« Un soir, sur un chemin familier qui m’est cher, en mettant mes pas dans les pas de ceux qui m’ont précédé sur cette terre, j’ai senti frissonner l’arbre du silence. […] Il n’y avait plus de vent, rien ne bougeait, tout était apaisé, et pourtant j’ai entendu comme un murmure. J’ai eu l’impression - la conviction ? - qu’il provenait de l’arbre dont nous sommes issus : celui de nos familles, dont les branches sont innombrables et dont les feuilles frissonnent au plus profond de nous. Autant de feuilles, autant de voix vers lesquelles il faut se pencher pour bien les entendre, leur accorder l’attention nécessaire à la perception d’un silence qui, en réalité, n’en est pas un et ne demande qu’à être écouté. Je sais aujourd’hui que ce murmure a le pouvoir de donner un sens à notre existence, de prolonger la vie de ceux auxquels nous devons la nôtre, car ils nous habitent intimement. »

- Christian Signol, Ils rêvaient des dimanches

samedi 29 novembre 2025

Z comme zoom sur le silence

Sur les pas de Cécile

 

    Voilà, ce ChallengeAZ 2025, zoom sur la vie de Cécile est fini. Tirez le rideau, la farce est jouée. Cécile n’a pas laissé beaucoup de trace dans les sources et j’ai dû aller la chercher là où elle ne faisait pas de bruit, comme un détective obstiné furetant dans les recoins sombres. Mettez-vous ça dans le cigare : même apparemment invisibles, nos ancêtres ont toujours des choses à nous dire. Il suffit de savoir tendre l’oreille, d’être attentifs à leurs murmures. Et même si les sources ne semblent pas causeuses, elles détiennent tout le roman familial et le souvenir de leurs pas sur les chemins de la vie.

 

Dans les pas de Cécile © Bing

 

    Je ne veux pas vous faire tartir avec de la philosophie à l’eau de vaisselle, mais je peux vous dire que ça remue un brin de dénicher un zig qu’on a cherché longtemps. Du coup, ça m’a fait plaisir de la rencontrer, la Cécile. De parler d’elle pour pas qu’on oublie comme ça une vie entière, même si elle est donnée sans bruit. Une vie passée sous silence, comme tant d’autres. Mais qui a existé. J’espère que vous aussi vous avez apprécié ce petit bout de chemin à ses côtés.

    Je n'ai qu'un seul regret : ne pas avoir de photo de sa bobinette. Il ne me reste plus qu'à l'imaginer.  

    Globalement, pour ce que j’en sais, sa vie n’a pas été très folichonne : la misère, les enfants perdus, les logements insalubres… Quatre-vingts ans de labeur, de sacrifices, de deuils. Quatre-vingts ans à voir le monde changer : les automobiles qui remplacent les chevaux, la TSF qui chante dans les cuisines, les cheveux qui raccourcissent et les esprits qui s’allongent. Elle a vu les progrès, les guerres, les crises. Mais elle est restée la même, droite, digne, avec la résilience chevillée au corps.

    Sa vie, c'est un poème silencieux, une symphonie de courage et de douleur. Une existence à fond de cale. Elle s’est éteinte doucement, comme une bougie qui a brûlé jusqu'à la dernière miette de cire, sans déranger personne. Maintenant les soucis sont finis pour elle. Qu’elle repose en paix.

    J’espère que la misère n’a pas rendue Cécile pleurnicharde et qu’elle est restée forte même quand elle avait le ventre vide. Que la Grande Faucheuse penchée sur son épaule ne l’a pas empêchée de vivre debout. Que si elle a courbé l’échine, elle n’a jamais baissé les yeux. C’était une madame-tout-le-monde qu’a jamais fait la Une, mais qu’a tenu debout tout un monde. J’espère qu’elle a pas flanché. Qu’elle a continué. Parce que la vie, c’est pas un roman, c’est un escalier mal foutu, et qu’elle a monté toutes les marches avec un seau dans chaque main sans trébucher.

    Aujourd’hui, y’a personne qui parle de Cécile. Une femme oubliée, effacée par le temps, les papiers jaunis et les silences des familles. Mais moi, je dis qu’elle valait tous les discours de ministre et tous les bronzes qu’on dresse aux types qui ont rien torché de leur vie. Sa statue, elle est dans le cœur de ceux qui savent. C’était une femme simple, de celles qu’on ne célèbre pas dans les livres d’histoire, mais qui auraient mérité un boulevard à leur nom.

    Parce que Cécile, elle était pas héroïne. Elle était le sol sur lequel les autres marchaient debout. Des femmes comme elle, y’en avait plein. Trop pour qu’on les remarque. Pas assez pour qu’on les remercie.

    Et que des Cécile, il y a dans tous nos arbres généalogiques.

 

 

2 commentaires:

  1. Superbe challenge ! Un magnifique et poignant hommage à cette ancêtre et à ses proches. Chapeau bas !

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  2. Bel hommage !
    Si j'ai souvent souri à l'évocation bien imagée de Cécile,j'ai aussi pleuré sur sa vie de misère et de drames.
    Et quelle documentation !
    Bravo et merci Mélanie.
    M@g.

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