieurs lacunes dans plusieurs communes) ont fait apparaître un enfant resté jusque là inconnu. Comme Alexandre, fils surprise d'Augustin. D'où l'intérêt d'explorer toutes les sources à disposition (mais ça, je l'ai déjà dit...).

Grâce à Brigitte (du blog Chroniques d'antan et d'ailleurs - merci à elle encore une fois), j'apprends que Pierre Jean a été muté à Peri (toujours en Corse) après son premier poste à Appietto : le créneau se resserre. Je le retrouve sans difficulté dans les recensements de Peri en 1861 et 1866; et là, surprise, la présence d'un nouvel enfant dont nous ne soupçonnions pas l'existence, né en 1861 à Peri ! La famille n'apparaît plus dans le recensement suivant en 1872. Pierre Jean a sans doute déménagé suite à sa demande de mise à la retraite faite en 1870. Mais pour où ? A nouveau il disparaît.

Par la fiche militaire de son fils Adrien, nous savons que Pierre Jean et Geneviève résident à Aubin en 1873. L'éclipse familiale a donc été réduite à 1871/1872.

  • Les enfants ont disparu à leur tour
Par contre, nous ne retrouvons plus trace d'Antoine et Benoît, les deux derniers enfants de la fratrie : après le recensement de Peri en 1866 (où ils sont âgés de 7 et 5 ans), on les voit plus ni dans les registres d'état civil des domiciles connus, ni dans les recensements postérieurs ou les registres matricules de leurs années de recrutement.

Il reste donc quelques mystères à éclaircir...



1 commentaire:

  1. Quel bonheur Mélanie de retrouver à travers ton récit tous les rebondissements que nous avons chacun de notre côté vécu...Pour moi, il n'y a jamais eu de véritable légende corse, juste un moment de surprise il y a plus de 20 ans quand en lisant l'acte de naissance de mon arrière grand père François à Aubin (fils de Pierre Jean) j'ai lu "né à Appietto, Corse". Le temps d'un trajet entre Aubin et Decazeville où j'ai couru voir ma mère (qui avait 12 ans au décès de François), je fus persuadé que du sang corse coulait dans mes veines et j'extrapolai déjà sur des liens et des comportements familiaux propres à ces origines. Dix minutes après, le verdict implacable de ma mère tombait :
    "mais non, son père était gendarme et mon grand père était né en corse parce ils étaient en poste là-bas ! ...ils était de Conques..." Adieu maquis, vendetta et brocciu, je suis vite revenu aux réalités aveyronnaises, et me lançai de mon côté avec passion, (bien longtemps avant de te connaitre) dans l'aventure de Pierre Jean et Geneviève (nos ancêtres communs). Que de chemin parcouru,que de travail mutuel mis en commun, mais que de mystères encore à résoudre, tant mieux Mélanie cela promet de belles émotions... Le cousin Jean-Pierre

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